Alors que les autorités singapouriennes estiment que la menace terroriste reste élevée, le Premier ministre Lawrence Wong appelle la population à ne pas considérer la sécurité de la cité-État comme acquise. Dix ans après son lancement, le dispositif SGSecure change donc de dimension. On vous explique…


Nous avons eu de la chance jusqu'à présent
À Singapour, la sécurité fait tellement partie du quotidien qu’elle en est presque invisible. Et cela inquiète. Alors que le dispositif SGSecure fête ses dix ans, le Premier ministre Lawrence Wong a appelé mercredi 23 septembre 2026 les Singapouriens à ne pas baisser leur garde face à une menace terroriste qui, selon les autorités, reste élevée et évolue.« Nous avons eu de la chance jusqu'à présent », a-t-il souligné, en référence au travail des services de sécurité qui ont détecté des individus présentant un danger et interrompu des projets d’attaque avant qu’ils ne fassent des victimes.
En 2024, l’ISD a arrêté un jeune Singapourien de 17 ans radicalisé qui préparait une attaque contre un centre de quartier à Tampines.
SGSecure à Singapour, c’est quoi exactement ?
Lancé en septembre 2016, SGSecure est le dispositif national singapourien destiné à préparer la population à réagir face à une éventuelle attaque terroriste. Le principe est que la lutte contre le terrorisme dépend aussi de la population. Celle-ci peut repérer des signes inhabituels, donner l’alerte et réagir en cas d’urgence. En dix ans, le programme s’est déployé dans les quartiers, les écoles, les lieux de travail, les organisations religieuses et les associations communautaires.

Les organisations djihadistes comme l'État islamique et Al-Qaïda continuent d'inspirer des sympathisants à travers le monde, y compris en Asie du Sud-Est
La menace terroriste à Singapour reste « élevée » selon un rapport
Le discours du Premier ministre intervient quelques jours après la publication du Singapore Terrorism Threat Assessment Report 2026, le rapport annuel du Département de la sécurité intérieure (ISD).

Le rapport précise qu'il n'existe aucune information crédible indiquant une attaque imminente, mais que Singapour demeure une cible potentielle en raison de son profil international, de son multiculturalisme et de ses liens étroits avec les pays occidentaux. Le rapport estime que les organisations djihadistes comme l'État islamique (EI/ISIS) et Al-Qaïda continuent d'inspirer des sympathisants à travers le monde, y compris en Asie du Sud-Est. Même affaiblis sur le terrain, ces groupes restent actifs dans la propagande en ligne.
Les 5 particularités qui font de Singapour un Etat unique au monde
La radicalisation des jeunes au cœur des inquiétudes des autorités singapouriennes
L’ISD pointe surtout la progression de la radicalisation individuelle en ligne, avec une préoccupation particulière pour les jeunes. “The terrorism threat to Singapore remains high, with online self-radicalisation continuing to be the primary driver. Youth radicalisation is of particular concern."
Depuis 2015, 60 personnes auto-radicalisées ont fait l'objet de mesures de sécurité à Singapour. Plusieurs étaient des adolescents, certains ayant été influencés par des contenus extrémistes découverts en ligne
Pour les autorités, internet et les plateformes numériques jouent un rôle central dans le phénomène. Les réseaux sociaux, forums et plateformes de messagerie continuent de diffuser des contenus extrémistes. Trois jeunes âgés de 14 à 19 ans auraient ainsi, selon le rapport 2026, préparé des attaques à Singapour et se seraient trouvés relativement proches de leur passage à l’acte avant l’intervention des autorités. Les explications des menaces vis à vis de Singapour à retrouver ici.

Actions à Singapour dans les écoles, les entreprises et même Roblox
Les autorités singapouriennes veulent que la préparation à une éventuelle attaque fasse partie du quotidien. La population - y compris les résidents expatriés - doivent savoir repérer un comportement suspect, signaler rapidement une menace et réagir en cas d'incident. Le gouvernement veut toucher certains publics, notamment les familles, les jeunes enfants et les communautés étrangères.
Lors d’un exercice de vigilance en mars 2026, seuls 17,3 % des personnes observées avaient remarqué un objet suspect et 5,9 % de celles qui l’avaient repéré avaient prévenu les autorités. “Perhaps we see an unattended bag in a public place, and assume someone else will deal with it.” souligne le Premier ministre.
Le ministère de l’Intérieur prévoit de développer le SGSecure Advocate Programme - jusqu’ici expérimenté dans les établissements d’enseignement supérieur - vers les écoles, les entreprises et d’autres organisations. Les autorités annoncent aussi vouloir investir davantage les plateformes numériques fréquentées par les jeunes y compris la plateforme de jeux en ligne Roblox. Des collaborations avec des créateurs de contenu et des médias sont envisagées.
« Il ne s’agit pas de vivre dans la peur »
Pour les plus jeunes, un livre illustré consacré à SGSecure doit être lancé en octobre, avec des explications adaptées aux enfants sur la manière de réagir lorsqu’ils sont confrontés à une situation potentiellement dangereuse. Une nouvelle campagne autour du SGSecure doit être lancée en 2027. « Il ne s’agit pas de vivre dans la peur » rappelle Lawrence Wong.
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