

Depuis la sortie de son « extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire IKEA » en 2013, Romain Puertolas ( Prononcer: à « Rome un poux erre tôt las ») connaît un succès mondial. Lauréat du prix Jules Vernes, son roman est traduit en 36 langues. Il est à Singapour, à l'initiative de l'institut Français, pour une série de lectures conférences en ouverture du mois de la Francophonie. A ne pas manquer la séance de signature de son livre vendredi 6 mars, 19 :00 à l'Alliance Française.

Romain Puertolas - C'est vrai, c'est présenté de manière fantaisiste. Mais tout est plus ou moins vrai. J'ai commencé par faire de la musique comme compositeur et comme DJ avec plusieurs groupes de Rap. Je suis ensuite parti à Barcelone comme professeur de français et d'espagnol. Et puis je me suis passionné pour l'aviation. J'ai eu envie de devenir contrôleur aérien. J'ai travaillé au service des bagages de l'aéroport de Barcelone, puis au nettoyage des machines à sou à Brighton, et me suis formé au pilotage à Shoreham by sea. Revenu en Espagne, je n'ai pas réussi le concours mais j'ai quand même travaillé dans le domaine du contrôle aérien. Nouveau changement quand j'ai passé le concours de lieutenant de police. Le métier m'avait toujours attiré. Je l'ai pratiqué pendant 4 ans.
En vous écoutant, on s'aperçoit que beaucoup des éléments de votre livre – le service bagage de barcelone, la police,…- sont plus ou moins directement inspirés du réel. Votre roman est-il à clés et les personnages ressemblent-ils à des personnes que vous connaissez ?
- Oui c'est vrai, j'utilise beaucoup, pour m'en inspirer, des personnes qui existent. Le commandant de police Alexandra Lafève, dans le livre, est une allusion à une collègue dans la police qui n'arrêtait pas de répéter comme le commandant Lafève « qu'elle n'aimait pas qu'on la prenne pour une conne ». Du coup elle est connue dans toute la police. Quand j'écris j'aime bien faire des clins d'œil aux amis et à la famille. J'apprécie de rester ancré dans la réalité. La réalité c'est très important dans la fantaisie.

Le fakir est à mettre en relation avec la forme de passion-haine que j'ai pour la magie. Pourquoi passion-haine ? parce que tout en me fascinant, la magie ne m'a jamais trompé. Je vois les trucs tout de suite. Ca m'énervait de voir comment les magiciens, comme d'autres « spécialistes » dans d'autres contextes, trompent les gens. J'ai eu envie d'expliquer comment ça marchait. Pendant 6-7 ans, j'ai réalisé un programme d'anti-magie : des videos dans lesquelles je refaisais les tours et expliquais comment c'était fait. Le but était pédagogique mais il m'a valu de fortes inimitiés des magiciens. La première règle des magiciens c'est de ne jamais dévoiler leurs tours. David Copperfield a fait fermer mon site plusieurs fois. Dans le roman, le fakir est là pour expliquer. Ikea est une référence mondiale qui parle à tous le monde.
Comment en êtes-vous venu à écrire ce roman ?
Ce roman, je l'ai écrit sur mon téléphone portable dans le RER A tous les matins en me rendant au travail. Je vis ma vie normale et ça vient tout le temps. Ce n'est pas mon premier roman. Avant l'extraordinaire voyage du fakir…, j'ai écrit 7 romans qui ont tous été refusés. J'ai envoyé ce 8ème roman sans rien attendre. Et puis j'ai reçu des éditions Dilettante une lettre écrite à la main, qui me disait qu'ils avaient aimé mon livre et qu'il fallait qu'on se voie.
Entre l'auteur et l'éditeur, ça s'est passé comme dans le livre ?
-A ce détail près qu'il n'y a pas eu de malette contenant 100.000 euros.
Comment les choses se sont-elles présentées ensuite ?
- Entre la signature du contrat et la sortie du livre il s'est passé un an car mon éditeur voulait le publier au moment de la rentrée littéraire. C'est long mais j'étais déjà très heureux d'être édité. Et puis alors que le livre n'était pas encore imprimé, il y a eu énormément de messages qui venaient de partout. Des éditeurs qui voulaient publier le livre à l'étranger. Un mois avant sa sortie les droits avaient été vendus à 30 pays. Aujourd'hui le livre est traduit dans 36 langues.
Vous n'avez pas été sollicité pour en faire un film ?
- Si. Un film est programmé. Il sera produit par Brio films et Vamonos productions . J'en suis le coscénariste avec Luc Bossi, le producteur de l'écume des jours, le film de Michel Gondry. Le Casting est en cours.
Comment cela passe-t-il quand il s'agit de transformer un roman en scénario ?
- Les deux écritures n'ont rien à voir. Quand j'écris un roman, j'écris ce que je veux quand je veux. Le scénario de cinéma, c'est beaucoup plus formaté. Il faut tout écrire minute par minute, trouver les ficelles qui maintiennent l'attention. C'est plein de règles. Mais j'adore cette expérience. Par goût et parce que les producteurs sont intéressés par mon avis sur beaucoup de choses, je suis très impliqué dans le film, pour mon plus grand bonheur.
Votre livre fait beaucoup penser à l'univers de Boris Vian. Fait-il partie de vos influences ?
- Oui tout à fait. J'adore Boris Vian. L'écume des jours est l'un des plus beaux livres que j'ai lus. Parmi les auteurs qui ont compté, il y a aussi Jules Vernes qui a bercé mon enfance de ses récits d'aventure.Il m'a fait beaucoup voyagé par l'imagination. Je fais d'ailleurs partie de ces personnes qui préfèrent parfois l'exploration qu'on fait dans les livres plutôt que l'exploration réelle.
Qu'est-ce que le succès a éventuellement changé dans votre manière d'écrire ?
- C'est bizarre d'avoir été habitué à être lu par 3 lecteurs et d'êre soudain très médiatisé. C'est très agréable de savoir que tant de gens rentrent dans votre monde. Peu de choses ont changé. Aujourd'hui mes premiers lecteurs sont toujours ma femme qui m'aide à repérer les incohérences et mon éditeur. Je ne me suis pas adapté à la littérature française que je trouve souvent trop sérieuse et trop triste. On aime bien en France ce qui est compliqué intellectuellement. Mais à la fin, il n'y a pas d'histoire. Pour moi c'est le contraire. Je raconte d'abord une histoire.
Vous avez écrit le fakir dans le RER en allant au travail. Quand écrivez-vous aujourd'hui ?
- Aujourd'hui j'écris dans l'avion, un peu partout. J'écris dans le moment.
L'écriture quand vous voyagez est donc votre activité favorite plus encore que la lecture d'un livre ou qu'un film ?
- J'aime aussi lire ou regarder des films. Mais j'écris énormément. J'aime repartir dans cette autre réalité que je me crée. J'ai toujours inventé des histoires, y compris quand je faisais de la musique. Aujourd'hui, je n'ai plus a chercher un nouveau métier. Si je veux être astronaute, je peux l'être instantanément dans une histoire que je raconte.
Avez-vous l'écriture facile ?
- Oui j'ai l'écriture facile. Mais vers 18 ans je suis resté longtemps confronté à la problématique de la première page. J'étais trop perfectionniste : j'écrivais et je réécrivais le début de mes histoire. Et puis il y a eu un déclic. J'ai écrit une page, puis deux, puis 300. J'ai écrit l'extraordinaire histoire du fakir en 3 semaines. Dans ces cas là les phrases viennent toutes seules et je me laisse porter par l'histoire. Mon cerveau travaille tout seul. C'est comme si je lisais le livre d'un autre.
Après l'extraordinaire voyage du Fakir, vous en avez écrit un autre - La petite fille qui avait avalé un nuage grand comme la tour Eiffel - et même un dizième…
- J'ai écrit 150 pages de la suite du Fakir. C'est une suite sans être une suite car cela parle à la fois de l'enfance du fakir en Inde et de ce qui se passe après son extraordinaire voyage.
Propos recueillis par Bertrand Fouquoire (www.lepetitjournal.com/singapour) jeudi 5 mars 2015












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