

Le film le fils de l'autre, raconte la quête identitaire, sur fond de conflit israélo palestinien, de Joseph, jeune Israélien, qui découvre à 18 ans qu'il a été échangé à la naissance, et que ses parents biologiques sont palestiniens. Rencontre, à Singapour, avec Jules Sitruk, qui interprète Joseph dans le film.
Singapour, KK Hospital Novembre 2012 : 2 femmes quittent la maternité avec leur bébé dans les bras. Mais cet enfant n'est pas le leur, les bébés ont été intervertis et chacune est repartie avec l'enfant de l'autre. Aux spectateurs incrédules qui jugeraient improbable la situation de départ du dernier film de Lorraine Levy, la réalité vient apporter la troublante démonstration du contraire, et l'émoi suscité à Singapour par le fait divers, montre à quel point l'échange de bébés renvoie chacun à ses peurs et à ses propres vertiges identitaires.
Dans Le fils de l'autre, la scène se déroule en plein conflit israélo-palestinien. 2 femmes, l'une palestinienne, l'autre israélienne accouchent dans une maternité de Haïfa de deux garçons, Joseph et Yacine. A Singapour, la confusion, test ADN à l'appui, n'a duré qu'une journée. Dans le film de Lorraine Levy, ce n'est que 18 ans plus tard, au moment d'être incorporé pour le service militaire que Joseph (Jules Sitruk) découvre qu'il n'est pas le fils biologique de ses parents.
"Je suis l'autre et l'autre c'est moi"
Comment apprivoiser cet autre ? Comment vivre sans repères ? Comment maintenir des liens qui se dissolvent et en accepter d'autres qui transgressent ses convictions familiales, religieuses et communautaires ? Joseph s'étonne : « Je suis l'autre et l'autre c'est moi », comme pris de vertige. Quand cette confusion identitaire s'opère sur fond de conflit israélo-palestinien, quand elle met en scène deux familles, l'une palestinienne, l'autre israélienne (Emmanuelle Devos et Pascal Eblé), elle est évidemment aussi religieuse et politique. La crise identitaire qui se joue dans la tête et le c?ur de Joseph impose le dialogue, là où dominent les différences religieuses, les incompréhensions et les incessants conflits intercommunautaires. Et l'apprentissage douloureux de Joseph pour accepter l'autre et se reconnaître soi dans ce contexte fait du fils de l'autre un film porteur d'espoir pour la région.
Jules Sitruk- Très bien. Les nuits sont courtes à cause du décalage horaire, mais venir ici à Singapour est formidable. Je me rends compte que j'ai beaucoup de chance de faire un métier qui me permette de voyager et de découvrir un pays comme celui-ci.
Connaissiez-vous déjà l'Asie ?
Depuis toujours j'ai une passion pour l'Asie. Je suis venu deux fois au Japon. La dernière fois, c'était à l'occasion du festival international du film où nous sommes restés un peu moins de deux semaines, ce qui nous a permis de découvrir, un peu, un pays magnifique. Nous avons eu aussi la très agréable surprise d'obtenir le grand prix du festival et le prix de la mise en scène.
Aimeriez-vous tourner en Asie ?
Ce serait un rêve. Je ne suis pas un spécialiste, mais j'adore le cinéma asiatique I saw the devil, The chaser. Ce sont des films d'action, plein d'énergie. Je serais ravi de tourner dans ce type de film. C'est un rêve de garçon et puis, cela changerait des rôles d'enfant ou d'adolescent dans lesquels on m'a vu jusqu'ici.
Comment un acteur gère-t-il ce passage des rôles d'enfant-adolescent vers des rôles adultes ?
C'est un passage difficile. Aujourd'hui c'est sympathique. Les rôles que j'ai interprétés font que les gens me reconnaissent. A Tokyo même, des gens m'ont demandé de signer la jaquette de Monsieur Batignole ou de Moi, César. Mais c'est une période décisive pour évoluer vers d'autres rôles. Dans l'inconscient collectif du milieu, parce que les gens m'ont connu très jeune, c'est difficile de changer les représentations. Les gens continuent de vous voir comme un enfant.
Ce rôle de Joseph que vous interprétez dans Le fils de l'autre peut-il être ce passage vers des rôles adultes ?
Oui. Même si Joseph est encore un personnage au sortir de l'adolescence. D'ailleurs, même Loraine Levy me croyait plus jeune que je le suis et le Directeur de casting a dû insister. J'ai été passionné par la situation de ce personnage qui se trouve au moment où il construit ses bases sur le plan religieux et artistique. Et voilà, tout d'un coup, que tout vole en éclat. Ce qui est intéressant c'est ce qu'un acteur apporte à son personnage. En ce qui me concerne, c'était probablement ce côté encore en construction. D'ailleurs Lorraine me l'a dit et m'a encouragé à approfondir cette dimension.
Comment avez-vous vécu ce tournage, réalisé pendant deux mois à Tel Aviv et dans les territoires occupés ?
Joseph est un des personnages qui m'a le plus touché. Il se trouve dans une situation extraordinaire de quête personnelle et de recherche de soi. La relation entre les personnages, le conflit israélo-palestinien en fond, l'ambiance du projet, tout cela a fait du film une extraordinaire expérience humaine. Lorsque nous avons tourné près du mur, de jeunes enfants étaient montés dessus, et parce qu'ils ne comprenaient pas ce que nous faisions, ils ont commencé à nous jeter des cailloux. Des techniciens de l'équipe leur ont expliqué. On parlait avec les enfants à travers des fentes du mur. On ne savait plus très bien où l'on était, c'était comme si le tournage fusionnait avec la réalité. Il y a aussi certaines scènes qui sont très fortes. En particulier, celle où Joseph fait la connaissance de sa famille biologique; lorsqu'ils sont à table et que Joseph se met à chanter: c'est un grand moment d'émotion et cette émotion n'est pas qu'un jeu. On la ressent profondément. Dans la mesure où on tourne en Israël, on est enveloppé dans la réalité du pays. D'ailleurs les gens sur place ne tournent pas autour du pot. Ils parlent du conflit, c'est leur vie de tous les jours. J'ai beaucoup parlé avec les jeunes, les enfants, les frères et s?urs de ceux qui intervenaient sur le tournage. Ils ont une telle envie de souffler, de vivre leur vie, libres et dans la sécurité.
Quels sont vos projets pour l'avenir ?
J'ai en projet la réalisation d'un court métrage. J'ai envie de le faire depuis longtemps. J'ai suivi des cours en fac dans cet objectif. Il fallait que je trouve une histoire à laquelle je tienne vraiment. Je l'ai trouvée. Je travaille actuellement avec une productrice.
Etiez-vous au courant de ce fait divers récent à Singapour : deux femmes dont les bébés ont été intervertis à la maternité ?
Non vraiment ? Quelle coïncidence ! Je vais en parler à Lorraine. Cela va probablement la faire sourire.
Propos recueillis par Bertrand Fouquoire (www.lepetitjournal.com-Singapour) jeudi 6 décembre 2012
Représentation du fils de l'autre dans le cadre du festival rendezvouswithfrenchcinema :
? A l'Alliance Française, ce soir Jeudi 6 Décembre à 18h
? Au Cathay Cineplex, le Vendredi 7 Décembre à 21h15














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