Édition internationale

FitFam : des cours de sport gratuits et bienveillants

S’installer à Shanghai, c’est embrasser le rythme d’une mégapole intense. Entre le travail, les trajets et le coût parfois élevé des salles de sport, trouver une routine pour bouger peut vite devenir un défi. Pourtant, depuis près de dix ans, une alternative née ici-même attire chaque semaine des centaines d’expatriés et de Shanghaïens : FitFam. Entièrement gratuite, gérée par des bénévoles et ouverte à tous les niveaux, Fabien nous raconte comment cette communauté internationale de fitness bouscule les codes du sport urbain.

Photo groupe FitfamPhoto groupe Fitfam
@Fitfam
Écrit par Aude-Line Morin
Publié le 29 mai 2026, mis à jour le 26 mai 2026

Tout commence à Shanghai en 2015. À l’époque, six amis décident simplement de rester actifs pendant l’hiver en s’entraînant à 6h du matin au Luwan Stadium. De bouche-à-oreille, le groupe grandit progressivement. Aujourd’hui, FitFam revendique plus de 130 000 membres et une présence dans plusieurs villes chinoises et internationales, de Shanghai à Singapour, Kuala Lumpur, Vancouver ou encore Biarritz. À Shanghai même, la communauté s'est largement développée et propose désormais différentes localisations et des sessions durant toute la semaine.

Le principe reste pourtant le même : proposer gratuitement des workouts accessibles à tous. Les entraînements reposent principalement sur le HIIT (High-Intensity Interval Training), le renforcement musculaire au poids du corps, la course, le yoga ou encore la mobilité. Aucun équipement n’est nécessaire et chaque exercice est adapté selon le niveau des participants. Mais derrière les burpees et les séances cardio, ce que les participants mettent surtout en avant, c’est l’esprit de la communauté.

Témoignage de Fabien, leader Fitfam depuis plusieurs année

Pour mieux comprendre l’univers FitFam, lepetitjournal.com a rencontré Fabien, Français installé à Shanghai et aujourd’hui leader bénévole à Pudong. Il rejoint la communauté en 2020, au tout début du Covid, après plusieurs années sans véritable activité sportive.

« Ça faisait longtemps que je ne faisais plus de sport. Une amie de Beijing m’a parlé de FitFam en me disant : “C’est dur, mais c’est bienveillant et gratuit.” Pour moi, ça combinait exactement tous les éléments qui m'intéressaient » raconte-t-il.

À l’époque pourtant, il est loin d’avoir le profil du sportif aguerri. « Je partais vraiment de très loin. En 2020, courir cinq kilomètres, c’était impossible pour moi. Je faisais deux kilomètres puis je devais marcher parce que c’était trop dur. Les premières sessions, j’étais toujours derrière tout le monde. »

 

Photo groupe Fitfam

 

Ce qui le marque immédiatement, en revanche, c’est l’absence totale de jugement. « Chez FitFam, tu ne te sens jamais mal parce que tu es le dernier. Les gens t’attendent est c’est parfaitement accepté. Tout le monde sait qu’il y a plusieurs niveaux.»

Le "cross-running" sous les gratte-ciels de Lujiazui

Au fil des mois, Fabien progresse puis finit par devenir leader bénévole au sein du groupe. Aujourd’hui, il encadre des séances particulièrement intenses à Pudong, sous les gratte-ciels de Lujiazui.

« Nous, on mélange course et HIIT. Pendant environ deux heures, on fait 1000 m de course, puis un work-out, puis 1000 m, puis un work-out. On fait ça 6 ou 7 fois. Du coup, c'est assez intense. En fait, la course, elle sert vraiment de récupuréation parce qu'on a un rythme assez tranquille quand on court. Ça fait redescendre un peu le cœur mais ça le maintien quand même à un niveau minimal. »

Malgré l’intensité des séances, Fabien insiste sur un point : chacun avance à son rythme. « Le but, ce n’est pas d’être ultra-fit, c’est que chacun travaille au maximum de son propre niveau. Pour chaque mouvement, on peut proposer une version plus simple et une version plus difficile. Si quelqu’un n’arrive pas à faire une pompe classique, il peut la faire sur les genoux. Et si quelqu’un est très fort, on lui donne une version plus compliquée. Comme ça, chacun a un entraînement intense mais à son niveau, et ça permet de le faire tous ensemble. » 

Une philosophie basée sur la bienveillance et la sécurité

Au fil de la conversation, un mot revient constamment : bienveillance. Pour Fabien, c’est même ce qui définit le cadre de FitFam.

« Tous nos leader sont bénévoles et formés grâce à un programme de développement de leader, avec des vidéos guidelines et des questions à la fin. Ce n'est pas très compliqué, mais cela permet que tout le monde soit bien dans le même état d'esprit. Par exemple, on y rappelle que tu ne touches pas quelqu'un pour lui modifier sa posture avant de lui avoir posé la question si tu avais le droit de le toucher. On fait aussi très attention à ce qu’il n’y ait pas de commentaires sur le physique, pas de remarques sexistes, racistes ou déplacées. Les gens viennent comme ils sont, qu’ils soient sportifs ou non.

Moi je fais toujours attention à ce que tout le monde prenne du plaisir dans ce qu'il fait à la hauteur de ses possibilités physiques. Tous les leaders que j'ai vus, ce sont toujours des gens qui sont super forts mais qui sont admirablement humbles dans ce qu'ils font.»

On veut vraiment que tout le monde se sente en sécurité mentalement et physiquement. 

La sécurité fait également partie des priorités. En cas de forte pollution (AQI élevé), de pluie ou de températures extrêmes, les séances sont annulées. Pendant les workouts, les leaders surveillent attentivement les participants. « En été, à Shanghai, s’il fait 40 degrés et que quelqu’un arrive sans eau, on refuse qu’il participe. C’est trop dangereux. Si quelqu’un commence vraiment à peiner, on lui dit de ralentir, de boire ou parfois de sauter une station. C'est pour ça que moi j'aime bien être derrière, parce que je vois ceux qui sont à la peine. On incite aussi les gens à boire, peu importe si vous arrivez à la fin, on attendra que vous ayez tous bu. »

Fabien explique aussi que toute une organisation rigoureuse existe en cas de blessure : « Les leaders ont la liste des hôpitaux proches avec eux. Quelqu’un reste avec la personne, on va l'emmener jusqu'à l'hôpital pour être sûr qu'elle soit prise en charge. Et on va faire une fiche de constatation pour dire ce qui s'est passé. » Aujourd’hui, FitFam Shanghai compte plus d’une centaine de leaders actifs, tous bénévoles.

Un lieu de rencontres pour les expatriés

Au-delà du sport, FitFam est aussi devenu un espace social de partage essentiel pour rompre le rythme de la vie locale. « Au début, je n’y allais pas pour rencontrer des gens. Mais c’est devenu l’un des gros intérêts de FitFam pour moi », confie Fabien. Dans une ville aussi vibrante et parfois épuisante que Shanghai, ces rendez-vous deviennent rapidement des repères hebdomadaires. « À chaque fois que j’y suis allé après une journée compliquée de boulot, je suis systématiquement reparti content d’être venu. Ça te transmet de l’énergie. Les gens sont contents d’être là ensemble. »

Photo Fitfam

La communauté rassemble des profils d’une diversité rare : étudiants, entrepreneurs, retraités, sportifs expérimentés ou personnes en pleine reprise physique. Même les enfants sont autorisés, à partir du moment que les parents s'assurent qu'ils sont en capacité de suivre l'entraînement. « Chez les leaders, il y a tous les profils : un ingénieur chinois passionné de Hyrox, une retraitée shanghaienne fan de yoga, des parents qui reviennent doucement au sport… Tous les profils et tous les physiques sont représentés. Le point commun, c’est qu’on essaye tous de faire de notre mieux ensemble, sans jugement. »

Pour les nouveaux arrivants, la barrière de la langue n'en est pas une. « Moi, je ne parle pas chinois. Beaucoup de sessions sont en anglais. Et même quand ce n’est pas le cas, quelqu’un traduira toujours ou montrera les mouvements. Tu peux complètement rejoindre FitFam sans parler un mot de mandarin. » On y croise d'ailleurs régulièrement des locaux francophones ou ayant un lien avec la communauté française.

Cet esprit d'ouverture se traduit aussi par un refus total de l’exclusivité. Loin de chercher le monopole du sport à Shanghai, la communauté encourage avant tout le fait de rester actif, quitte à orienter les participants vers d'autres clubs de la ville :

« On n'est pas du tout à dire “Venez chez nous. Restez dans FitFam” Non, pas du tout. Venez quand vous voulez. On a plein de leaders qui appartiennent à différentes communautés. Moi, je suis du triathlon, donc je suis dans des groupes de course ou dans des groupes de nage. Donc, les gens qui viennent et qui se disent « J'aimerais bien faire plutôt de la course », on n'est pas du tout sectaire. On te donne les groupes de course dans lesquels nous, on participe. Au contraire, plus vous faites du sport, mieux c'est pour tout le monde.»

Finalement, quand on lui demande ce qui le pousse à s'investir autant et de manière totalement désintéressée, sa réponse résume parfaitement la philosophie de l'aventure :

« Qu'est-ce qui me fait continuer ? Franchement, La bienveillance et surtout les gens. Des groupes de sport à Shanghai, il y en a plein. Mais des groupes avec un état d’esprit aussi positif, c’est beaucoup plus rare. Le sport, tu peux en faire partout. Mais ici, l’état d’esprit est vraiment remarquable. »

Infos pratiques :

  • Inscriptions : Via le mini-programme WeChat « FitFam » (les sessions s'affichent par distance géolocalisée).
  • Site internet : www.wefitfam.com
  • Activités : HIIT, running, yoga, mobilité, stretching,...
  • Langue : Principalement anglais.
  • Tarif : 100 % Gratuit.
  • Public : Tous niveaux (étudiants, expats, familles bienvenus).
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