Jeudi 22 février 2018
Singapour
Singapour
  Ne manquez plus les
dernières nouvelles
S'abonner

NATHALIE LAOUÉ – Mettre en scène le Singapour que j’aime.

Par Lepetitjournal Singapour | Publié le 27/05/2015 à 11:00 | Mis à jour le 28/05/2015 à 00:25

C'est en arrivant à Singapour, il y a 13 ans,  que Nathalie Laoué, après un parcours scientifique, a basculé avec bonheur dans la création artistique. Rien de surprenant à ce que ses peintures parlent essentiellement du Singapour qu'elle aime. Partant de la photographie, qu'elle reconstruit, elle donne à voir certains détails ou des rues entières sous des perspectives inédites, nourrissant ses toiles d'une texture épaisse qui leur confère un relief étonnant.

Vous venez de vendre 14 tableaux d'un coup à la dernière Singapore Art Fair, c'est un record !

Nathalie Laoué - Oui, ça a été un week-end un peu fou. La galeriste de Blue Lotus qui présentait mes tableaux a été très sollicitée durant les 3 jours de la Fair. Ni elle, ni moi n'avions anticipé ce succès. Au départ, elle avait sélectionné une demi-douzaine de toiles et à plusieurs reprises pendant le week-end, elle m'a appelé pour que je lui en apporte d'autres. C'était incroyable, à peine accrochés, les tableaux partaient. Les gens se précipitaient sur ceux qui venaient d'arriver. Au total, 25 tableaux ont été présentés, soit plus d'un an de travail. La galerie Blue Lotus a pour le moment conservé ceux qui n'avaient pas été vendus. L'atelier est désormais vide, mais il ne le restera pas longtemps, car j'ai de nouveaux projets en tête !

Etait-ce votre première participation ?

- C'était la troisième. Je n'ai manqué que la première édition. En découvrant le concept de la foire, qui donne la possibilité à une large frange de la population d'acquérir des ?uvres d'art à des prix abordables, j'ai ressenti que c'était exactement l'endroit dans lequel j'aimerais exposer, notamment parce qu'il permet de toucher le public Singapourien et pas seulement la communauté expatriée, ce qui, en tant qu'artiste indépendante, m'est d'habitude difficilement accessible. La première année, j'ai exposé une série de portes. Dès la seconde j'ai présenté les premiers travaux de la série des shophouses.

Comment s'est construit votre parcours artistique ?

- Je me suis mise à la peinture quand je suis arrivée à Singapour, il y a 13 ans. A la base j'ai une formation scientifique et technique. J'ai fait du dessin industriel à l'époque où on travaillait avec une équerre, un calque et un rotring. J'ai travaillé pour l'industrie dans le domaine des mesures physiques, des tests de prototypes et enfin de la qualité. Rien à voir avec l'art si ce n'est le fait que j'ai toujours été intéressée par l'expérimentation et la recherche constante de procédés nouveaux.

Je n'avais donc aucune formation artistique quand j'ai commencé. J'ai brièvement pris des cours à l'AFS avec une personne qui venait des Beaux Arts et je me suis lancée. Depuis mes débuts, je travaille le mixed media, c'est-à-dire le mélange de techniques en peinture, collage d'objet, incrustation d'image, utilisation de diverses résines? J'ai un passif scientifique et la recherche de nouvelles « recettes » fait intégralement partie de mon processus de création. Je me suis finalement beaucoup auto-formée et j'ai mis environ 10 ans à développer et mettre au point la technique unique que j'utilise aujourd'hui.

Nathalie Laoué Craig RdOù puisez-vous votre inspiration ?

- Quand j'ai réalisé ma série de portes, je restais sur une frustration : l'impression que ces portes rouges pouvaient être de partout en Asie, par exemple de Chine, et que je ne parlais pas assez de Singapour. En analysant ce qui dans cette ville me faisait vibrer, j'ai réalisé que c'était ses shophouses de toutes les couleurs. Pour moi, elles sont les icônes de Singapour.

Quand on les observe avec attention, on s'aperçoit que les shophouses sont de styles très différents. Ce qui est remarquable c'est que les architectes se sont visiblement inspirés des styles européens mais qu'ils se les sont réappropriés en les réinventant. Pour Singapour, c'est un héritage culturel tout à fait unique.

J'adore Singapour. J'aime arpenter les rues et y découvrir ses petits trésors d'architecture comme à Joo Chiat, Blair, ou encore Duxton. Je ne m'en lasse pas et c'est toujours avec la même émotion que je découvre un coin de rue avec une jolie rangée de shophouses. J'adore le contraste qu'elles offrent avec les nouveaux buildings ultra-modernes en arrière plan. Un ami m'a fait remarquer que mon travail ressemblait à de la BD. C'est exactement cela. J'aime les perspectives comme on les trouve dans Largo Wynch?

Pouvez-vous nous parler de votre technique ?

- J'utilise ma technique actuelle depuis juin 2013, c'est un processus long et délicat qui demande de nombreuses étapes. J'associe des techniques modernes comme l'infographie, la peinture digitale et la résine acrylique avec des techniques plus traditionnelles comme le collage ou la peinture au couteau.

Concrètement, comment travaillez-vous ?

- Sur cette toile par exemple, je représente l'angle de Craig road avec Tanjong Pagar road. Je suis partie de différentes photos que je compose pour fabriquer une nouvelle image. J'enlève certains détails qui gênent, répare certains éléments de façade? Le résultat est proche de la réalité, mais il s'agit d'une réalité modifiée, car je construis une image sous des angles impossibles pour l'?il. C'est une mise en scène.

Je réalise un collage sur toile de cette image que j'enduis de différentes couches de résines et de vernis pour constituer un fond sur lequel je pourrai peindre.
Enfin, je fabrique une mixture faite de résine, de pigments, de poudres minérales, de sable, de cendres? que j'applique par petites touches.

Cette texture n'a pas pour but de cacher le travail infographique. L'idée est de montrer le vieillissement ou davantage mettre en valeur des détails. Je ne voulais pas montrer les shophouses de façon plate, mais au contraire rendre un effet de relief. Singapour est saturée de lumière, de soleil et d'humidité. Tout craque et rend visible le passage du temps. Je voulais montrer ce passage du temps, car je suis un témoin de ce temps qui passe sur la ville.

Propos recueillis par Bertrand Fouquoire (www.lepetitjournal.com/singapour) jeudi 28 mai 2015

Voir le site de Nathalie Laoué

Illustration: The City Collection - Craig Road par Nathalie Laoué

0 CommentairesRéagir

Actualités

EDUCATION

Les maths à Singapour, une méthode miracle ?

La remise du rapport Villani au Ministre de l’Education nationale Mr. Blanquer préconisant 21 mesures pour l’enseignement des mathématiques en France,  a mis à l’honneur, par ricochet et par voix de p

Communauté

LE CHIFFRE DU JOUR – LA COMMUNAUTE FRANCAISE A SINGAPOUR

La communauté française de Singapour est en progression permanente depuis 2000, et elle a même triplé depuis 2005. Sa structure est très spécifique : elle est jeune, féminisée et familiale. En

Vivre à Singapour

TRIBUNE

L’expérience Bio à Singapour par Claire, professionnelle du secteur

En général, les consommateurs choisissent d’acheter et de manger bio parce qu'ils veulent une alternative plus saine et plus sûre aux aliments conventionnels et à tous les pesticides toxiques et au ri

Sur le même sujet