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SINGAPOREANS FIRST - Naissance d'un parti politique nationaliste à Singapour

Écrit par Lepetitjournal Singapour
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 26 mai 2014

Ce n'était qu'une question de temps. Tan Jee Say, ancien candidat à l'élection présidentielle, et ancien chef de cabinet de Goh Chok Tong, vient d'annoncer la naissance d'un nouveau parti politique d'opposition qu'il a appelé 'Singaporeans First'.

Un mot-clé partagé par le gouvernement et l'opposition

Le discours de 'Singaporeans First' n'est pas nouveau. Il a été évoqué plusieurs fois, par le Premier ministre qui a utilisé le slogan 'Put Singaporeans First' dans son discours de la fête nationale en 2011 suite au mécontentement exprimé par le peuple pendant les élections législatives et présidentielles de 2011. Dans un pays comportant 38 % d'étrangers, et où le taux d'immigration a fortement augmenté pendant les derniers temps, le sentiment qu'"on ne se sent plus chez nous" a été évoqué ouvertement par plusieurs politiques d'opposition pendant les élections.

Cependant, même si leur rhétorique pouvait contenir des éléments nationalistes, aucun autre parti politique à Singapour n'avait, jusqu'ici, réalisé un manifeste ouvertement nationaliste. Il n'est pas non plus simple de les situer sur un simple continuum gauche-droite. Le Workers Party, le parti d'opposition dominant, s'est concentré sur les thèmes de justice sociale et d'inégalité. Il avait une image plus conservatrice et modérée face au Singapore Democratic Party, qui s'était insurgé contre l'absence de liberté d'expression et le fort contrôle de la presse à Singapour.

Un parti pas vraiment apprécié par les internautes

Pourtant, malgré l'image et le manifeste ouvertement nationaliste du 'Singaporeans First', il est composé par des jeunes professionnels et des retraités issus du service public, dont certains étaient anciens membres du PAP. C'est donc un parti de professionnels dont le niveau général de formation et d'ouverture au monde est égal ou même supérieur à d'autres partis politiques, y compris le PAP. A la différence de partis nationalistes en Europe, qui ont tendance à attirer les voix des milieux ruraux, ce parti de professionnels pourrait avoir du mal à trouver sa niche, d'autant plus que la plupart de ses membres n'ont pas d'expérience politique.

Déjà, loin de fêter la formation de ce nouveau parti, les internautes s'interrogent sur son potentiel de "dilution" des voix des partis existants. En effet, c'est exactement ce qu'ils reprochent à Tan Jee Say d'avoir fait dans le contexte du système politique de scrutin majoritaire à un tour.

En participant aux élections présidentielles de 2011, avec deux autres membres de l'opposition, Tan Jee Say avait recueilli 25 % des voix, alors que les deux autres candidats de l'opposition avaient obtenu 34.9 % et 4.9 % des suffrages respectivement. Cette fragmentation des voix avait facilité la victoire du candidat PAP Tony Tan, avec seulement 35.2% des voix. Les singapouriens se sont donc aperçus qu'à cause de la structure de ce système politique, la prolifération des petits partis d'opposition pourrait nuire aux chances des grands de réussir. C'est donc avec un ?il suspect qu'ils observeront la trajectoire politique de ce nouveau parti.

Yvonne Guo (www.lepetitjournal.com/Singapour) lundi 26 mai 2014

Yvonne Guo est ancienne de Sciences Po Paris et doctorante à la Lee Kuan Yew School of Public Policy, National University of Singapore.

logofbsingapour
Publié le 25 mai 2014, mis à jour le 26 mai 2014
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