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RENDEZ-VOUS WITH FRENCH CINEMA - Yann Gozlan, coscénariste et réalisateur d’Un Homme idéal

Écrit par Lepetitjournal Singapour
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 10 décembre 2015

Mathieu Vasseur, jeune homme de 26 ans, rêve de gloire littéraire mais sans talent, il peine à se faire publier ? et  du coup, fait des déménagements pour gagner sa vie.  Un jour, en vidant la maison d'un défunt, il tombe sur un manuscrit d'un jeune soldat qui décrit sa guerre d'Algérie. Fort, puissant, concis, il décide de s'approprier ce manuscrit en y ajoutant son nom et un titre qui claque?. sans changer une virgule.  De cette usurpation d'identité qui certes va lui apporter gloire et amour, un engrenage infernal va se mettre en place et mener le personnage, joué tout en délicatesse par Pierre Niney, jusqu'à la folie ?


Vous êtes à la fois coscénariste et réalisateur du film. Je voulais tout d'abord vous interroger sur ce rythme effréné que vous faites subir au spectateur et à votre personnage principal ? Comment se passe l'écriture d'un scénario de thriller?

- J'ai coécrit le scénario avec Guillaume Lemans et avec une relecture par Grégoire Vigneron. Pour un thriller, le rythme est très important et tout doit être cohérent dès l'écriture. Les éléments doivent s'imbriquer les uns aux autres. Ce rythme a été voulu d'emblée.

Le personnage principal, joué par Pierre Niney, est omniprésent du début jusqu' à la fin du film. Il fallait qu'il emmène le spectateur avec lui, dans sa folie ?
 
Justement, comment avez-vous travaillé avec votre acteur principal Pierre Niney pour ce rôle ?

- Pour moi, il était important que le personnage principal ne soit pas antipathique aux yeux des spectateurs, qu'il y ait une sorte d'identification sans pour autant excuser sa dérive criminelle.  Je souhaitais de l'empathie pour ce personnage qui ment tout le temps?

Lors du premier montage, le personnage de Pierre Niney apparaît trop froid, trop calculateur, trop manipulateur. Ce n'est pas ce que je souhaitais. On a recentré les scènes sur ses émotions, sur lui,  en épurant certain passage.  
Par exemple, quand il arrive dans la villa, il rencontre assez vite son rival et on ressent tout de suite un trouble. Au même moment, dans le scénario, le maître chanteur rentrait en jeu ? Finalement, on a coupé cette scène au montage pour se concentrer uniquement sur ce trouble. Le maitre chanteur est apparu un peu plus tard dans le film ? Et puis le charisme et le talent de Pierre Niney ont fait le reste. Il est d'emblée sympathique aux yeux du public ?

D'ailleurs, comment l'avez-vous convaincu de faire ce film ?

- Je l'avais contacté juste avant le tournage de Yves Saint- Laurent  de Jalil Lespert et il a été emballé par le scénario, il a dit « oui ». Le casting a été capital pour ce film. Je pense que le personnage principal ne pouvait pas avoir 40 ans. Il devait être jeune, vouloir réussir.

Par ailleurs, le personnage de sa fiancée, joué par Ana Girardot est aussi très important. Elle amène une certaine naïveté. Bien entendu, elle se rend compte des tourments de son amoureux. C'est une jeune femme intelligente  passionnée de littérature. Mais, face aux autres, on se rend compte que le principal antagonisme, le principal ennemi au personnage principal est lui-même ? Il y a des « déclics » incarnés par son rival et le maître chanteur qui le lancent dans sa folie ?

Un homme idéal, Yann Gozlan
Est ce plus un film sur la difficulté de la création ou la recherche de notoriété à tout prix, ou tout ça à la fois ?

- Je ne voulais pas que le personnage principal  apparaisse comme quelqu'un d'uniquement ambitieux. Il a une passion : la littérature. Il aimerait en vivre, réussir dans ce domaine mais il n'y arrive pas. A partir de ce vol de manuscrit, un engrenage criminel s'enclenche. Mais il n'est pas motivé que par la gloire ou l'argent. Je pense que je questionne plus le processus de création que la notoriété.

Pourquoi avoir choisi la Guerre d'Algérie comme toile de fonds de votre film ? est-ce un thème qui vous touche particulièrement ?

- Non pas forcément. La guerre d'Algérie est un élément secondaire  dans mon film mais je trouve que ça renforçait son propos. Ce thème donnait de la force au vol.

Le « crime » du personnage est d'autant plus terrible qu'il vole la mémoire d'un jeune soldat engagé dans ce conflit. Par ailleurs, j'avais l'impression que le tabou qui entoure encore cette guerre répondait bien au secret de mon personnage qu'il essaie de protéger à tout prix.
Ma monteuse m'a dit que son grand-père avait fait cette guerre mais qu'elle n'a jamais pu en parler avec lui. Ceux sont nos grands-pères qui étaient engagés dans ce conflit mais il est encore difficile d'en parler.

Les décors sont aussi parties-prenantes de l'histoire. Comment se sont-ils insérés dans ce film ?

- C'est vrai les lieux du film sont très importants. Dès l'écriture, nous avions eu l'idée d'une maison magnifique, baignée de lumière, quasi aristocratique. Le personnage sensible au « beau » ne veut pas perdre ce qu'il a conquis même si c'est par le mensonge, par l'usurpation d'identité. Il voudrait garder ce qu'il a obtenu.
Au début, il essaie d'écrire dans son appartement à la vue bouchée par d'autres immeubles. Il est enfermé et cela se voit à l'image.

Ensuite, son vol lui permet une ascension sociale certaine, symbolisée par cette splendide demeure.  
Cette maison dans laquelle on a tourné une grande partie du film m'a permis de clarifier mon idée de départ. En tournant les images, j'ai aussi adapté quelques scènes du scénario à la circulation particulière de cette maison. Elle est vraiment un élément  du film.

Sans dévoiler la fin du film,  vous reposez la question de la création, y- a t-il besoin d'un drame pour créer ?

- Non, non pas forcément, mais pour créer, pour se libérer, il faut qu'il y ait un « déclic ». Incontestablement, en allant aussi loin, mon personnage a fait sauter un verrou qui  lui a permis de créer ?
Sans être prétentieux, je souhaitais une fin qui fasse référence au mythe de Faust. Il a fait un pacte avec le diable en volant ce manuscrit. Il a connu la notoriété, l'amour mais il perd tout ? au moment même où il crée enfin par lui-même. Il paie le prix de son erreur originelle.

Avez-vous ressenti le parallèle entre votre 2ème film et le 2ème livre de votre héros ?

- (rire) ? oui, oui c'est vrai? mais je n'ai pas eu le même « déclic » ? C'est toujours difficile de monter un film mais le fait que Pierre Niney ait accepté le projet m'a beaucoup aidé à la réalisation de ce second film.


Quels sont vos projets maintenant ?

- Ce film est sorti en mars de cette année et a tourné dans plusieurs festivals en France et à l'étranger.
Aujourd'hui, j'ai fini l'écriture d'un scénario d'un thriller avec plus d'actions, moins intimiste? Je cherche à monter ce film.

Propos recueilli par Clémentine de Beaupuy, (www.lepetitjournal.com/singapour) jeudi 10 décembre 2015

logofbsingapour
Publié le 9 décembre 2015, mis à jour le 10 décembre 2015
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