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En Égypte, Xi Jinping avance ses pions au Moyen-Orient avant de retrouver Trump

La visite de Xi Jinping au Caire, les 1er et 2 septembre, dépasse largement le cadre des 70 ans de relations diplomatiques entre la Chine et l’Égypte. Elle intervient après le sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai au Kirghizstan et à quelques semaines de la rencontre prévue entre Xi et Donald Trump. Entre rapprochement militaire, investissements stratégiques, soutien à la position égyptienne sur Gaza et affirmation du principe d’un Moyen-Orient affranchi des ingérences extérieures, Pékin cherche à tirer parti du recul de l’influence américaine et de l’émergence de nouvelles coalitions régionales. Explications. 

Xi Jinping Al SissiXi Jinping Al Sissi
Écrit par Thelma Joly
Publié le 3 septembre 2026

L’Égypte, pièce maîtresse d’un nouvel échiquier régional

Le choix du Caire n’a rien d’anodin. L’Égypte reste un partenaire militaire majeur des États-Unis, qui lui accordent environ 1,3 milliard de dollars d’aide militaire par an, mais cherche depuis plusieurs années à diversifier ses alliances. Abdel Fattah al-Sissi revendique désormais une politique de « balance stratégique », en maintenant ses liens avec Washington tout en renforçant ses relations avec Pékin, Moscou et les puissances régionales. Cette évolution intervient alors que de nouvelles formes de coopération sécuritaire apparaissent au Moyen-Orient. Le 7 août, la Turquie, l’Arabie saoudite et le Pakistan ont signé à La Mecque un accord de défense mutuelle, prévoyant qu’une attaque contre l’un des trois pays soit considérée comme une attaque contre les autres. L’Égypte, qui entretient des relations étroites avec les trois signataires, étudie la possibilité de rejoindre ce dispositif, même si aucune décision n’a encore été prise. Dans ce contexte, Pékin soutient l’idée défendue par Xi d’une nouvelle architecture de sécurité régionale dans laquelle les pays du Moyen-Orient seraient « maîtres de leur propre destin », sans dépendre d’une puissance extérieure. Le message vise directement le modèle de sécurité dominé depuis des décennies par les États-Unis.

 

Des avions chinois dans le ciel égyptien

Cette évolution diplomatique s’accompagne désormais de faits militaires concrets. Quelques jours avant l’arrivée de Xi, l’Égypte et la Chine ont organisé leur deuxième exercice aérien conjoint, « Eagles of Civilization ». Pour la première fois, des chasseurs chinois J-16 ont été déployés en Afrique et ont participé à des exercices de combat avec des Rafale de fabrication française. Un avion ravitailleur chinois a également été photographié en train de ravitailler un Rafale égyptien. Au-delà de l’entraînement, ces manœuvres illustrent le rapprochement des deux appareils militaires et donnent à Pékin accès à des équipements occidentaux utilisés par un partenaire traditionnel de Washington. La coopération Chino-égyptienne ne se limite plus aux infrastructures : elle s’étend désormais à la défense, à la sécurité, aux technologies avancées et à l’intelligence artificielle. Les deux présidents ont ainsi annoncé vouloir renforcer leur coopération dans les semi-conducteurs, les métaux stratégiques, les centres de données et l’usage de leurs monnaies dans les échanges.

 

De Suez à Gaza, Pékin investit un espace stratégique

La dimension économique reste considérable. La Chine a investi massivement dans les infrastructures égyptiennes, notamment dans la nouvelle capitale administrative, les ports, l’énergie et la zone industrielle de Suez. Cette dernière accueille désormais plus de 200 entreprises chinoises, tandis que les investissements chinois y dépasseraient 4,7 milliards de dollars selon les données citées par Euronews. Le commerce bilatéral a atteint 11,3 milliards de dollars au premier semestre 2026, en hausse de 21,5 % sur un an, même si le déséquilibre reste très marqué : les importations égyptiennes depuis la Chine se sont élevées à 10,4 milliards de dollars contre seulement 840,8 millions d’exportations égyptiennes vers la Chine. Mais l’intérêt de Pékin pour l’Égypte dépasse largement le commerce : le pays contrôle le canal de Suez, se trouve au contact d’Israël, de la Libye et du Soudan et dispose d’un poids diplomatique majeur sur la question palestinienne. C’est précisément sur ce terrain que la visite prend une dimension politique. Dans leur communiqué commun, Pékin et Le Caire ont réaffirmé leur rejet catégorique de tout déplacement des Palestiniens hors de Gaza et appelé au maintien du cessez-le-feu et à l’acheminement de l’aide humanitaire. Cette position rejoint le refus égyptien d’accueillir sur son territoire les Palestiniens que le gouvernement israélien souhaite voir quitter Gaza.

 

Une séquence diplomatique pensée jusqu’à Washington

La visite de Xi prend enfin tout son sens lorsqu’on la replace dans sa séquence diplomatique. À peine sorti du sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai à Bichkek, où il a rencontré notamment Vladimir Poutine, Masoud Pezeshkian, Recep Tayyip Erdogan et Narendra Modi, le président chinois s’est rendu au Caire avant de poursuivre son marathon diplomatique et de se préparer à rencontrer Donald Trump aux États-Unis plus tard en septembre. Le message envoyé depuis l’Égypte est donc double : Pékin veut apparaître comme une puissance capable de parler simultanément aux différents pôles du Moyen-Orient et comme le promoteur d’un ordre régional moins dépendant de Washington. Le choix du Mena House, où fut adoptée en 1943 la Déclaration du Caire par la Chine, les États-Unis et le Royaume-Uni, ajoute une dimension historique particulièrement forte. La Chine y a fait ériger cette année un monument rappelant notamment que Taïwan faisait partie des territoires devant être restitués à la Chine après la guerre. Ce symbole, dans un contexte de rivalité sino-américaine croissante, donne à la visite une portée qui dépasse très largement la commémoration des 70 ans de relations sino-égyptiennes : Xi arrive au Caire en portant un projet de recomposition régionale, avant de se retrouver face à Trump à Washington.

Thelma Joly
Publié le 3 septembre 2026, mis à jour le 3 septembre 2026
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