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L’ASIE VUE DE FRANCE - Alain Wang, auteur de « Les Chinois »

Par Lepetitjournal Singapour | Publié le 18/09/2016 à 11:00 | Mis à jour le 19/09/2016 à 01:20

Né en France de père chinois et de mère française, Alain Wang a découvert la Chine et ses racines en 1978. Depuis, il l'observe attentivement. Ecrivain journaliste, coach et enseignant, il vient de publier chez Tallandier un livre clair et synthétique, tourné vers l'avenir, mais s'appuyant sur l'histoire, intitulé tout simplement « Les Chinois »  

Votre  premier séjour en Chine remonte à 1978. Depuis le début de l'ouverture, qu'est ce qui a changé chez les Chinois ?

Alain Wang - D'un côté, la Chine s'est énormément développée et a permis aux Chinois de vivre mieux économiquement. C'est indéniable. De l'autre, l'hyper croissance a dérégulé le monde traditionnel et les relations des Chinois avec leur environnement, en particulier la nature. L'arrivée de l'argent et l'hyper-croissance a bousculé tous les modèles déjà chamboulés par le communisme  et  la société est encore en train continue à changer.

Observez-vous une continuité, un c?ur, quelque chose de commun à tous les Chinois?

- Impossible de parler du Chinois au singulier.  Les niveaux et les modèles de développement des provinces chinoises diffèrent comme les sensibilités et les racines culturelles. Il y a aussi des phénomènes de générations. Les Pékinois de vingt ans n'ont rien à voir avec ceux que je connaissais dans les années 1980 ou 1990. Ils n'ont pas le même comportement et ont adopté beaucoup de choses d'Occident ce qui fait qu'ils nous ressemblent plus.  Certes, le fonds culturel chinois a été transmis  mais, à la différence de leurs parents, Internet et la révolution des m?urs leur ont permis de  s'affirment davantage  et de vivre plus ouvertement.

Vous accordez une partie importante à l'histoire. Pourquoi?

L'histoire est présente dans les familles même si la transmission  n'est pas toujours été faite. Il y a beaucoup de fantômes dans le placard des familles chinoises. On ne peut pas comprendre psychologiquement les Chinois si on ne comprend pas les périodes difficiles et violentes qu'ils ont traversées et qui imprègnent encore la société chinoise où les rapports sociaux (entre hommes et femmes, entre entrepreneurs, entre urbains et ruraux, dans le champ politique et économique) sont encore très marqués par la violence.   

Vous démarrez avec les minorités, les religions et le politique et vous finissez par l'économie. On ne regarde pas souvent la Chine comme cela.  

- Mon parti-pris fondamental est que je doute que le gouvernement chinois qui dirige l'économie fasse les bons choix en optant pour un modèle tiré par la consommation. Il ne tient pas assez compte des nouvelles aspirations des Chinois qui, de plus en plus, sont à la recherche de valeurs plus éthiques, moins matérialistes. Les mouvements religieux sont forts. Les courants éducatifs aussi, y compris dans le confucianisme.  L'argent compte toujours beaucoup mais chez les jeunes cela commence à changer.

Alain Wang Les ChinoisVous développez particulièrement quatre chapitres : sur le Parti, l'écologie, Internet et la sexualité. Pourquoi ces thèmes ?

- Le Parti c'est la colonne vertébrale du pays. Il est en pleine réflexion. La personnalité du président actuel à mi-chemin entre Mao Ze Dong et Deng Xiao Ping masque d'autres évolutions internes. Depuis 1978, les think tank du Parti ont fait évoluer l'idéologie en fonction de la société pour coller à la société et ne pas être coupé des masses.  Le Parti cherche  à reprendre la main dans les lieux d'où il avait disparu : par exemple les comités de copropriétaires très loin des comités de quartier. Plus qu'une question de recrutement, il s'agit d'une question de contrôle.  Par contre, le fonctionnement interne n'a pas beaucoup évolué.  Les désignations de responsables restent opaques et la position des femmes faible. Les entrepreneurs et les étudiants entrent massivement pour se rapprocher des centres de décisions économiques sans véritable engagement idéologique.

Et la question écologique ? Vous en faites une priorité. Vous parlez d'une diminution de l'espérance de vie dans le Nord-est de la Chine .

- La mortalité monte à cause de ce qu'on appelle l' « airpocalypse ». Et la contestation écologique se développe aussi récemment en mouvement anti-nucléaire. Cet été, certaines villes se sont révoltées interdisant aux compagnies chinoises de faire des trous pour enfouir des déchets nucléaires. La moitié des manifestations aujourd'hui concerne l'environnement. Dans ces domaines, les Chinois parviennent à se faire entendre.  Ils ont des soutiens dans le parti, même si  Xi Jin Ping comme beaucoup de gouvernements dans le monde, privilégie la croissance pour favoriser l'emploi et  la paix sociale. En matière de pollution de l'air, des progrès sont constatés mais le problème de l'eau reste aigu.  Pour rétablir les équilibres, il faudrait un modèle écologique durable mais pour le moment on continue à produire beaucoup de voitures, d'infrastructures, d'immobilier, etc?

Vous regardez aussi de très près la question de la liberté sur Internet.   

- C'est important pour plusieurs raisons. D'abord les Chinois sont coupés du reste du monde parce qu'ils ne sont pas connectés à l'Internet global.  Ensuite, le Parti utilise Internet pour reprendre en main la population. Tous les réseaux commerciaux ou non sont centralisés à travers des serveurs  big data. Les grandes compagnies comme Ali baba peuvent donner des informations sur le moindre achat. Celles-ci sont enregistrées, ce qui permet à la police chinoise  de tout savoir sur chaque Chinois. La population est  facile de surveiller, localisable, puisque quasiment tout le monde a un téléphone portable.  On observe quelques petites ouvertures avec l'accès des Chinois  à l'information hors Chine à travers les MOOC  mais en même temps la police d'Internet coupe les VPN  à volonté pour montrer à l'Occident qu'elle contrôle le flot d'information.  

Un autre discours que celui du président peut-il malgré tout se faire entendre ?

- On a observé beaucoup d'arrestations depuis l'arrivée de Xi Jing Ping au pouvoir. Il s'agit d'enseignants, de représentants de minorités, d'avocats. Certaines voix passent quand même à travers Hong Kong.

Cependant, je ne suis pas pessimiste sur l'avenir de la Chine. Le parti n'est pas monolithique ; des voix opposées à Xi Jin Ping, actuellement en sommeil, pourraient ressurgir. L'action politique actuelle Xi Jin Ping ne peut pas durer. La jeunesse chinoise de la classe moyenne est trop éduquée, a trop envie de liberté. Durant le second quinquennat de l'équipe Xi Jin Ping ? Li Ke Qiang, de grands choix  vont se faire. Soit on va vers une dictature militaire  - je n?y crois pas - soit on va vers une modèle qui se rapproche de celui de Taiwan, de la Corée du Sud ou de Singapour.  Cela me paraît plus probable ; c'est une question d'années.

Et dans la sphère privée, où en est la libéralisation des m?urs ?  

- Il faut vraiment distinguer ce qui se passe dans les campagnes et dans les villes, où dans les classes moyennes, les jeunes femmes, souvent filles uniques, ne veulent plus d'un mari imposé par la famille. Elles divorcent, vivent en concubinage. Si elles gagnent leur vie, elles sont aussi libres que des jeunes Occidentales.

Concernant l'homosexualité, le fait de ne pas être un pays judéo chrétien a facilité les choses après un passage difficile sous le communisme. Il est désormais toléré de vivre ensemble, même si on n'en est pas au mariage pour tous. La firme Ali baba a même créé la journée pour les homosexuels car ils représentent un poids économique important.  

Vous évoquez une campagne anti occidentale dont vous vous faites l'écho. Quel impact cela a pour l'entrepreneur français qui s'intéresse à la Chine?

- La campagne anti occidentale est un phénomène récurrent en Chine. Sous Deng Xiao Ping, il y a eu une campagne contre le « libéralisme bourgeois ». Il y a toujours eu des moments où le pouvoir essaie de rassembler autour de lui en organisant un mouvement anti-occidental.  Cela ne marche pas forcément. Il suffit de voir l'engouement actuel pour les religions chrétiennes.  La bataille contre les valeurs occidentales est une bataille d'arrière-garde si on regarde ces jeunes Chinois qui partent étudier à l'étranger.  L'occidentalisation est inéluctable d'autant plus que la Chine ne propose pas de valeurs porteuses pour sa jeunesse.

Et le « Rêve chinois » de Xi Jin Ping? 

- Dans ce rêve chinois il n'y a de réelles ambitions qu'économiques. C'est le combat du gouvernement chinois avec les Etats unis pour la première place mondiale.  Mais on a vraiment le sentiment d'assister à un phénomène de propagande nationale et internationale.

Il n'y a donc pas de menace chinoise?

- Le marché est plus difficile et plus contraignant. Et s'il y a un comité du parti dans chaque entreprise, cela posera des difficultés.

Alors quels scénarii pour l'avenir de la Chine ?    

- Les deux grands laboratoires qu'il faut observer c?est Taiwan, avec le retour des indépendantistes avec à leur tête  Tsai Ing-wen, et Hong Kong où de jeunes issus de la révolution des parapluies de 2014 viennent d'être élus au Conseil législatif. Les élections du « chief executive » de la région autonome spéciale en 2017 seront importantes. Le gouvernement chinois va-t-il  choisir plus de démocratie ou va-t-il rester sur des positions dures  au risque de susciter d'autres mouvements d'opposition de sa jeunesse.  

Anne Garrigue (www.lepetitjournal.com/singapour) lundi 19 septembre 2016

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