Dimanche 21 avril 2019
  Ne manquez plus les
dernières nouvelles
S'abonner

POINT DE VUE CHINOIS - Comment nous voient nos professeurs de chinois

Par Le Petit Journal Shanghai | Publié le 05/03/2019 à 21:30 | Mis à jour le 06/03/2019 à 09:22
langue-chinoise-apprentissage-chine

Quand nous arrivons en Chine, nous passons tous par une étape quasi vitale si l’on veut pouvoir profiter de la Chine au quotidien : l’apprentissage du chinois. Pour certains, cette démarche relève du casse-tête, voire du supplice ; pour d’autres, ce sera le début d’une épopée sans fin, ou d’un plaisir insatiable. C’est ainsi que notre professeur de chinois devient la porte d’entrée sur le monde en Chine, notre référent hebdomadaire, celui ou celle que nous harcelons de questions, auprès duquel nous livrons parfois nos émotions et incompréhensions face à une situation difficile où les mots pour en sortir ne sont pas encore appris ou assimilés et que nous pressons de traduire des phrases indispensables à notre communication.

Au regard du temps passé et du lien qui s’établit avec eux, je me suis demandée ce qu’ils perçoivent, comprennent et gardent de nous et de notre pays. Voici des réponses apportées par une dizaine de professeurs enseignant aux adultes, anglophones ou francophones, consultés pour l’occasion.

 

Leurs motivations à enseigner le chinois

Tous ont un désir et une volonté d’aider les étrangers à mieux comprendre la Chine, sa culture et la façon d’y vivre. Enseigner le chinois, c’est aussi une façon de ré-apprendre et d’approfondir sa propre langue maternelle, de rencontrer voire de se lier d’amitié avec des personnes ayant une autre histoire et une autre culture, apprendre d’elles pour apprendre de soi-même.

C’est aussi une histoire de transmission entre parents et enfants, des parents chinois fiers de leur culture, de leur philosophie, de leurs arts et des enfants qui, ayant grandi, découvrent la même ardeur. Poussés ou non, ils se sentent investis de la mission de partage du patrimoine en enseignant leur langue. L’ADN des professeurs de chinois laisserait supposer un mélange de macromolécules de patriotisme et d’ouverture sur le monde.

 

Quelques caractéristiques françaises de l’apprentissage du chinois

Les Français adultes semblent avoir des réflexes plus marqués que d’autres apprenants européens : ils aiment que la pédagogie soit participative et variée. Ils n’aiment pas suivre un livre de cours du début à la fin et interrompent facilement quand ils ne comprennent pas quelque chose, attendant une réponse immédiate. Au-delà des tons, la grammaire chinoise et la syntaxe sont leurs plus grandes batailles. Quant aux 600 classificateurs qui constituent une caractéristique propre au chinois, ils les font plonger dans l’impénétrable.

 

apprentissage-chinois-shanghai

 

Sur l’apprentissage lui-même, les professeurs soulignent que c’est souvent la prononciation des sons commençant par "j q x/zh ch sh r/z c s" ou des mots finissant par "eng" qui pose problème. Même parfois après des années de cours, le plus gros blocage chez l’apprenant français est le "r". L’élève continuera de dire "Ritan Park" au lieu de prononcer "Jetan Park". Si pour les Chinois ce sont les liaisons de la langue française ou les phonèmes "oe" et "e" qui sont un casse-tête, les mots commençant par "b/p", "d/t" en sont un autre pour nous. Le chinois comporte des lettres soufflées, quand la langue française a elle des voisements (vibration des cordes vocales). Autrement dit pour nous, il y a peu de différence entre "dian" et "tian", alors que pour "tian" le son doit être soufflé et la gorge ne pas vibrer ! D’autres Européens auront peut-être du mal avec le "ü", mais pas les Français, ni les Allemands d’ailleurs ! Quant aux 10 000 caractères de la langue, c’est le parcours initiatique de toute une vie plutôt vécu comme un voyage sans destination et très enrichissant !

 

Le portrait de l’élève adulte français

Il est fier de sa culture et il a besoin d’en parler. Plus que les autres étrangers, il a un accent prononcé, il a une appétence forte pour la culture chinoise et même toutes les cultures en général. Il est ouvert, pose beaucoup de questions, surprend par son besoin d’analyse et son attention, n’est pas toujours à l’heure et le temps passé en cours doit plus s’apparenter à de la détente qu’à un labeur : « Vous, Français, n’êtes pas stressés ». Pour nos professeurs, cette attitude leur apparaît comme un « signe d’intelligence pour bien apprendre le chinois, la meilleure façon de progresser rapidement ». Malgré cette apparence dilettante, l’élève français est travailleur, créatif et prend beaucoup de notes. Autres traits de caractères : il est poli, jovial et « s’il n’est pas en vacances, il est en train de préparer les prochaines ». Il est toujours très occupé, soit par son travail, soit par la vie qu’il aime ! Il est débrouillard dans son quotidien. Et enfin, il savoure bien plus les jiaozi que les yuanxiao (spécialité au riz glutineux de la Fête des Lanternes).

 

Ce que nos professeurs connaissent et aiment de la France

Les traditionnels stéréotypes sont bel et bien des réalités pour eux. Ils les touchent du doigt à notre contact, lors de leur voyage en France pour ceux qui ont eu la chance d’y aller (pas si nombreux, souvent un rêve), ou au travers du cinéma français dont ils ont toujours entendu parler. Les plus connaisseurs sont charmés par le cinéma de la Nouvelle vague. Il y a une fascination pour la mode, les parfums, la gastronomie, le romantisme que la langue, la littérature et le cinéma français diffusent et exportent.

 

image-france-par-chinois

 

L’amour que portent nos professeurs de chinois pour leur langue et leur pays n’est pas exclusif et ils sont tout aussi admiratifs de notre langue et de notre culture. Ils aiment nous écouter parler, ils disent adorer notre façon d’articuler notre vie quotidienne avec ce que nous sommes au fond de nous, un juste équilibre permettant de conserver de la spontanéité, quelque chose de simple et naturel, inspiré de Saint Exupéry « On ne voit bien qu’avec le cœur ».

Ils sont fascinés par l’influence des artistes français dans le monde de l’art en général (qu’ils soient écrivains, réalisateurs, chanteurs, peintres, poètes, musiciens, sculpteurs... ou cuisiniers !), par notre gastronomie et par le produit qui résulte de la combinaison « Un esprit sain dans un corps sain » : se préoccuper de manger sainement des mets raffinés (« gourmet »), faire du sport, aller au contact de la nature.

De leurs plaisirs, et sans exhaustivité, ils citent les éclairs au chocolat, le macaron salé de Pierre Hermé, manger du beurre demi-sel avec de la baguette, le confit de canard, les vacances et le savoir-vivre à la française, rester à la terrasse d’un café quand il fait beau, écouter les pigeons roucouler devant Notre-Dame, et se délecter de la célèbre voix de la SNCF qui annonce dans les gares « le TGV 8815... à destination de ... partira voie... ». À notre contact, ils retiennent aussi de nous des comportements forgeant notre culture : notre habitude ou notre réflexe de dire tout le temps « Bonjour », « S’il-vous-plait » et « Merci », beaucoup moins utilisé chez les Chinois, un sens du vouvoiement et du tutoiement plus marqué qu’en Chine, un sens de l’esthétique et de l’élégance. En terme de philosophie, « les vacances sont sacrées » : notre épicurisme, notre capacité à jouir de la vie les fascinent. Les mots clés qui résonnent avec France sont : liberté, romantisme, élégance, culture, passion, créativité, art, modernité, contemporaine, critique, déroutante, gourmet, fromage, vin et chocolat.

 

Leurs goûts pour la littérature et le cinéma français

Les écrivains cités sont, pour les plus classiques, Proust, Maupassant, Jean de La Fontaine, Balzac, Zola, Flaubert, Victor Hugo, Colette, Saint-Exupéry, et, pour les plus récents, Marc Lévy et Anna Gavalda dont le réalisme et le romantisme les envoûtent. Sur le plan cinématographique, les films les plus cités sont Le fabuleux destin d’Amélie Poulain, Les Choristes, Intouchable, Papillon, Camille Claudel, La Môme et les films de Luc Besson. Nos professeurs aiment ce qui est original, fantasque, décalé, et l’excentricité française.

 

Points de vue sur ce que l’élève français comprend le mieux de la culture chinoise

À l’unanimité, nos professeurs répondent la gastronomie ; sur ce plan, que d’échanges de recettes, d’adresses de restaurants… Pour compléter, ils rajoutent que les Français sont aussi fiers que les Chinois de leur longue Histoire et de leur culture. Leurs capacités à s’intégrer rapidement ici en Chine et à bien comprendre la valeur de l’Histoire de la Chine dans la vie du Chinois d’aujourd’hui les surprend toujours. Ils soulignent enfin que la France, là encore comme la Chine, détient un patrimoine artistique mondialement connu. Cette richesse est aussi une monnaie d’échange entre nos deux pays qui facilitent la compréhension et le respect mutuels.

 

Anne-Sophie Jouan-Gros pour Le Petit Journal Shanghai

 

Nous vous recommandons

0 Commentaire (s)Réagir