Associé principalement à la Chine et au Japon, l’éventail a une histoire vieille de plus de 2000 ans. Bien plus qu’un accessoire de confort ou qu’un objet décoratif, l’éventail chinois a joué de multiples rôles à travers les dynasties dont voici une brève présentation.


2000 ans d'histoire
En Chine, les premiers éventails apparaissent il y a plus de 2000 ans, on en retrouve des traces sous les dynasties Shang (1600-1046 a.C) et Zhou (046–256 avant J.-C.). Les exemplaires retrouvés lors des fouilles archéologiques étaient réalisés en bambou, feuilles tressées ou encore en plumes. Les tout premiers éventails n’étaient pas les versions pliables que l’on connait le mieux aujourd’hui, mais de grands objets rigides rattachés à une voiture et destinés plus à séparer les nobles des autres mortels et à les protéger contre les éléments. Du fait ils s’apparentait plus à des ombrelles.
De là ils ont évolué vers des éventails à manche long (Zhangshan) fabriqués soit en plumes soit avec de la soie. Ils faisaient partie de l’attirail de la garde d’honneur de l’empereur.
Leur fonction première était alors de souligner le statut noble des personnes et bien sur ils étaient utilisés à la cour imperiale.
Tuanshan ou l’éventail lune, circulaire et rigide, fait son apparition sous les dynasties Han (206 av. J.-C. – 220 apr. J.-C) et Tang (618 to 907). Il est fait principalement en soie tendu sur des baguettes de bambou ou d’ivoire. Il est un accessoire de prédilection des femmes de la cour et sert alors surtout pour de rafraichir. Mais il était utilisé également par les hommes
Enfin, l’éventail pliant ou à brisé, popularisé sous les dynasties Song (960–1279) et Qing (1644 to 1912) était l’accessoire très répandu parmi les lettrés devenant le symbole de leur statut. Réalisé principalement en bambou et soie ou papier, il servait plus comme objet de décoration qu’un outil. Les branches sculptées et les peintures sur papier et la soie devenaient de véritables objets d’art, témoins de la grande culture et gouts esthétiques des lettrés.
Du fait de leur coût très élevé, durant plusieurs siècles l’accessoire n’était accessible qu’aux classes les plus élevés de la société chinoise ancienne.

La langue non-verbale de l'éventail
L’éventail traduisait souvent l’appartenance à une classe sociale ou même à un clan et témoignait du status de son propriétaire. Quant aux motifs qui étaient fréquemment représentés sur les plis de l’éventail, ils ont chacun une profonde symbolique dans la culture chinoise. Ainsi le bambou est synonyme de résilience, flexibilité mais aussi de l’humilité du lettré. Les pivoines représentent la richesse, la prospérité et l’appartenance à une classe noble. On retrouve également des motifs de chauve-souris qui, du fait de leur homonymie avec le mot “fortune” sont censés porter chance.
D'une manière générale les éventails décorés d’oiseaux, feuilles de bambou ou fleurs symbolisaient la grace et la beauté et donc étaient très appréciés des femmes, alors que les lettrés penchaient plutôt vers des pièces ornées vers de poésie ou de calligraphie.
La forme “lunaire” de l’éventail circulaire est symbole de bonheur, harmonie et grace et reste fortement attaché aux réunions de famille dans la culture chinoise.
Quant à l’éventail pliant, selon qu’il soit ouvert ou fermé il symbolise l’ouverture, l’accueil ou au contraire la discrétion et la paix intérieure.
En dehors de l'aspect visuel, l’éventail était un outil de langage à travers la gestuelle. Par exemple dans les représentations théâtrales traditionnelles, la manière dont l’éventail était manipulé ou tenu communiquait des émotions différentes des personnages. Il servait à dissimuler un sourire, imposer son autorité ou démontrer la détresse du personnage.
Autres rôles de l’éventail
En dehors de l'objet utilitaire et décoratif, l'éventail a trouvé des applications particulières dans des contextes très variés.
Ainsi, l’éventail utilisé dans la pratique du tai chi porte le nom de Tai Ji Shan et dans ce contexte il est considéré comme une arme dissimulée, guidée par l’intention et la concentration du maître. Véritable prolongement du bras, il est déplacé ou dirigé par le déplacement du corps entier. Il est réalisé traditionnellement en bambou ou, de nos jours, en plastique ou en métal. On doit le tenir souplement sans l’agripper fortement pour laisser circuler l’énergie qi. A l’aide des mouvements du poignet très précis on le fait claquer à l’ouverture ou à la fermeture.
Autre utilisation assez surprenante: développé à la fin de la dynastie Ming dans les contrés reculées de Hunan, le langue secret des femmes (nushu) a été développé par celles-ci afin de pouvoir communiquer alors que leurs mouvements étaient très limités notamment à cause de leurs pieds bandés. Elles échangeaient entre elles en écrivant essentiellement sur les plis des éventails ou sur les éventails lunes qu'elles s'envoyaient telles des lettres.
On considère que l’éventail chinois a joué un rôle important dans le développement de la peinture mais aussi de la calligraphie et de la poésie. Les éventails ainsi réalisé par des lettrés et les artistes devenaient des objets de collection. La partie en soie ou papier n’était pas la seule travaillée. Les poignées et les branches étaient également sculptées, affublés de pendentifs en jade.
L'éventail gagne de plus en plus en popularité en occident - facile à glisser dans son sac en cas de grosses chaleurs, il est également apprécié en objet de décoration.












