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PORTRAIT DE VIE - François Vienne, en immersion pour ENGIE Lab sur le campus de NTU

Par Lepetitjournal Singapour | Publié le 26/10/2015 à 12:00 | Mis à jour le 16/10/2015 à 06:51

Récompensé en Septembre dernier dans le cadre du Grand Prix VIE Singapore 2015*, François Vienne a rejoint en Septembre 2014 la cellule de R&D d'ENGIE, dirigée par Etienne Drouet, installée dans le Clean Tech Park près de l'université de NTU. Il nous présente l'application PowerZ, ou comment l'avenir des comportements durables en matière de consommation énergétique s'écrit au confluent d'une approche sociologique, du jeu vidéo et de l'exploitation des Big Data.

François Vienne, Grand Prix VIE Singapour 2015Qu'est-ce que ENGIE Lab Singapore ?

François Vienne - ENGIE Lab Singapore est une antenne de la Direction Recherche et Technologies d'ENGIE (précédemment GDF SUEZ), qui a ouvert en 2015 pour travailler sur les futures offres du groupe destinées à la région APAC (technologies Smart, Efficacité énergétique des villes et des industriels, solutions énergétiques décentralisées). Le premier projet de cette structure, est un projet en collaboration avec NTU dont l'objectif est de développer une solution d'efficacité énergétique des bâtiments (PowerZ) dans le cadre du programme EcoCampus. ENGIE Lab Singapore est dirigée à Singapour par M. Etienne Drouet.

Quel a été votre parcours ?

- Je suis diplômé en Urbanisme et Aménagement du territoire dans le cadre d'un double Master Professionnel/Recherche à Paris 1 Panthéon-Sorbonne et du Magistère Aménagement de la même université. Très vite, je me suis passionné pour la thématique de la Smart City. J'ai saisi rapidement qu'elle était porteuse d'enjeux très forts. J'ai travaillé dans ce domaine au sein de l'Agence Chronos, qui est un spécialiste du sujet en France puis dans une agence d'architecture et d'urbanisme. Cependant, à la fin de mes études, je me suis aperçu que cet intérêt pour la Smart City ne me permettrait pas tout de suite de trouver un travail en France. Sur les conseils de l'un de mes professeurs, Nicolas Douay, qui a suivi mon parcours tout au long du Master, j'ai créé ma propre structure pour des missions de conseil auprès d'universités et d'entreprises. C'est encore à Nicolas Douay, qui avait repéré cette opportunité de VIE à Singapour , que je dois d'avoir fait acte de candidature auprès d'ENGIE. Le profil recherché était celui d'un sociologue, ce qui n'était pas directement ma spécialité. Mais ma formation en Urbanisme à Paris 1 comportait une très forte dimension méthodologique en Sciences Humaines et Sociales, ce qui collait parfaitement avec le profil recherché par ENGIE. Un profil à la fois pluridisciplinaire, et passionné par les enjeux d'innovation urbaine et du développement urbain durable.

De quoi parle-t-on exactement au travers du concept de Smart City ?

- Le sujet peut s'envisager sous deux perspectives. Il y a d'abord le point de vue métier : la légitimité des urbanistes et aménageurs a procédé longtemps de leur capacité à obtenir et à traiter des données dans un environnement technique et surtout administratif complexes où ces données étaient difficiles à obtenir. Or, ce schéma a été violemment bousculé avec l'apparition des Big Data, qui ont aussi favorisé l'arrivée de nouveaux acteurs de la ville tels qu'IBM, Cisco ou encore Thalès. L'autre point de vue est celui de la production de la ville: la situation, à cet égard, est par exemple celle d'autorités publiques (élus, maires ...) et de maîtres d'ouvrage qui sont dépassés par l'impact que les nouvelles sources d'informations (réseaux sociaux par exemple pour citer un phénomène connu) ont désormais, comme vecteur d'action de la société civile, sur le pilotage de projets d'urbanisme. Ces nouveaux canaux puissants d'information sur la ville et ses habitants bouleversent l'équilibre des compétences et appellent de nouveaux modes de compréhension de l'urbain. Au sein ENGIE Lab, nous développons un nouveau mode de compréhension des consommations énergétique dans les villes avec le projet PowerZ. Cette compréhension est rendue possible grâce à une démarche d'étude sociologique, et à un système de feedbacks entre les usagers et les gestionnaires du projet (ENGIE Lab). Voilà pourquoi notre démarche s'inscrit pleinement dans l'esprit de la Smart City. La particularité du projet PowerZ, c'est d'impliquer l'usager (l'habitant) au cœur de la démarche de Smart City, ici l'EcoCampus NTU.

Dans quel contexte avez-vous rejoint ENGIE ?

- ENGIE travaille depuis longtemps sur la complémentarité des compétences telle que l'expertise sur l'efficacité énergétique et la sociologie. ENGIE recherchait  quelqu'un qui ait un regard global et pluridisciplinaire sur la Smart City. Le projet PowerZ est basé sur l'EcoCampus de NTU qui, avec ses 40.000 résidents forme une véritable micro-ville, avec ses logements, ses lieux d'enseignements et de pouvoirs, de commerce et de consommation, ses infrastructures de transport, etc. Cela a donné lieu à une expérimentation unique au monde du point de vue de la méthodologie adoptée, qui englobait à la fois un projet scientifique et une dimension de communication forte (organisation d'évènements, feedbacks aux usagers, etc.).

Comment s'est déroulé le projet ?

- Nous partions de rien ou presque localement. Il fallait, très vite, trouver un concept pour déployer notre projet de gamification, en appui bien sûr avec les équipes ENGIE en Europe. Nous avons passé en revue les grandes tendances culturelles et historiques de Singapour. Parmi celles-ci, celle qui nous a paru particulièrement intéressante était le concept de « Garden City ».

A partir de ce moment, le propos a consisté à mettre en scène le concept de Garden City pour l'énergie.  Pour cela nous avons travaillé avec des game designers.  Nous avons réalisé une étude auprès des étudiants afin de caractériser des profils de consommation énergétique, des logiques de représentations de l'énergie sur le Campus. Cette analyse a constitué la base du cahier des charges pour la conception du prototype de l'application PowerZ.

Comment fonctionne l'App ?

- Elle est restreinte à la population du Campus NTU. Le principe est celui d'une expérimentation fondée sur le jeu, avec des points de retour sur la réalité.  Toutes les fonctions de l'app sont liées à un système central de traitement de l'information. Du côté des utilisateurs, on leur demande de faire attention à leur consommation, ce qui leur permet de gagner des points et de gagner des récompenses. PowerZ propose des avatars pour les joueurs, sous la forme de plantes qui croissent et embellissent en fonction des éco-gestes quotidiens réalisés par chacun. Cela permet à la communauté des utilisateurs, qui voit grandir le jardin virtuel, comme un symbole de la sauvegarde énergétique permettant la croissance d'une œuvre collective, d'avoir une représentation très concrète, en temps réel, de l'activité des utilisateurs.  .

Où en est-on du déploiement de PowerZ ?

- C'est une réussite. L'application a connu un franc succès auprès des utilisateurs et est reconnue comme un outil extrêmement efficace pour promouvoir les comportements éco-responsables et identifier les sources d'économies. Sur le campus de NTU, l'objectif est de réduire de 35 % la consommation d'eau et d'énergie et la production de déchets à l'horizon 2020.

Quel bilan faites-vous de cette expérience à titre personnel ?

- Tout d'abord, ce que je voulais avant tout après mes études en France, c'était partir à l'international. Ce VIE à Singapour a été une très belle opportunité. J'aime beaucoup la ville de Singapour et j'ai profité de mon séjour ici pour beaucoup voyager en Asie. Lorsque mon VIE s'achèvera, j'aimerais pouvoir rester à Singapour. Il y a beaucoup de choses à faire sur place dans le domaine de l'urbanisme et mon expérience de VIE me donne des chances de poursuivre dans cette voie.

Ce qui me motive, ce sont les projets innovants. Avant même le projet PowerZ, j'avais travaillé, avec Chronos, sur de nombreux projets mettant en avant l'avant-garde de la conception urbaine. Je suis tout le temps à la recherche de nouveaux défis. J'ai clairement un esprit de challenge. ENGIE est une entreprise extrêmement dynamique, et m'a offert de participer à une aventure d'entreprise et aussi une aventure humaine à l'autre bout du monde. C'est incroyablement riche de développer une nouvelle activité dans un pays inconnu. A travers nos projets au sein du ENGIE Lab à Singapour, le groupe consacre une vision novatrice et user-oriented du développement durable de la R&D française à l'international.

Propos recueillis par Bertrand Fouquoire (www.lepetitjournal.com/singapour) mardi 27 octobre 2015

* François Vienne est lauréat du 1er Prix Grands Groupes, du Grand Prix VIE 2015 (voir brève: GRAND PRIX VIE - François Vienne et Julie Deveyer récompensés)

Photo: François Vienne le jour de la remise du Grand prix VIE, avec Etienne Drouet en présence de Jacky Deromedi, Sénateur des Français de l'étranger et Présidente des Conseillers du Commerec Extérieur à Singapour et de Frédéric Rossi, Directeur de Business France à Singapour.

VIE: Volontariat International Entreprise; dispositif géré par Business France
NTU: Nanyang Technological University




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