Longtemps perçu comme un emblème de la culture japonaise, le matcha trouve pourtant ses racines en Chine impériale. Aujourd’hui, alors que la demande mondiale explose, la Chine revient au cœur de cette industrie stratégique. Entre héritage historique, rivalité culturelle et opportunités économiques, le matcha raconte une histoire bien plus complexe qu’il n’y paraît.


Une origine chinoise longtemps éclipsée
Avant d’être associé aux salons zen japonais, le matcha est une invention chinoise datant de la dynastie Tang (618–907). À l’époque, le thé est compressé en briques, puis réduit en poudre avant d’être mélangé à de l’eau chaude. C’est sous la dynastie Song (960–1279) que cette pratique atteint son apogée : la poudre de thé est battue à l’aide d’un fouet en bambou pour produire une mousse fine, une technique très proche du matcha moderne. Le thé devient alors un art de vivre, notamment dans les cercles lettrés et religieux. Mais à partir de la dynastie Ming (1368–1644), la Chine abandonne progressivement cette méthode au profit de l’infusion de feuilles entières. Une rupture historique qui va déplacer le centre de gravité du matcha vers un autre pays.
Le Japon et la transformation du matcha
C’est en 1191 que le moine Eisai introduit le thé en poudre au Japon après un voyage en Chine. Là-bas, la pratique évolue profondément. Les producteurs japonais développent des techniques spécifiques, notamment la culture à l’ombre, qui augmente la concentration en chlorophylle et en L-théanine, donnant au matcha sa couleur vert intense et son goût umami. Au XVIe siècle, le maître Sen no Rikyū codifie la célèbre cérémonie du thé (chanoyu), transformant le matcha en un rituel spirituel fondé sur l’harmonie, le respect et la simplicité.
Pendant ce temps, la Chine, elle, délaisse cette tradition. Résultat : le matcha devient, dans l’imaginaire collectif mondial, un produit exclusivement japonais.
Un retour du matcha en Chine
Aujourd’hui, le contexte a radicalement changé. Porté par la vague du bien-être et des super-aliments, le matcha connaît une croissance mondiale spectaculaire. Selon plusieurs études de marché, le secteur pourrait dépasser les 4 milliards de dollars d’ici 2027. Dans ce marché en pleine expansion, la Chine joue désormais un rôle central. Elle est devenue l’un des principaux producteurs mondiaux de matcha. Elle fournit une grande partie du matcha “culinaire” utilisé dans les boissons, desserts et produits industriels. Elle adopte progressivement des techniques japonaises pour améliorer la qualité.
De plus en plus, le matcha devient omniprésent : cafés spécialisés, chaînes internationales et pâtisseries locales surfent sur cette tendance. Le célèbre matcha latte s’impose comme une alternative “healthy” au café. Cependant, une distinction persiste :
- Le matcha japonais domine le segment premium (cérémonial)
- Le matcha chinois reste majoritaire sur les volumes et les usages industriels
Un dualisme qui reflète autant des différences de savoir-faire que des stratégies économiques.
Un aliment au cœur des nouvelles habitudes
Au-delà de son histoire, le succès du matcha repose aussi sur ses bienfaits nutritionnels. Riche en antioxydants (EGCG), en vitamines et en minéraux, il est réputé pour :
- Améliorer la concentration
- Fournir une énergie stable (grâce à la combinaison caféine + L-théanine)
- Soutenir le métabolisme
Contrairement au thé classique, on consomme ici la feuille entière, ce qui maximise l’apport en nutriments.
Où déguster un bon matcha à Shanghai ?
À Shanghai, la montée en gamme du matcha s’observe aussi dans l’émergence de lieux spécialisés où la qualité prime sur l’effet de mode. Parmi les adresses à retenir, Wuxie Matcha Café, situé dans le quartier de Lujiazui, propose une carte entièrement dédiée au matcha, allant des boissons traditionnelles aux desserts sophistiqués comme les mille-crêpes ou les glaces artisanales. Plus confidentiel mais très apprécié des amateurs, Tinghezheng Guohuo Matcha, dans l’ancienne concession française, offre une approche plus authentique, à mi-chemin entre salon de thé chinois et influence japonaise.
Dans un registre plus contemporain, LA MATCHA Ma Tea Bar (Flagship Store) s’impose comme une référence locale avec ses boissons créatives et accessibles, très populaires auprès de la jeune génération shanghaienne. Enfin, théATRE (Shanghai Huiju Store) illustre parfaitement la nouvelle vague de cafés design où le matcha est travaillé comme un produit premium, souvent préparé à la main et décliné en latte, soda ou créations pâtissières.
Alors, bon matcha a tous !
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