SEBASTIEN TEISSIER - Un scientifique qui devient écrivain.

Par Lepetitjournal Singapour | Publié le 30/12/2014 à 11:30 | Mis à jour le 01/04/2020 à 07:37
Sebastien Teissier

Les expériences de ce chercheur en biologie moléculaire ont fini par l'inspirer. Sébastien Teissier vient de publier un roman que nous pouvons définir comme un thriller scientifique tant il mélange une intrigue policière haletante et les étrangetés du cerveau humain.

 

Il fallait une bonne connaissance scientifique pour avoir l'aplomb d'utiliser les singularités médicales de l'intelligence humaine comme base d'un roman. Mais Sébastien Teissier sait de quoi il parle car depuis 2006, il travaille à Singapour dans un laboratoire de recherche biomédicale. En attendant que ses filles grandissent pour lire son livre, il leur dédicace avec les mots suivants : « L'espace d'une nuit, j'espère une tendre et mignonne vengeance. Puisse X prendre votre sommeil ce soir comme vous m'avez si souvent dérobé le mien jadis ».

Effectivement son polar se lit d'une traite, on est vite plongé dans l'enquête. Les personnages sont complexes mais très attachants. « Banlieue parisienne, 23h15. Lucas Moriani, agent de la police scientifique, se rend sur une scène de crime. Arrivé sur place, il est seul et éprouve une gêne incompréhensible devant la victime égorgée. Pourquoi cet agent expérimenté ne parvient-il pas à retrouver sa routine ?  Pourquoi aucun autre policier ne se trouve sur les lieux ? Rapidement, il réalisera les raisons de son trouble et prendra la mesure de l'horreur qui l'entoure. Acteur contre son gré d'une grotesque comédie, sa vie bascule. Ses souvenirs ne correspondent plus à aucune réalité. La démence est-elle la seule explication rationnelle ? Lucas Moriani va enquêter sur la victime et sur lui-même pour décrypter l'énigme la plus complexe de sa carrière. »…

Voici le synopsis du premier livre de Sébastien Teissier,  intitulé « X » et  récompensé en octobre 2014 par un prix du festival du polar de Cognac.

 

Peut-on être scientifique et écrivain ?

Sébastien Teissier : La réponse est oui. Contrairement aux idées reçues, le métier de chercheur n'est pas si éloigné de celui d'écrivain. Pour être reconnu dans le monde scientifique, il faut sans cesse écrire et publier des articles, donner des conférences, bref raconter beaucoup d'histoires.

Comment êtes-vous venu à l'écriture ?

Au départ, écrire était un défi personnel que j'ai gardé pour mon cercle intime sans en parler autour de moi. Je pensais que cela serait vu comme un passe-temps alors que pour moi c'était un véritable projet, très sérieux. J'ai toujours aimé décortiquer les histoires et les intrigues. J'ai beaucoup lu pour apprendre comment les grands auteurs tel que Edgar Poe écrivaient leurs histoires et arrivaient à garder leurs lecteurs captivés jusqu'au bout.

Pendant 10 ans, j'ai essayé de digérer tout cela et finalement je me suis lancé  dans l'aventure et en 4 mois l'écriture de « X » était bouclée. J'écrivais la nuit car je ne dors que 3 ou 4 heures. Je me suis pris au jeu. Je voulais terminer mon récit, y mettre le mot fin.

 

Comment avez-vous construit votre roman ?

C'est un livre que j'ai voulu court car il est fort possible que le lecteur revienne en arrière pour mieux comprendre mes personnages.  J'avais la fin de l'histoire dès le début et j'ai construit mon livre en partant de son terme.

J'ai adoré écrire mes personnages. Ce travail s'est fait durant toute la création de « X ». Ils ont tous beaucoup évolué et certains même lors du passage de l'édition numérique à l'édition papier. Pour chacun, je me suis demandé comment intégrer son passé dans l'histoire qui n'a donc cessé d'être remaniée à toutes les étapes de l'écriture. J'avais en tête une fiche pour chacun et cela m'a aidé pour les faire avancer. Evidemment, j'avais besoin d'avoir certains personnages pour remplir des fonctions particulières servant l'histoire mais ils n'étaient guère que des ectoplasmes avec un rôle à jouer dans un premier temps. 

Le cas de  « X » n'existe pas en tant que tel mais j'ai mélangé plein de choses qui existent en vrai. Dans le cadre de mon métier de chercheur, j'ai vu des cas de maladies rares avec des malformations du cerveau. J'ai beaucoup travaillé sur la mémoire qui se réécrit sans cesse, sur les phénomènes de déjà-vu…

Je me suis aussi fortement inspiré de Daniel Tammet, écrivain anglais atteint du syndrome d'Asperger qui peut apprendre une langue en quatre ou cinq jours et a un pouvoir de mémorisation très fort. Je me suis même amusé à dessiner le cerveau de « X ». Ainsi je me suis mis dans la peau de mon personnage, comme un jeu de rôle.

Sans dévoiler le livre, un autre personnage, Félix, m'a demandé beaucoup plus de travail. Il est, je pense, le personnage préféré de la plupart des lecteurs. Cet inspecteur est la victime d'un trouble de la personnalité associé à une intelligence quasiment sans limite.  Pour le créer, je me suis inspiré du mythe de Cassandre de Troie. Elle a reçu à la fois un don et une malédiction. Elle ne peut convaincre quiconque de l'exactitude de ses prédictions. Félix est un peu comme ça également. Il voit et comprend des choses que personne ne semble enclin à croire.

 

Pour qui écrivez-vous ?

Je ne pense pas à un lecteur particulier mais je voudrais faire sortir certaines connaissances de l'enclave des scientifiques et les diffuser à un lectorat populaire. Mes livres pourraient être un support pour apporter des explications sur des sujets auxquels vous n'avez pas accès.

 

Expliquez-nous l'aventure de l'édition de « X »

Au départ, cela a été un véritable chemin de croix. J'ai envoyé mon livre à beaucoup de maison d'édition mais elles n'étaient pas intéressées. Heureusement j'ai eu quand même quelques retours positifs et cela m'a encouragé. J'ai donc décidé de  publier « X » uniquement en version numérique, sur Amazon à un prix dérisoire de 2.99 euros et je l'ai donné gratuitement à quelques bloggeurs qui en ont parlé sur leur site. J'ai créé un site : x-lelivre.com et cela a fini par prendre. J'ai réussi à monter à la 4ème ou la 5ème vente Kindle sur Amazon. Il a même été dans le top20 des meilleures ventes de thrillers. J'ai eu beaucoup de critiques des lecteurs et même d'autres écrivains, tel que Samuel Sutra. Puis cela s'est enchainé, un autre auteur Sébastien Lepetit a parlé de mon livre à des journalistes. Radio Shalom Besançon m'a donné son coup de cœur littéraire de la semaine. Et j'ai enfin trouvé ma maison d'édition. Mon livre est édité par Nouveau Monde Editions et distribué par Gallimard.

Enfin, dernier coup de théâtre, j'ai été sélectionné pour le prix Cognac, ce qui en soi était déjà énorme. Etre au milieu de plein d'autres écrivains, c'est très encourageant. Gagner un prix a été une grande surprise, je ne m'y attendais pas. (NDLR: Sébastien Teissier a été récompensé en octobre dernier par le Prix des Bibliothèques et des Médiathèques de Grand Cognac).

 

Que réservez-vous à vos lecteurs pour la suite ?
Au départ, j'ai pensé X comme une trilogie. Mais j'ai modulé son histoire pour que « X » puisse être lu comme un livre tout seul. Il faut être réaliste, écrire une trilogie pour une première ce n'est pas possible si on veut avoir une chance d'être publié. Le tome II de ma trilogie est achevé, il m'a demandé un peu plus de temps d'écriture. Il va beaucoup plus loin dans la biologie moléculaire, la mutation des gènes et la consanguinité. Il s'appelle « les enfants de Prométhée » et devrait sortir courant 2015.
 

Laetitia Rolland (www.lepetitjournal.com/singapour) mercredi 24 décembre 2014

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