Édition internationale

Le regain des jeux de société en Chine

Dans une Chine ultra-connectée, où le numérique domine tous les aspects du quotidien, les jeux de société connaissent un regain d’intérêt surprenant. À Shanghai comme ailleurs, cafés ludiques et parties entre amis se multiplient. Comment expliquer ce retour du jeu physique dans une société tournée vers les écrans ? Et quel rôle joue le digital dans cette évolution

Écrit par Le Petit Journal Shanghai
Publié le 7 avril 2026, mis à jour le 8 avril 2026

Un héritage culturel toujours bien vivant

la montée en puissance du numérique (1,07 milliard d’internautes en 2024) n’a pas fait disparaître les jeux de société traditionnels. Bien au contraire. Des classiques comme le mahjong, le xiangqi ou le weiqi restent profondément ancrés dans la vie quotidienne, notamment chez les générations plus âgées : près de 60 % des plus de 50 ans déclarent y jouer régulièrement.

Dans les parcs de Shanghai ou les ruelles des grandes villes, il n’est pas rare d’apercevoir des joueurs concentrés autour d’un plateau. Ces pratiques ne relèvent pas uniquement du loisir : elles incarnent un véritable rituel social, mêlant stratégie, interaction et tradition.

Et la tendance touche désormais les plus jeunes. Chez les 20-35 ans urbains, la pratique des jeux de société a progressé d’environ 30 % ces cinq dernières années, souvent influencé par des tendances internationales.

Le jeu physique dans une Chine digitalisée

Paradoxalement, c’est dans l’un des pays les plus digitalisés au monde que le jeu de société physique connaît un nouvel essor. Selon plusieurs études de marché, plus de 80 % des joueurs apprécient ces jeux comme un moyen de se déconnecter des écrans.

À Shanghai, les cafés de jeux de société se multiplient. Ces lieux hybrides, à mi-chemin entre bar, espace social et salle de jeu, attirent une clientèle jeune, souvent expatriée mais aussi de plus en plus locale. On y vient pour jouer, mais surtout pour créer du lien social.

Ce retour au physique s’explique par plusieurs facteurs. Une saturation numérique croissante, un besoin de sociabilité réelle et une valorisation de l’objet et de l’expérience tactile contribuent à cet engouement.

Ainsi, dans un environnement dominé par les smartphones et les super-applications, le jeu de société devient presque un refuge analogique.

Le digital comme moteur

Pour autant, opposer jeu physique et numérique serait une erreur. En Chine, les deux coexistent et se renforcent mutuellement.

Les versions mobiles de jeux traditionnels (mahjong, échecs chinois) ou modernes permettent d’apprendre rapidement les règles, de jouer à distance et de rejoindre des communautés en ligne. Environ un quart des joueurs utilisent aujourd’hui ces applications comme porte d’entrée vers le jeu.

Ce modèle hybride est particulièrement visible chez les jeunes générations. La découverte se fait souvent via des applications, l’organisation des parties passe par les réseaux sociaux et la pratique se concrétise en présentiel dans des cafés ou entre amis.

Le modèle est donc hybride : le digital facilite l’accès, mais plus de 70 % des joueurs préfèrent l’expérience en présentiel une fois initiés.

Pokémon, un modèle hybride

Le succès du Pokémon illustre parfaitement cette évolution. Le jeu de cartes à collectionner connaît une forte croissance en Chine, avec un marché estimé à plusieurs centaines de millions d’euros.

Dans les grandes villes comme Shanghai, les tournois organisés dans les boutiques officielles rassemblent au minimum 100 joueurs, et se tiennent quotidiennement. Chaque événement permet aux participants d’obtenir des récompenses exclusives, comme des cartes promotionnelles ou des goodies, renforçant l’engagement des joueurs. Par ailleurs, plusieurs tournois internationaux ont été organisés en Chine ces trois dernières années, témoignant de l’essor structuré de la scène compétitive.

En parallèle, plutôt que de s’appuyer sur des applications étrangères, l’écosystème Pokémon en Chine s’intègre aux usages locaux via des mini-programmes sur WeChat. Ces outils permettent aux joueurs d’accéder à des événements, de suivre leur progression et surtout d’obtenir des récompenses exclusives (cartes, objets dérivés), contribuant à fidéliser une communauté toujours plus large.

Cette combinaison entre expérience physique et intégration digitale locale permet à Pokémon de s’adapter au marché chinois, tout en conservant une forte dimension sociale et communautaire.

Une industrie portée par la Chine

Au-delà des usages, la Chine domine largement la production mondiale de jeux de société, représentant environ 70 % de la fabrication globale.

Ce rôle central permet de proposer une offre abondante et accessible : le marché chinois du jeu de société connaît une croissance annuelle estimée entre 10 et 15 %.

Parallèlement, de nouveaux studios locaux émergent. On estime que plus de 500 éditeurs indépendants se sont lancés ces dernières années, signe d’un secteur en pleine expansion.

 

 

 

Le Petit Journal Shanghai
Publié le 5 avril 2026, mis à jour le 8 avril 2026
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