Édition internationale

L’ASEAN, une communauté de pays méconnue malgré son importance

L’ASEAN (Association of Southeast Asia Nations) regroupe aujourd’hui les 11 pays de l’Asie du Sud Est. Elle est de loin la communauté de pays la plus peuplée au monde avec environ 700 millions d’habitants. Lepetitjournal.com vous présente son histoire et ses principaux traits, notamment en regard de ceux de son aînée, l’Union Européenne.

carte de l'AESANcarte de l'AESAN
Écrit par Jean-Michel Bardin
Publié le 22 avril 2026, mis à jour le 18 mai 2026

 

Une naissance en réaction contre les tensions dans la région dans un contexte post-colonial


Au milieu des années 1960, la région est en proie à de nombreux conflits. La guerre du Vietnam bat son plein et déborde sur les Laos et Cambodge voisins. Dans le contexte de la guerre froide, des partis communistes tentent de se faire une place dans les pays de la région, dont beaucoup ont conquis leur indépendance récemment, en fomentant des troubles. Un conflit oppose l’Indonésie, les Philippines et la Malaisie, pour le contrôle des États de Sarawak et de Sabah sur la côte nord de Bornéo. 

 

L’ASEAN s’est étendue à tous les pays de la région : Brunei en 1984, le Vietnam en 1995, le Laos et la Birmanie en 1997, le Cambodge en 1999


Ces trois pays étaient pourtant liés au sein de l’ASA (Association of Southeast Asia) qui comptait aussi la Thaïlande et qui avait été créée en 1961 pour favoriser la coopération économique, sociale, culturelle et scientifique entre ses membres. Grâce à l’entremise de la Thaïlande, les trois autres pays trouvent des compromis. Mais tous réalisent qu’il est nécessaire de mettre en place une nouvelle organisation de coopération pour garantir la stabilité et le développement de la région face aux nombreux défis du moment.  C’est ainsi que l’ASEAN naît à Bangkok le 8 août 1967 avec cinq pays fondateurs : en effet, Singapour, qui avait quitté la Malaisie deux ans plus tôt, s’était joint aux quatre membres de l’ancienne ASA. Au fil des années, l’ASEAN s’est étendue à tous les pays de la région : Brunei en 1984, le Vietnam en 1995, le Laos et la Birmanie en 1997, le Cambodge en 1999, et le petit dernier, le Timor Leste, en 2025, 23 ans après avoir gagné son indépendance de l’Indonésie.


 

Les représentants de cinq membres fondateurs de l’ASEAN le jour de sa création.
Les représentants de cinq membres fondateurs de l’ASEAN le jour de sa création.

 

 

ASEAN, des institutions légères


L’organe décisionnel de l’ASEAN est un sommet des chefs d'État ou de gouvernement, qui se réunit deux fois par an dans le pays exerçant la présidence tournante de l’association (les Philippines en 2026). Il est préparé et assisté par un comité (coordinating council) réunissant les ministres des affaires étrangères des pays membres, qui se réunit aussi deux fois par an. Il coordonne trois comités (community councils) dans les domaines de la politique et de la sécurité, de l’économie, et du socio-culturel. Ces trois comités supervisent les activités d’une quarantaine de groupes de travail spécialisés sur des sujets très particuliers comme la drogue, l’énergie, ou l’éducation.


Tous ces comités ne sont que des réunions de représentants des différents pays membres. La seule institution permanente de l’ASEAN est son secrétariat piloté par un secrétaire général (aujourd’hui Dr. Kao Kim Hourn du Cambodge) désigné pour 5 ans par le sommet des chefs d'État et de gouvernement. Le secrétariat de l’ASEAN, situé à Djakarta, compte aujourd’hui 270 personnes (contre environ 60.000 personnes pour les organes de l’UE). Son budget, alimenté à parts égales par les pays membres, est de l’ordre de 20 millions USD (soit 17 millions d’euros, contre près de 200 milliards d’euros pour l’UE).


 

Photo de famille lors du dernier sommet de l’ASEAN
Photo de famille lors du dernier sommet de l’ASEAN

 

La région a su jusqu’à présent maintenir l’équilibre entre les grandes puissances, aujourd’hui entre la Chine et les États-Unis

 

 

Efficacité limitée de l’ASEAN, des résultats mitigés 


Le principal objectif de l’ASEAN, qui était d’apporter de la stabilité à la région a été en grande partie atteint. Si on met de côté les crises internes aux pays (Birmanie notamment) et les récentes escarmouches entre la Thaïlande et le Cambodge, ces dernières décennies ont été bien plus calmes que les précédentes, malgré la diversité des cultures et des religions qui auraient pu se traduire en conflits, comme cela a été le cas dans les Balkans. Cela a permis une croissance économique très forte (environ 4% en 2025), 25% supérieure à la moyenne mondiale, stimulée par des accords de libre-échange entre les pays de l’ASEAN et dans le cadre d’accords plus larges avec le reste du monde comme le RCEP. La région a su jusqu’à présent maintenir l’équilibre entre les grandes puissances, aujourd’hui entre la Chine et les États-Unis. De nombreux projets de coopération ont vu le jour, comme le projet actuel de réseau électrique intégré, permettant d’assurer la sécurité énergétique des pays tout en diminuant les émissions carbone. Sur un plan très pratique, les citoyens des pays de l’ASEAN n’ont pas besoin de visa pour se rendre dans un autre pays de l’ASEAN et y disposent même souvent de files particulières à l’immigration.

 

La file réservée aux ressortissants de l’ASEAN à l’aéroport de Manille
La file réservée aux ressortissants de l’ASEAN à l’aéroport de Manille

 

Mais l’ASEAN n’a pu que constater son impuissance quant à la résolution de la crise intérieure de la Birmanie

 


Mais la petite taille de son infrastructure, et surtout la culture du consensus et de non-ingérence dans les affaires des autres pays limitent l’efficacité de l’ASEAN. Dans le cas du récent conflit entre la Thaïlande et le Cambodge, la Malaisie, qui assurait alors la présidence de l’ASEAN, a pu limiter les dégâts en jouant les intermédiaires entre les deux parties. Mais l’ASEAN n’a pu que constater son impuissance quant à la résolution de la crise intérieure de la Birmanie : le plan en 5 points élaboré par l’ASEAN et pourtant approuvé par le leader de la junte birmane n’a jamais été appliqué, malgré les nombreuses initiatives de plusieurs pays de l’association. De même, l’ASEAN n’a pas pu montrer un front uni contre la Chine au sujet des zones contestées en mer de Chine, qui concernent pourtant plusieurs pays de l’association.
 

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