En avril 2026, un robot humanoïde chinois a bouclé un semi-marathon de 21 kilomètres en 50 minutes et 26 secondes, pulvérisant le record mondial humain. Loin d'être un simple exploit médiatique, cet événement illustre une transformation profonde : la Chine est entrée, à toute vitesse, dans l'ère de la robomania. Des parcs de Shanghai aux concessions automobiles de Pékin, des chiens-robots aux humanoïdes dans les centres commerciaux, les machines ne sont plus un horizon lointain — elles font partie du décor.


La Chine mise sur les robots
La Chine s'est imposée comme le leader mondial incontesté de la robotique humanoïde. Portée par son plan « Made in China 2025 », la puissance industrielle a investi des milliards dans l'automatisation et l'intelligence artificielle pour hisser sa filière robotique au rang de priorité stratégique nationale. En 2025, 13 318 robots humanoïdes ont été produits sur le sol chinois. En 2026, la production devrait augmenter de 94 %, avec entre 28 000 et 100 000 unités fabriquées selon les projections.
Le résultat est visible à l'œil nu, dans la rue, dans les magasins, dans les parcs. Après les voitures électriques et les panneaux solaires, le robot humanoïde est devenu la nouvelle vitrine de la technologie chinoise. Et cette fois, la démonstration ne se passe plus dans un laboratoire ou sur une scène télévisée : elle a lieu partout, en temps réel, devant tout le monde.
Dans les rues, les parcs, les restaurants...
À Hangzhou, un robot policier humanoïde a été installé à un carrefour fréquenté pour aider à fluidifier la circulation — encore en phase de test, mais déjà bien visible des passants. À Shanghai, un McDonald's a déployé des robots de service conçus par la société Keenon Robotics pour apporter les plateaux, collecter les déchets et accueillir les clients. Dans les supermarchés, des machines saisissent et grillent des brochettes à la demande, sous les yeux ébahis d'une clientèle qui ne sait plus très bien si elle est dans un fast-food ou dans un film de science-fiction.
Dans les parcs, une autre figure a fait son apparition : le chien-robot. Le Go2 d'Unitree, équipé d'un LiDAR 4D à 360° et de l'intelligence artificielle, se promène désormais dans des espaces publics, suscitant la curiosité des enfants autant que des adultes. Agile, stable, capable de naviguer sur tout terrain, il incarne à lui seul l'ambition d'Unitree : faire aux robots ce que la Chine a déjà fait aux voitures électriques — les rendre accessibles, les multiplier, les normaliser. L'entreprise commercialise ses modèles quadrupèdes à partir de 1 600 dollars, quand son concurrent américain Boston Dynamics en réclame 75 000.
La scène la plus emblématique de cette omniprésence reste peut-être le semi-marathon de Yizhuang, le 19 avril 2026 à Pékin. Plus de 100 équipes ont aligné leurs robots aux côtés de 12 000 coureurs humains. Le champion de la course — arborant la marque Honor — a bouclé les 21 kilomètres en 50 minutes et 26 secondes, effaçant le record mondial humain de 57 minutes 20 secondes. Un an auparavant, le meilleur temps robot était de 2 heures 40 minutes. Les spectateurs étaient massés le long du parcours, smartphones levés, comme pour un défilé.
Le robot s'achète en grande surface
En août 2025, Pékin a inauguré ce qui est présenté comme le premier « centre commercial de robots » au monde, dans le district high-tech d'E-Town. Quatre étages entièrement dédiés aux machines : plus de 50 marques issues de 40 fabricants, principalement chinois, dont Unitree et UBTECH. Les visiteurs peuvent acheter, tester, voir des robots cuisiner, danser, jouer aux échecs ou incarner des personnages historiques comme l'Empereur Qin Shi Huang. Une section restaurant propose même d'être servi par des robots-chefs et des robots-serveurs. Le directeur du centre, Wang Yifan, le dit sans détour : « Si les robots doivent entrer dans des millions de foyers, on ne peut pas s'appuyer uniquement sur les entreprises de robotique — il faut des approches orientées consommateurs. »
Dans le même esprit, le constructeur automobile Chery a adopté une stratégie originale pour son robot humanoïde Mornine M1 : avant sa mise en vente sur JD.com en avril 2026 au prix de 285 800 yuans (environ 38 000 euros), il a été déployé dans les concessions Chery pour répondre aux questions des clients sur les véhicules. Une façon de faire exister le robot dans l'espace commercial tout en collectant des données d'usage réelles. La distribution est pensée sur trois canaux : boutiques spécialisées, concessions automobiles et espaces en centre commercial. La startup Aimoga, filiale de Chery, propose même un chien-robot en complément, l'Argos X1, à environ 2 100 euros.
En janvier 2026, Shanghai a accueilli l'ouverture du Galbot Shop, la première boutique dédiée exclusivement aux robots humanoïdes de la marque pékinoise Galbot. Pop-up stores, flagship stores, corners en galerie marchande : le robot est en train de vivre ce que le smartphone a connu dans les années 2010 — une banalisation progressive qui commence par la visibilité. On ne l'achète peut-être pas encore, mais on l'essaie, on le photographie, on le montre à ses enfants.
Le robot au travail
Au-delà de la mise en scène, les robots commencent à occuper des fonctions concrètes. Dans le secteur hôtelier, la startup Zerith AI, basée à Hefei, a mis en production le Zerith H1, un robot conçu pour nettoyer les chambres, réapprovisionner les équipements et livrer des serviettes à la demande. La société prévoit de livrer plus de 500 unités d'ici fin 2026.
Dans les usines automobiles et électroniques, les robots humanoïdes prennent en charge des tâches de manutention et d'assemblage autrefois confiées à des bras mécaniques fixes ou à des opérateurs humains. Pour les entraîner, la Chine a mis en place une infrastructure inédite : plus de quarante centres d'entraînement financés par les gouvernements locaux, où des milliers de travailleurs équipés de caméras et de capteurs effectuent des gestes du quotidien — plier du linge, nettoyer une table, couper des légumes — pour alimenter les modèles d'IA qui animent les machines. Chaque ville soutient son champion local : UBTECH à Shenzhen, Galbot à Pékin, Unitree à Hangzhou, AgiBot à Shanghai.
Le robot Mornine M1 de Chery illustre bien l'ambition domestique de ce secteur : il est capable de sortir les courses du coffre d'une voiture et de brancher seul un véhicule électrique. GigaAI, de son côté, développe le SeeLight S1, présenté comme le premier robot humanoïde chinois pensé spécialement pour un usage au sein du foyer. Des tests à grande échelle sont prévus dans des familles de Wuhan dès le premier semestre 2027.
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