612 points en mathématiques pour la Chine, 458 pour la France. Le nouveau classement PISA 2026 révèle un fossé spectaculaire entre les systèmes éducatifs chinois et français. À sept mois de la présidentielle, les mauvais résultats de l’école française font déjà irruption dans la campagne tandis que les candidats à l’Élysée s’emparent du sujet pour défendre leurs recettes. Pendant ce temps, la Chine et l’Asie trustent le haut du classement.


PISA devient un argument de campagne en France
À peine publié, déjà politique. À l’approche de la présidentielle de 2027, les résultats du classement PISA 2026 offrent aux candidats français un nouvel argument de campagne. Gabriel Attal, candidat de Renaissance et ancien ministre de l’Éducation, dénonce des résultats « alarmants » : « Le décrochage de nos élèves, c’est le décrochage de notre pays. » À droite comme à gauche, l’éducation revient au premier plan alors qu’Édouard Philippe, Gabriel Attal et Bruno Retailleau sont déjà engagés dans la course et que Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon occupent une place centrale dans le paysage électoral.
Derrière la bataille politique française, les chiffres racontent surtout un déplacement spectaculaire du centre de gravité éducatif mondial vers l’Asie.
La Chine écrase le classement
Plus de 760.000 élèves de 15 ans, dans 91 pays et économies, ont participé à l’enquête, représentant environ 33 millions de jeunes. Les résultats ont été publiés le 8 septembre 2026. L’OCDE la désigne officiellement sous le nom de « PISA 2025 », année durant laquelle les tests ont été réalisés. Et la Chine domine
Une précision importante : PISA n’évalue pas l’ensemble du pays mais quatre de ses territoires les plus développés, Pékin, Shanghai, Jiangsu et Zhejiang, réunis sous l’appellation P-S-J-Z.
En mathématiques, ils obtiennent 612 points, contre 563 pour Singapour, 549 pour Macao et 546 pour Taïwan. La moyenne de l’OCDE n’est que de 463 points.
La France ? 458 points. Soit un gouffre de 154 points
En sciences, même scénario : 597 points pour la Chine, contre 560 pour Singapour, 541 pour Macao et 483 pour la France.
En lecture, la Chine atteint 527 points, contre 456 pour la France.
54 % d’excellents en maths en Chine
Plus impressionnant encore : la Chine ne doit pas sa première place à une petite élite d’élèves surdoués.
En mathématiques, 54 % des élèves de Pékin-Shanghai-Jiangsu-Zhejiang atteignent les niveaux 5 ou 6 de PISA, ceux des élèves les plus performants.
Ils sont 37 % à Singapour, 32 % à Taïwan, 29 % à Macao, 23 % en Corée et 22 % au Japon.
En France : 5 %.
Autrement dit, plus d’un élève sur deux atteint les niveaux d’excellence mathématique dans les quatre territoires chinois évalués, contre un sur vingt en France.
La domination asiatique est d’ailleurs générale : les sept systèmes comptant la plus forte proportion d’excellents élèves en mathématiques sont tous asiatiques.
Pourquoi la Chine réussit-elle ?
Il n’existe pas de « recette chinoise » unique, mais plusieurs caractéristiques expliquent en partie ces performances.
D’abord, la place accordée aux mathématiques et aux sciences. Les fondamentaux sont travaillés très tôt, avec une progression structurée, beaucoup d’exercices et une répétition destinée à obtenir une maîtrise solide avant de passer aux problèmes complexes.
Ensuite vient la culture de l’effort. Dans le système chinois, la réussite scolaire reste fortement associée au travail et à la persévérance. L’examen joue un rôle central, jusqu’au fameux gaokao, le concours national d’entrée à l’université qui conditionne largement l’accès aux établissements les plus prestigieux.
Les enseignants bénéficient aussi d’une forte légitimité disciplinaire et les familles investissent massivement dans la réussite scolaire de leurs enfants.
Cette pression a son revers : journées longues, compétition, stress et poids considérable de l’éducation dans le budget familial. Pékin a d’ailleurs tenté de corriger certains excès avec sa politique de « double réduction », destinée à limiter devoirs et cours privés.
Il faut également manier la comparaison avec prudence : Pékin, Shanghai, Jiangsu et Zhejiang comptent parmi les territoires les plus riches et développés de Chine. Les 612 points ne représentent donc pas le niveau moyen de tous les élèves chinois.
La France continue de tomber
Le contraste reste néanmoins brutal. Les 6.501 élèves français ayant participé à PISA obtiennent 458 points en mathématiques, soit 16 points de moins qu’en 2022. En lecture, la France tombe à 456 points. En sciences, elle résiste davantage avec 483 points.
Les résultats français figurent désormais parmi les plus faibles jamais enregistrés depuis la création de PISA.
Depuis 2015, la proportion d’élèves sous le niveau minimal de compétence a augmenté de 12 points en mathématiques, 11 points en lecture et 4 points en sciences.
Et la France perd aussi ses très bons élèves : seuls 5 % atteignent désormais les niveaux 5 ou 6 en mathématiques, contre 8 % en moyenne dans l’OCDE et, donc, 54 % dans les quatre territoires chinois.
Le miroir chinois
La France n’est pas la seule à reculer. Les moyennes de l’OCDE atteignent elles aussi leurs plus bas niveaux historiques. L’OCDE pointe notamment les difficultés croissantes de concentration, les écrans, l’évolution des habitudes de lecture et la baisse de l’implication familiale. À l’ère de l’intelligence artificielle, la proportion d’élèves pratiquant une « lecture hâtive », rapide mais imprécise, a presque doublé depuis 2018 pour atteindre 9 %.
Mais c’est précisément ce recul occidental qui rend le résultat chinois aussi spectaculaire.
612 contre 458 en mathématiques, 597 contre 483 en sciences. Copier le système chinois n’aurait guère de sens tant les contextes sociaux et éducatifs diffèrent. Mais sa performance pose une question qui dépasse PISA : quelle place accorder aux fondamentaux, au travail scolaire, aux mathématiques, aux sciences et à l’enseignant ?
À l’heure où intelligence artificielle, semi-conducteurs, robotique et technologies vertes deviennent des instruments de puissance, l’écart éducatif prend une dimension économique et géopolitique.







