En Chine, les régimes ne se font plus seulement à la maison. Des centres spécialisés proposent de couper les participants de leur quotidien pendant plusieurs semaines, entre séances de sport intensives, repas contrôlés et règles strictes. Un phénomène qui dit autant quelque chose de la lutte contre l’obésité que de la place toujours très importante accordée à la minceur dans la société chinoise.


À 7 heures du matin, la journée commence. Dans certains centres chinois spécialisés dans la perte de poids, les participants enchaînent les séances de sport, les repas encadrés et les exercices physiques jusqu'au soir.
Pendant plusieurs semaines, leur quotidien est entièrement organisé autour d'un objectif : perdre du poids.
Ces centres attirent un public de plus en plus large. Les réseaux sociaux participent aussi à leur popularité. Sur les plateformes chinoises, certains participants documentent leur séjour, leurs entraînements et leur transformation physique, donnant à leur tour envie à d'autres de tenter l'expérience.
Mais derrière ces camps, c'est surtout un changement plus profond qui se dessine.
Une réponse à un problème de santé bien réel
En Chine, le surpoids et l'obésité sont désormais considérés comme un problème majeur de santé publique. Selon les autorités chinoises, plus de la moitié des adultes sont concernés par le surpoids ou l'obésité.
Pour y répondre, seize administrations chinoises ont lancé en 2024 une campagne nationale baptisée « Année de la gestion du poids ». Prévue sur trois ans, elle vise notamment à améliorer la prévention, les habitudes alimentaires et l'activité physique.
Le sujet est désormais intégré aux politiques de santé nationales. En 2025, la gestion du poids a ainsi rejoint les actions de « Healthy China », le vaste programme chinois consacré à l'amélioration de la santé de la population.
Les hôpitaux sont également concernés. Les autorités encouragent le développement de consultations spécialisées dans la gestion du poids, associant notamment nutrition, activité physique et accompagnement médical.
La perte de poids n'est donc plus seulement présentée comme une affaire d'apparence : elle devient progressivement un sujet médical à part entière.
Maigrir est un marqueur social
Impossible pourtant de comprendre le succès de ces centres sans regarder du côté des normes physiques.
En Chine, comme dans de nombreux pays, la silhouette est fortement associée à l'apparence et à l'image de soi. Sur les réseaux sociaux, les photos de transformations physiques, les programmes sportifs et les conseils alimentaires occupent une place importante.
Cette pression est particulièrement visible chez les jeunes femmes. Plusieurs études consacrées aux réseaux sociaux chinois montrent que l'exposition répétée aux contenus valorisant la minceur peut renforcer l'insatisfaction corporelle et encourager certains comportements alimentaires à risque.
Mais les modèles évoluent également. La silhouette recherchée n'est plus nécessairement celle d'un corps simplement très mince. Le sport et la musculation participent à l'émergence d'un idéal plus athlétique, notamment chez les jeunes femmes.
Entre discipline et business
Les camps de perte de poids s'inscrivent dans un marché beaucoup plus vaste : coaching sportif, nutrition, programmes personnalisés et consultations spécialisées.
Le principe de ces centres est simple : sortir temporairement de son quotidien pour adopter un mode de vie entièrement encadré. Plus besoin de décider quoi manger ou quand faire du sport : le programme est déjà établi.
Mais cette méthode soulève aussi des questions. Tous les établissements ne proposent pas le même niveau d'encadrement et la frontière peut devenir floue entre une prise en charge destinée à améliorer la santé et une course à la minceur.
Les autorités chinoises insistent d'ailleurs sur la nécessité d'une approche scientifique de la gestion du poids. Les recommandations officielles privilégient d'abord une alimentation équilibrée, l'activité physique et la modification des habitudes de vie.
Le phénomène des camps raconte donc quelque chose de plus large que la simple volonté de perdre quelques kilos. En Chine, le poids est devenu à la fois un sujet de santé publique, une préoccupation sociale et un marché en plein développement.
Et entre ces trois dimensions, la frontière est parfois mince.
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