La collection Pierre Argillet- Salvador Dali, présentée à la Red Sea Gallery à Singapour, offre une opportunité exceptionnelle de se rendre compte, à travers une centaine de gravures, dessins et tapisseries de l'artiste catalan, à quel point, selon les mots de la fille de Pierre Argillet, Dali était, par sa curiosité universelle, sa maîtrise de la technique et sa sensibilité, un homme de la Renaissance égaré au XXème Siècle.
Quoi de plus passionnant, quand on est face aux ?uvres de l'un des grands monstres de la peinture du XXème, que d'être invité et guidé dans l'intimité de l'artiste par une personne qui eut la chance, petite fille, de connaître l'homme et l'expression multiple de son génie créateur ?
Grâce à son père, collectionneur et éditeur d'?uvres d'art, Christine Argillet a grandi au milieu des artistes - peintres et écrivains - des mouvements surréaliste et dadaistes. Parmi ceux-ci, Dali tient une place unique du fait de l'amitié qui lia Pierre Argillet et Salvador Dali et de la très productive collaboration entre les deux hommes, l'un éditant les ?uvres de l'autre, mais aussi l'inspirant et le stimulant.
Vous avez côtoyé très souvent pendant votre enfance Salvador Dali et Gala Eluard, et beaucoup d'autres peintres et écrivains du mouvement surréaliste, quelle impression cela fait-il, de grandir au milieu d'une telle assemblée de génies ?
Christine Argillet - Quand on est petite fille, on ne se rend pas compte de grand chose. On trouve cela très naturel. J'entendais souvent mon père parler avec enthousiasme d'un travail exceptionnel que venait de réaliser Dali.
Quel type de lien unissait votre Père, Pierre Argillet et Salvador Dali ?
Mon père était un éditeur et collectionneur, qui a été très tôt passionné par le surréalisme et le dadaisme. Il a été très proche de Tristan Tsara qui l'a introduit auprès de tous les artistes du mouvement. Le lien qui le liait à Salvador Dali était nourri par une amitié et une admiration sincères. Pendant la guerre, Dali partit aux Etats-Unis pendant 8 ans. Lorsqu'il revint en Europe, le rétablissement de leur collaboration prît un peu de temps, mais se maintînt de manière ininterrompue jusqu'à la mort de Dali en 1989, y compri lorsqu'ils se séparèrent en 1970 parce que Dali, que le travail de gravure sur les plaques de cuivre épuisait, voulait utiliser un procédé de photo-lithogravure dont mon père ne voulait pas entendre parler.
Votre père a semble-t-il nourri lui-même a plusieurs reprises l'imagination de Dali. Ainsi la série Hippies est-elle inspirée des photos que votre père avait rapportées du voyage que vous aviez fait ensemble en Inde en 1969.
En effet, lors de ce voyage en Inde, mon père avait réalisé un certain nombre de photographies, tenant son appareil contre son ventre et appuyant sur le déclencheur sans viser. Ces photos ont beaucoup impressionné Dali, qui ne connaissait pas l'Inde, mais que les hippies inspiraient. Il les comparait à ces aventuriers qui faisaient le lien entre l'Est et l'Ouest. Son travail sur le sujet a donné naissance à une série de 11 gravures "les hippies".
Quelle est l'histoire de cette exposition ?
J'avais a un moment ma propre galerie à Los Angeles, mais cette galerie a fermé il y a plusieurs années. La diffusion de la collection Argillet a été confiée à une galerie aux Etats-Unis. L'objectif de cette exposition est de montrer les ?uvres qui font partie de cette collection familiale assemblée par mon père dans le plus grand nombre de galeries et musées possible.
La collection Pierre Argillet - Salvador Dali rassemble les ?uvres fruits de la collaboration entre le collectionneur/éditeur et l'artiste, sur une période de 30 ans. Les ?uvres présentées à Singapour, d'une grande diversité, font la place belle à la poésie avec, en particulier, une édition illustrée par Dali des chants de Maldoror, de Lautréamont, réputé avoir été une profonde source d'inspiration pour les surréalistes, mais aussi des illustrations des poèmes de Ronsard, Apollinaire ou, plus étonnant, de Mao.
Mao, représenté sans tête
On imagine les difficultés, malgré tout surmontées, auquelles Pierre Argillet aura été confronté, quand, devant rassurer les autorités chinoises concernant le projet d'une édition illustrée des poèmes de Mao, il devra leur présenter un dragon aux seins de femmes, un champs de fleurs de lis ou, un buste du chairman Mao? sans tête ; l'artiste expliquant que "le modèle était si grand qu'il ne tenait pas sur le papier."
Une autre série est inspirée de la mythologie, avec des pièces comme Méduse, pour laquelle Dali a utilisé un vrai poulpe, trempé dans l'acide pour impressionner la plaque de cuivre, ou Pegaze bleu, dessin à la manière de la Renaissance surmontée d'un Rorschach bleu. Dans une autre série sur la Tauromachie, Dali, qui n'aimait pas le spectacle de la corrida, en fait une relecture hallucinée avec un taureau terminant sanguinolent dans un piano, dans une arène bénie par un Archevêque et emplie d'un public à formes de têtes de mort, comme pour montrer combien tout ce qui se déroule est une célébration de la mort. Dans d'autres gravures, c'est tout un bestiaire - poissons, perroquets, grenouille - qui envahit l'arène.
Propos recueillis par Bertrand Fouquoire (lepetitjournal.com/singapour) lundi 24 mars 2014
Salvador DALI- The Argillet Collection du 22 mars au 20 avril 2014
Redsea Gallery- Block 9 Dempsey Road , #01-10 Dempsey hill
Illustrations: Piano sous la neige ( tapisserie Aubusson 1973) ; Nu à la jarretière (tapisserie Aubusson 1973); Portrait de Mao (1968)
















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