Édition internationale

ZOUK A SINGAPOUR - Lieu branché emblématique, pris en tenaille entre urbanisme et conservatisme

Écrit par Lepetitjournal Singapour
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 26 juin 2014

A Singapour, Zouk est une institution dont le rayonnement va bien au delà des frontières de la cité Etat. Pour la jet set le lieu est mythique, participant aussi bien que Marina Bay Sands ou le Singapore F1 Grand Prix à la renommée de Singapour à l'international. Mais Zouk comme d'autres, illustre aujourd'hui les paradoxes d'une cité Etat en développement permanent, qui veut à tous prix se donner une image de cité cool, culturelle et branchée, mais est aussi contrainte par les réalités de l'urbanisme et la pression d'une population urbaine conservatrice, qui aspire au repos et à la tranquillité.

Zouk à Singapour
Pour bon nombre de touristes branchés, c'est pratiquement la première question après avoir posé les bagages à l'hôtel : pouvez-vous nous dire où est Zouk ? la réponse est simple. Zouk est installée au cœur de la ville, dans un vieil entrepot rénové à deux pas de Clark Quay. Parfois même, Zouk est hors les murs et s'installe le temps d'une soirée sur la plage à Sentosa. Dans ces cas là c'est Zouk out, un événement que les afficionados de tous âge, à commencer par les étudiants et jusqu'aux lycéens de Singapour, ne manqueraient pour rien au monde : une nuit complète au clair de lune, strillée par les rayons lasers multicolors, dans une ambiance folle où les stars de la scène musicale se succèdent.

Mais Zouk, dans ses murs, est aujourd'hui menacée. Le lieu date de 1991, quand M Cheng y a investi 10 millions de $ pour en faire,  dans un ancien entrepot près de la Singapore River, la boite de nuit la plus branchée à l'est du reste de l'univers des noctambules branchés. A Singapour, tout passe et rien ne demeure vraiment définitivement. Depuis 4 ans déjà Zouk recherche un nouveau lieu car son bail se termine. On lui a proposé plusieurs lieux, dont un à Old Kallang Airport, mais aucun n'a tenu les exigences, il faut dire exigeantes, des habitués de la boite branchée. Que vaudrait pour les passionnés de musique, qui apprécient les virées musicales à la fin d'une soirée, un lieu qui serait loin de tout. Ce qui fait la « coolitude » de Zouk c'est justement un lieu improbable, dans son jus industriel lourdement fardé, et une situation privilégiée au cœur de la ville.

Mais la ville, justement, dévore inéluctablement chacun des espaces, en son cœur qui lui restent à se mettre sous la dent. L'enclave industrielle reconvertie en havre musico-culturel est aujourd'hui cernée d'un cordon de résidences de luxe qui se resserre. Les nouveaux habitants font valoir leur besoin de silence. Ils opposent leur désir de tranquillité aux débordements de lumière, de musique et de rires dans la rue, jusque tard, dans la nuit, de Zouk la fêtarde bruyamment extravertie.

A Zouk, le feu couve, et la pression augmente à mesure que les échéances se rapprochent. M Cheng avait même imaginé arrêter la croissance de sa créature pour la reproduire, un ton en dessous, histoire de redonner du souffle à la légende et de la faire repartir dans un lieu plus petit. Mais même cette idée n'a pas trouvé sa solution. M Cheng fait valoir que, même s'il trouvait enfin un lieu aujourd'hui, il faudrait encore 3 ans pour accomplir les formalités administratives et réaliser les aménagements nécessaires pour transporter d'un endroit à l'autre la discothèque et son mythe. Si Zouk devait s'arrêter dans l'intervalle, souligne M Cheng, cette fois sans artifice, ce serait une situation de non retour. Autant vaudrait la fermer, ce qui serait probablement pour Singapour un coup sérieux porté à son attractivité.

Parce que les fans de Zouk tiennent à leur lieu et à son concept de fête nocturne débridée, ils se sont organisés pour la soutenir. Un site dédié à la sauvegarde de Zouk www.save-zouk.com a été mis en ligne pour demander l'extension du bail à Jiak  Kim Street. Le site avait recueilli jeudi 26 juin plus de 27000 signatures/ Certain journaliste du Straits times suggérait récemment que l'on sorte de la crise par le haut en adossant, pourquoi pas, Zouk, la future sans domicile prospère, à une autre grande dame de la ville « prématurément vieillie » et désargentée: le fly-over et sa vue imprenable, dont le business model pourrait être relancé avantageusement par l'adjonction du sex appeal de la célèbre boite de nuit.

Bertrand Fouquoire (www.lepetitjournal.com/singapour) vendredi 27 juin 2014

Illustration: Zoukclub.com.sg

logofbsingapour
Publié le 26 juin 2014, mis à jour le 26 juin 2014
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