Après plusieurs années de ralentissement marqué par la pandémie et les tensions commerciales, la Chine prépare une relance spectaculaire de son aviation civile. Entre mégas-contrats avec Airbus et Boeing et l’émergence du constructeur national Comac, Pékin entend reprendre son envol sur la scène aéronautique mondiale.


Pékin prépare une relance massive du transport aérien
Le ciel chinois s’apprête à se remplir de nouveau. Après des années de disette, Pékin annonce une reprise spectaculaire des commandes d’avions pour répondre à une demande intérieure en plein essor. Selon les estimations, la Chine devra importer au moins 1 000 appareils dans les prochaines années pour soutenir la croissance de son trafic aérien et moderniser une flotte vieillissante.
Deux négociations phares se profilent : environ 500 appareils pour l’européen Airbus et un volume équivalent pour l’américain Boeing. Ces contrats, parmi les plus importants jamais envisagés, pourraient bouleverser l’équilibre mondial du secteur. Cependant, leur concrétisation dépend d’un contexte géopolitique fragile. Les tensions au Moyen-Orient et les incertitudes logistiques compliquent les calendriers de livraison, notamment pour Boeing, dont la part de marché en Chine s’est considérablement érodée ces dernières années. Pour l’Europe, ces perspectives confirment l’importance stratégique du marché chinois, deuxième au monde derrière les États-Unis, tandis que pour la Chine, elles marquent une volonté claire de réaffirmer sa place dans le ciel mondial.
Airbus consolide sa position en Chine
En fin d’année 2025, Airbus a conforté son rôle majeure dans le secteur aéronautique dans la région avec une série de commandes spectaculaires. En seulement deux jours, cinq compagnies chinoises, Air China, Spring Airlines, Juneyao Air, China Express Airlines et China Aircraft Leasing Group, ont annoncé l’achat de 148 avions de la famille A320, pour un montant total dépassant 10 milliards de dollars. Ces acquisitions s’ajoutent aux 292 A320neo commandés en 2022 et aux 160 appareils commandés en 2023, portant la part de marché d’Airbus en Chine à environ 55 %, devançant nettement Boeing. Le constructeur européen renforce également sa présence industrielle : son site d’assemblage de Tianjin, premier du genre hors d’Europe, a livré son 800ᵉ appareil en 2024 et une seconde ligne de production est entrée en service début 2026. Cette implantation s’inscrit dans une stratégie plus large de Pékin d’attirer les investissements dans les secteurs à haute technologie. L’industrie aéronautique devient ainsi un symbole de coopération sino-européenne, mais aussi un levier du programme “Made in China 2025”, visant à développer une base industrielle nationale performante dans les secteurs de pointe.
Comac, le défi chinois à Airbus et Boeing
Au-delà des géants transatlantiques, la Chine cultive une ambition nationale : celle de faire de Comac un acteur mondial de l’aéronautique. Son avion-phare, le C919, conçu pour rivaliser avec l’Airbus A320 et le Boeing 737, a déjà pris son envol sur les lignes de China Eastern Airlines. Présenté en vedette au Salon aéronautique de Singapour en février 2026, l’appareil séduit désormais plusieurs compagnies d’Asie du Sud-Est, notamment au Laos, en Indonésie, au Vietnam et à Brunei.
Le C919 bénéficie d’un solide soutien de l’État chinois, mais son développement reste semé d’obstacles : dépendance à des composants occidentaux, certification encore limitée à la Chine, et production insuffisante pour répondre à la demande régionale. Cependant, les retards persistants chez Boeing et la saturation des chaînes de production chez Airbus offrent à Comac une fenêtre d’opportunité unique. Soutenue par des investissements massifs et par la volonté politique de réduire la dépendance technologique, la Chine espère voir émerger d’ici dix à quinze ans un “troisième pôle” aéronautique mondial capable de rivaliser avec les maîtres du ciel.
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