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Covid19 - Omicron en Chine : BA.1 ça passe, BA.2 ça casse

Par Le Petit Journal Shanghai | Publié le 23/03/2022 à 17:44 | Mis à jour le 24/03/2022 à 11:30
Des personnes en blouse desinfectent les rues en Chine contre le covid

Alors que Shanghai et d’autres provinces sont très touchées par le sous-variant Omicron BA.2 et se retrouvent propulsées en 2020 avec fermeture des écoles, télétravail et enchaînent les confinements de 48h à 14 jours, est-on vraiment au bord de la rupture de la stratégie zéro Covid ? Un nouvel éclairage de l’équipe bénévole de Solidarité Covid – Français de Chine dont la charge de travail a connu une croissance exponentielle…

 

BA.2 mériterait bien sa lettre grecque à lui tout seul selon l’épidémiologiste Antoine Flahaut de l’université de Genève, tant ses caractéristiques sont spécifiques, avec des risques de réinfection, 30% de contagiosité supplémentaire v BA.1, on a même détecté en Israël des cas doublement infectés BA.1 et BA.2, et ça repart maintenant dans le monde Occidental.

Un effet mécanique de confinements qui porte ses fruits

Dans notre bulle de la Chine en stratégie zéro Covid, le dernier territoire à s’y accrocher après la capitulation de Hong Kong, on a pu constater une nette différence entre les 2 sous-variants. BA.1 avait eu un impact colossal sur les cas importés et les suspensions de vols qui ont suivi, mais sur les foyers locaux, pas de différence notamment celui de Tianjin Jinnan, le premier foyer BA.1 conséquent, contrôlé en 31 jours et 906 cas, un résultat similaire à de précédents foyer pré-Omicron.

En revanche dès que le BA.2 a fait son apparition on a pu constater un net changement sans pour autant se retrouver dans une situation similaire au reste de la planète, car l’effet mécanique des confinements va limiter le nombre de cas et la diffusion et donc on ne se retrouve pas avec les incidences des autres pays à 4 chiffres (0.45 cas quotidiens / 1 M Pop sur le 1er semestre 2022 pour les cas locaux Chine)

 

nombres clusters en Chine mars

 

Issue de la base de données exclusive des clusters constituée jour après jour avec l’aide précieuse de Claire Jiang. Accélération du nb de nouveaux foyers en décembre, puis cela crante à nouveau en février. En mars, nouvelle progression du nb de nouveaux foyers et surtout du nombre de cas sur certains foyers (Jilin, Shanghai), mais espoir : la 3ème semaine de mars ne génère plus autant de nouveaux foyers, quasiment plus que des sous-foyers dans des « nouvelles » préfectures de foyers existants provenant des mégalopoles de Tier 1.

 

On est donc entrés dans une nouvelle ère de l’épidémie en Chine, un moment charnière où les confinements généralisés sur une ville ou localisés dans les mégalopoles se multiplient pour contrôler les foyers, district par district, ville par ville, et sauvegarder la stratégie zéro Covid. Pour contrer l’objection qu’Omicron fera moins de décès qu’avant et que ce n’est pas la peine de paralyser l’économie pour cela, les experts répètent que les coûteux confinements valent toujours mieux que laisser filer le virus, une fois qu’on a laissé le dentifrice sortir du tube, impossible de le remettre dedans…

Peu de vaccinations complète chez les séniors en Chine

Pour enfoncer le clou, la Chine publie pour la première fois le taux de vaccination des 80 ans et +, seulement à 51% 2 doses et 20% 3 doses, et il n’y a qu’à regarder ce que cela donne à Hong Kong dans les maisons de retraite (entre 75% et 80% des 6356 décès de la vague Omicron) pour calmer ces ardeurs.

 

expat chine BA 2

Les ères de l’épidémie en Chine avec des indicateurs qui évoluent fortement. La nouvelle ère BA.2 épargne encore quelques provinces (Sichuan, Hubei, Xinjiang notamment), livre beaucoup de cas asymptomatiques, peu de cas sévères et se diffuse très vite sur de nombreuses préfectures. La colonne de Wuhan est difficilement comparable avec le reste puisque seuls les malades hospitalisés étaient testés et les asymptomatiques n’ont fait leur apparition que le 1er avril 2020 et les dépistages de masse.

 

L’ère d’Omicron BA.2 démarre donc le 1er mars avec l’éclosion du foyer de Yanbian - Jilin, à la bordure de la frontière de la Corée du Nord (officiellement toujours pas de cas déclarés, mais ça flamble plus fort encore qu’en Europe en Corée du Sud), ce foyer pulvérise le record de nombre de cas et livre ses premiers décès depuis un an.

6 foyers distincts à Shanghai

Parallèlement, Shanghai qui n’avait connu que de tout petits foyers depuis la vague de Wuhan (22 cas maximum en janvier 2021, mais pas mal d’étoiles sur les travel code) est touché simultanément par 6 foyers distincts. Les 4 derniers sont fusionnés en un pour incriminer le système de climatisation d’un hôtel de quarantaine à Xujiahui, et en filigrane la non-application du mécanisme du circuit breaker et de la réduction des vols de Hong Kong / Taiwan, pour qu’on se retrouve avec 1228 cas de Hong Kong arrivés par avion en Chine continentale hors Guangdong en quelques semaines, dont 800 sur les 6 vols quotidiens vers Shanghai.

Shanghai Minhang stadium transforme en centre d’observation pour les asymptomatiques ne présentant pas de facteur de risque

Shanghai Minhang stadium transforme en centre d’observation pour les asymptomatiques ne présentant pas de facteur de risque

 

Tous les foyers BA.2 ne génèrent pas autant de cas que ces foyers de Shanghai et Jilin, ce n’est pas une fatalité, certains sont rapidement contrôlés, mais plus l’épicentre va se rapprocher d’une mégalopole où l’on va hésiter avant de tout fermer, plus ça va être difficile de contenir l’explosion des cas. 2 autres foyers BA.2 d’hôtels de quarantaine attirent notre attention : celui de Quanzhou (1751 cas depuis le 13 mars sur 20 préfectures, 6 provinces) et celui de Shenzhen (1148 cas depuis le 13 février, répartis sur 4 provinces et 9 préfectures) qui est l’un des premiers foyers séquencés BA.2 et qui a dû inévitablement essuyer les plâtres. On a connu avant Omicron plusieurs micro-foyers d’hôtel de quarantaine, mais normalement, le personnel est en circuit fermé et donc ne génère pas de contamination en dehors, mais là coup sur coup on a 3 foyers qui sont allés bien au-delà du personnel, preuve de la contagiosité de BA.2.

 

rebonds des foyers chine covid

Ces quelques exemples de foyers récents qui ont connu des rebonds, associés au nombre élevé de contamination sur les foyers BA.2 qui mettent forcément plus de temps à se résorber, nous laissent présager d’une durée moyenne des clusters BA.2 qui va augmenter sensiblement, et donc les restrictions qui vont avec…

 

Les restrictions, confinements et quarantaine, c’est vieux comme le monde, ça marche depuis les épidémies de Peste brune, et ne pêchons pas de pessimisme à penser que tout est perdu alors que beaucoup d’entre nous à Shanghai enchaînent les lockdowns. Seules 5 provinces dépassent les 1000 cas sur mars 2022, c’est beaucoup comparé aux foyers précédents, mais on a quand même un grand nombre de provinces qui restent sur des incidences relativement faibles, même des provinces densément peuplées comme Zhejiang, Beijing et Jiangsu.

Pourquoi autant de cas asymptomatiques en Chine ?

Même Shanghai devrait très bientôt approcher son pic puisqu’on trouve au 22 mars 90% de cas en cas contact, et que les autorités ont appris de Shenzhen à être vigilants sur les rebonds. Autre question souvent soulevée : pourquoi autant d’asymptomatiques ? J’ajouterais surtout pourquoi autant de variation dans les taux d’asymptomatiques par province qui sont pourtant touchées par les mêmes foyers BA.2 ? Les autorités apportent beaucoup d’explications à Shanghai : âge jeune des cas (40 ans), faible pathogénicité d’Omicron, vaccination très élevée à Shanghai et dans les mégalopoles.

 

carte chine covid

Carte des foyers actifs et incidence par province pour le seul mois de mars 2022 – Une diffusion inédite depuis Wuhan.

 

J’ajouterais dépistage précoce et surtout disponibilité des scanners. En effet, les cas positifs sont habituellement passés au scanner. Si un cas positif se présente sans symptômes, lorsqu’il y a de la place, le scanner va en général très souvent identifier des traces du virus dans les poumons. Mais lorsque les hôpitaux doivent absorber plusieurs centaines de cas par jour, avec en plus les cas importés, on va économiser sur le scanner et juger uniquement sur les symptômes. Signe d’un changement d’ère : les cas légers ne seront plus hospitalisés mais parqués dans des centres d’isolement, comme à Wuhan en 2020, pas forcément une bonne nouvelle... En revanche, ils n’auront plus à faire 14 jours en centre de réhabilitation à leur sortie d’hôpital, bonne nouvelle ! Enfin il faut faire de la place dans les centres de quarantaine et anticiper au mieux les cas positifs : donc les autotests fabriqués en Chine à foison qui ont inondé les pharmacies du monde entier sont enfin autorisés en Chine, et youpi ! plus de 3ème semaine à l’enfermement à Shanghai pour les voyageurs de l’étranger, ça a du bon quand même BA.2.

 

Carole Gabay est en expatriation familiale à Shanghai depuis 2013. Diplômée de l’ESSEC, avec une longue carrière dans les études de marché et data management, elle se retrouve impliquée dès le début de l’épidémie en Chine dans le tracking des données Covid avec le projet de l’équipe bénévole Solidarité Covid – Français de Chine.

 

Pour les analyses régulières, les articles, interviews, présentation du projet de recherche, le Site Internet : https://deeperin19coviddata.wordpress.com/

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Guillaume Asmanoff et Thomas Aunave

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