Deux individus, des joues qui se frôlent, un léger bruit de smack, parfois deux, trois et même quatre selon la région… Symbole emblématique de la culture française, la bise fait partie des habitudes qui surprennent souvent à l'étranger. En expatriation, notamment en Asie, cette forme de salutation interroge, se transforme ou disparaît parfois. Mais d’où vient cette habitude et quelle est sa place aujourd’hui chez les Français qui vivent à des milliers de kilomètres de l’Hexagone ?


En France, nous appartenons à une culture de contact puisqu’on se salue en se touchant, à la différence d’autres cultures
Aux origines de la bise : entre tradition et codes sociaux
La bise n’est pas une invention moderne. Elle remonterait à l’Antiquité, où l’on s’embrassait déjà pour signifier respect, paix ou amitié. Au fil des siècles, le geste s’est codifié pour devenir un rituel quasi automatique dans les relations sociales françaises. Chaque région a défini ses codes, même si faire deux bises reste la pratique la plus courante sur le territoire français.
Cependant, la France ne peut pas s’attribuer la paternité de la bise. Elle est pratiquée dans de nombreux pays d’Europe mais aussi en Amérique latine, dans des pays de tradition catholique ou orthodoxe (en Russie notamment) mais aussi dans des pays arabes et d’Afrique du Nord. Difficile de déterminer l’origine de la bise dans des pays culturellement aussi différents.

“Le geste est associé à une culture ou à une microculture", explique Dominique Picard, psycho-sociologue, professeure des universités et autrice de Politesse, savoir-vivre et relations sociales. "En France, nous appartenons à une culture de contact puisqu’on se salue en se touchant, à la différence d’autres cultures, comme en Asie, où l’on s’incline et garde ses mains sur soi. Quant au signe lui-même, la bise, il a un sens par rapport à une micro culture : vous ne faites pas la bise à tout le monde. Vous ne faîtes pas la bise à votre gardien d’immeuble, même si vous le voyez tous les jours. En revanche, vous la faites peut-être à votre travail si l’habitude a été prise. Et, dans ce cas là, il faut la faire car il s’agit d’un acte rituel qui signifie l’appartenance à un même groupe. Et c’est un acte que l’on renouvelle. ”
Pour les expatriés français en Asie, la bise peut devenir un vrai moment de malaise ou (au mieux) de solitude !
Vivre en Asie : quand la bise devient un OVNI social
Pour les expatriés français en Asie, la bise peut devenir un vrai moment de malaise ou (au mieux) de solitude ! S’il est facile de comprendre qu’en Asie, le contact physique n’est pas la norme pour se saluer, et encore moins dans un cadre professionnel, qu’en est-il quand la bise est lancée par un collègue français fraîchement débarqué de Paris ou par la maîtresse de maison si vous êtes invité à dîner? Parfois la bise vous échappe ou, pire, elle vous est imposée…? Résultat : hésitation, gêne, parfois un petit mouvement de recul, sourire nerveux. Que celui qui ne s’est jamais retrouvé dans cette situation se fasse connaître !
Finalement, le salut de la tête, la poignée de main légère ou même un simple sourire remplacent avantageusement la bise en Asie. À Singapour, il est très courant d’entendre “Je ne vous fais pas la bise, je suis dégoulinant(e)/ je colle, il fait tellement chaud aujourd’hui”. Et il faut bien l’admettre : on prend vite l’habitude de ne plus faire la bise.

La bise : entre attachement et remise en question
Avant le Covid-19, 91% des Français se faisaient la bise. Ce taux a bien baissé pendant la pandémie car l’une des premières recommandations était claire: cesser les bises à tout-va. Les gouttelettes contiennent toutes nos bactéries et la bise accentue les chances d’être exposés aux bactéries des autres. Élémentaire. Quand les masques sont tombés, de nombreuses personnes ont exprimé leur désarroi face au retour de la bise. La pandémie pouvait-elle terrasser cette tradition ancrée si fortement chez les Français ?
Elle reste un code d’appartenance à la communauté française avec certaines règles entendues
Pour Fabienne Martin-Juchat, professeure en sciences de l’information et de la communication à l’Université Grenoble Alpes et anthropologue, le désamour de la bise est aussi lié à “la montée de la question du consentement et au changement par rapport à notre corps”. Le confinement aurait simplement “accentué et accéléré” les choses. La bise, autrefois automatique, est désormais questionnée: pour des raisons sanitaires, avec l’évolution des normes sociales, par le contact avec des cultures étrangères mais aussi grâce à l’avancée des réflexions sur le consentement.
Certains y restent attachés, la considérant comme un marqueur chaleureux de proximité et d’identité. Elle reste un code d’appartenance à la communauté française avec certaines règles entendues: rappelez-vous de la bise de l’ancienne ministre Amélie Oudéa-Castéra à Emmanuel Macron lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Paris 2024. Une bise “curieuse” qui avait surpris à l’époque car elle donnait à voir une intimité pour le moins inattendue... Aujourd’hui, beaucoup de Français réservent leur bise aux cercles intimes ou familiaux. D’autres préfèrent prendre leurs distances, au sens propre comme au figuré, en adoptant des salutations plus neutres.

La bise en expatriation est-elle condamnée à disparaître ?
Entre Français, elle reste souvent un repère rassurant. Mais dès que des interlocuteurs locaux ou internationaux s’invitent, nombreux préfèrent l’abandonner. Au quotidien, laisser l’autre initier le geste reste une règle simple et imparable. Et, en cas de doute, opter pour la solution la plus universelle: un bonjour souriant.
Au fond, la bise illustre parfaitement ce qui fait le charme complexe de la culture française : une proximité physique assumée et une certaine spontanéité sociale. Mais à l’étranger et particulièrement en Asie, elle devient aussi un test d’intelligence culturelle: savoir quand la faire, quand l’éviter, et surtout comprendre pourquoi elle n’est pas universelle.
Et si c’était ça, la vraie richesse de l’expatriation: repenser nos automatismes, questionner l’évidence et parfois savoir prendre ses distances ?
Pour aller plus loin, Lepetitjournal.com vous conseille la lecture de l’article “Aux origines de la bise: une tradition en suspens” ainsi que “Le temps des bises”, une fable douce-amère écrite par notre collègue Catherine Soulas-Baron au temps de la pandémie.
FAQ
Pourquoi les Français font-ils la bise ?
La bise est un rituel social ancien qui permet de marquer la proximité, l'amitié ou l'appartenance à un groupe.
Dans quels pays fait-on la bise ?
La bise est pratiquée dans plusieurs pays d'Europe, d'Amérique latine, du monde arabe et d'Afrique du Nord.
Fait-on la bise à Singapour ?
Non. À Singapour, les salutations passent généralement par une poignée de main, un signe de tête ou un sourire.
Les Français font-ils encore la bise après le Covid ?
Oui, mais de manière moins systématique qu'avant la pandémie.
Comment saluer en Asie lorsqu'on est expatrié ?
La solution la plus courante reste le sourire, le salut de la tête ou la poignée de main lorsque le contexte s'y prête.
Sur le même sujet































