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Darwin, fallait-il le tuer ? Rencontre avec le producteur

Par Cécile Brosolo | Publié le 07/11/2017 à 14:00 | Mis à jour le 09/11/2017 à 01:54
Photo : Darwin, fallait-il le tuer ? Une pièce de Guillaume Jest
Darwin_Une

« Darwin, fallait-il le tuer ? » est une pièce de théâtre dont le petit journal de Singapour vous propose de suivre le processus de création, de l’écriture jusqu’à la première du spectacle, en décembre 2017.

Librement inspirée d’évènements réels, le voyage de Darwin à bord du HMS Beagles dans l’océan Pacifique et la genèse de la théorie de l’Evolution, cette pièce questionne notre acceptation du changement. A travers Darwin et cette histoire, l’auteur examine nos réactions face aux grands bouleversements que les idées nouvelles entraînent sur nos vies et notre société ; une illustration du conflit entre les défenseurs de la liberté de penser et des droits individuels, et les tenants de l’ordre établi et de la stabilité.

Ce quatrième volet de notre « chronique d’une pièce annoncée », est consacré à la production de la pièce de théâtre. Rencontre avec Guillaume Jest, auteur et producteur.

 

Au départ, il y a eu cette envie d’écrire une pièce de théâtre. A quel moment avez-vous décidé de la produire sur scène ?

Guillaume Jest – Je crois que la vie est une succession de hasards. Pour moi, le fil conducteur est l’envie d’aller au bout de mes rêves et de faire de les réaliser. Ainsi, après avoir écrit mon premier livre (ndlr : Le coq au vin, Les Editions du Panthéon), j’ai eu envie d’écrire une pièce de théâtre. Et une fois l’écriture terminée, j’ai naturellement eu envie de la jouer. Cela m’a paru une continuité évidente, une nécessité presque pour finir la pièce. Je ne l’avais pas imaginé au début, mais jouer la pièce est pour moi l’aboutissement de l’écriture. C’est une belle leçon de vie finalement, il faut avancer pas à pas, avec la volonté d’aboutir à chaque étape.

 

Comment avez-vus appris le métier de producteur ?

- J’ai appris par la force des choses ! En étant confronté aux événements et en avançant. Je compare souvent la production d’une pièce de théâtre à une expédition en haute montagne. Il s’agit d’une expérience humaine extraordinaire, où la réussite de l’ascension dépend de la qualité et de la cohésion de l’équipe - et j’ai la chance d’être entouré de gens formidables. Mais surtout, il faut toujours y croire, et ne jamais renoncer.

Il faut aussi savoir lâcher-prise et faire confiance à son équipe. C’est parfois difficile de se voir dépossédé, de perdre une partie de son point de vue pour mieux avancer, mais c’est ce qui fait la force, à mon sens, des gens qui opèrent et qui mènent les projets.

 

Comment vivez-vous cette première expérience de production ?

- C’est terrible ! C’est une expérience extraordinaire, j’en retire une satisfaction personnelle difficile à mesurer et à quantifier, mais unique. En contrepartie, cela demande un engagement très fort et c’est une aventure exigeante, difficile et usante. Ça a un côté à bien des égards presque irrationnel, également très déstabilisant, mais c’est passionnant.

Je pense que c’est là toute la beauté et la difficulté du théâtre amateur : une aventure d’une générosité et d’une richesse formidables, mais qui demande un engagement affectif, en temps et en énergie très forts.

 

Dans cette aventure humaine, avez-vous des moments de découragement ?

- Le plus dur pour moi, ce sont tous les imprévus, et cette totale incertitude jusqu’à la dernière minute. Que ce soit sur les acteurs, les décors, le lieu de représentation, la mise en scène, etc. tout change sans cesse. Nous avons par exemple dû remplacer plusieurs acteurs à seulement 3 mois de la représentation, certains ne pouvant finalement plus jouer dans pièce, parce qu’ils ont quitté Singapour, ou faute de temps. Pour paraphraser Sacha Guitry, un spectacle de théâtre n’est jamais prêt, jamais prêt. Cette gestion de l’imprévu est lourde à porter. C’est complètement différent de ma vie professionnelle, où tout est cadré, et déstabilisant.

 

Dans ces moments, qu’est-ce qui vous motive et vous pousse alors à continuer ?

- Il y a bien sûr la satisfaction de voir le projet aboutir, et du sentiment d’accomplissement. Mais pas seulement. C’est vraiment pour moi un bonheur de voir les acteurs, le metteur en scène et toute l’équipe – et bientôt je l’espère les spectateurs ! – y prendre du plaisir. C’est comme recevoir des amis et leur faire plaisir en partageant un bon dîner. C’est exaltant. Nous vivons ensemble, et avec les spectateurs, des moments très forts, et cette notion de partage et de plaisir est essentielle.

 

Vous avez récemment décidé de publier la pièce. Est-ce l’ultime étape qui permet de clore cette aventure ?

- Ce n’était pas nécessairement mon intention en écrivant la pièce, mais j’ai fait lire le script à plusieurs de mes amis, qui m’ont tous encouragé à publier la pièce. J’ai alors envoyé le texte à mon éditeur (ndlr : éditions du panthéon), qui l’a tout de suite accepté. Aussi, le retour des premiers lecteurs sont très positifs. C’est très encourageant et enthousiasmant pour poursuivre ce projet.

 

Le Darwinisme, un vrai sujet d’actualité ?

- Depuis que je montre cette pièce, je me rends compte que cette question du Darwinisme est un vrai sujet d’actualité. Je ne le pensais pas à ce point-là en écrivant la pièce. Il y a un vrai intérêt aujourd’hui pour ce sujet, en raison, je pense, des changements profonds de nos sociétés que nous vivons depuis plusieurs années avec la mondialisation, le changement climatique, les nouvelles technologies, etc.

Il y a un décalage entre le supposé progrès apporté par ces grands mouvements – grandes découvertes scientifiques, grands modèles économiques, ... – et leurs conséquences sur la vie des gens. Ces changements profonds de nos sociétés peuvent détruire la vie des hommes. C’est un sujet qui nous concerne tous.

 

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Darwin, Fallait-il le tuer ?

Une pièce écrite par Guillaume Jest - mise en scène par Sabrina Candeloro Zuber - scénographie par Emmanuelle Arzens

Avec: Cédric Amsellem (Jonhson), Sabrine Cazorla Reverre (Madame Fitzroy), Akram Chebli (Darwin), Denis Croze (le Commandant Fitzroy), Mathieu Laouenan (Jim, Stevens), Yann Leost (Le Père Thackeray), Frédéric Verin (Docteur Faulkner) et Jennifer Zhen (Mlle Morris-Jone).

Drama Centre Theater, du 07 au 09 décembre 2017 à 20 heures.

 

Cecile Brosolo

Cécile Brosolo

Ingénieur de formation et passionnée par la photo, Cécile s'intéresse en particulier à la science et à la technique, à la photographie et à l'environnement.
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