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BLOG - Connaissez vous Ayawawa ? L'antipode du féminisme en Chine

Par Alice | Publié le 07/11/2019 à 21:15 | Mis à jour le 07/11/2019 à 21:15
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Naïvement, concernant les relations hommes-femmes, je pensais que la Chine était loin de l'ancienne société féodale. Jusqu'à ce qu'une amie me parle d'Ayawawa, une "love guru" très suivie sur les réseaux sociaux chinois, qui propose des formations et des livres pour aider les femmes chinoises célibataires à se marier.

Ayawawa (qui signifie à peu près en chinois "Oula mon enfant" ...un surnom un peu ridicule), de son vrai nom Yang Bingyang, est une influenceuse très suivie (3 millions de fans sur Weibo), "experte en amour et relation amoureuse". Elle est l'autrice d'une dizaine de best-sellers sur le sujet. Sa célébrité est telle que j'ai même trouvé un article de New York Times parlant d'elle en 2017 (référence en fin d'article). Beaucoup de ses adeptes la remercient pour les avoir aidé à mieux « contrôler » les hommes, et à trouver l'amour.
 

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Ayawawa (en jupe rouge au milieu) et ses fans

Alors pourquoi a-t-elle autant de succès ? Quels sont les préceptes de sa théorie, devenue la BIBLE pour de nombreuses Chinoises seules, frustrées ou se sentant abandonnées ?

Si vous êtes féministe, vous risquez d'être choquée par sa théorie et ses paroles provocantes... Elle part du principe que l'être humain est resté proche de l'état animal : les femmes se maquilleraient, perdraient du poids, liraient, voyageraient, étudieraient, feraient de la musique, s'épileraient, tenteraient d'être drôle, dans un seul et unique but : le sexe. Pour preuve, le titre de l'un de ses ouvrages est "Ne croyez jamais que les hommes sont supérieurs aux animaux" (别拿男人不当动物). 

Avec cet angle de vue en tête, Ayawawa a surtout développé deux notions, basées sur une interprétation toute personnelle des théories de Darwin : le concept de "Paternal Uncertainty" et celui de "Mate Value". Ces deux notions de base de sa théorie permette de calculer votre "prix" sur le marché du mariage. 

Le "Paternal Uncertainty" (PU) est le sentiment d'insécurité des hommes lié au l'incertitude de leur paternité sur leur progéniture alors que les femmes n'ont pas ce genre de souci. Il s'agirait selon Ayawawa d'un mécanisme psychologique des mâles, après des générations de l'évolution. Ce genre de soupçon constituerait alors la base du psychisme masculin et de la différence de mentalité entre les hommes et les femmes.   

Le "Mate Value" (MV) représenterait la "valeur" des femmes sur le marché de mariage, qui dépendrait  principalement de huit facteurs : âge, apparence, taille, tour de poitrine, poids, diplôme, personnalité, environnement familial (relation avec parents). Celle des hommes dépendrait plutôt de ceux-ci : âge, taille, apparence, richesse, quotient intellectuel, quotient émotionnel, capacité sexuelle et capacité à s'engager sur le long terme.  

Malgré le fait que suite à la politique de l'enfant unique, il y a 20 millions d'hommes de plus que les femmes en Chine, il faut noter que cette théorie de MV-PU est étonnement surtout dédiée aux femmes... Les Chinoises célibataires sont toujours considérées comme left-overs et non les hommes, et elles subissent plus de pression pour "se vendre" et trouver un mari.C 'est un phénomène que vous pouvez constater facilement si vous assistez à une ou deux foires de rencontres amoureuses organisés dans les grandes villes chinoises, le ratio hommes-femmes avoisine souvent 1:10 !

 

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Reprenons, en partant des explications d'Ayawawa, la MV est la valeur de femme, donc le PU est le prix à payer pour les hommes. Selon elle, le prix PU d'une femme dépend également de ces deux facteurs principaux que seraient la fidélité et la personnalité, compris comme la capacité à contrôler ses émotions. Si elle est infidèle ou a tendance à devenir infidèle, son PU est élevé. Plus elle est émotive, plus son PU est élevé. Les hommes devront alors dépenser plus d'énergie ou d'argent pour la "contrôler"...

L'équation est finalement très simple, en partant de ces principes cette blogueuse a développé plein de théories dérivées, et elle peut pratiquement expliquer tous vos problèmes sentimentaux par son système. 

Mais alors et l'amour là-dedans ? Pour notre "love guru", si une femme est encore célibataire, dans 80% des cas, c'est parce qu'elle demande un prix (PU) trop élevé par rapport à sa vraie valeur (MV)... Et la solution à ce problème est bien simple ! Si vous êtes une femme impatiente de vous marier, il y a deux règles d'or à respecter. Il vous faut augmenter votre "valeur" : rester jeune, perdre du poids, augmenter la poitrine, avoir un meilleur diplôme...  Mais il ne faut pas dépasser un certain âge, car l'âge est un facteur fatal pour les femmes pour Ayawawa...   

Au contraire, vous pouvez faire baisser votre prix ! Par exemple, il ne faut pas porter de décolletés, publier des photos de bikini ou d'autres photos sexy sur les réseaux sociaux, sortir souvent dans les clubs, ne pas donner l'impression que vous avez une vie privé débridée. Mais ce n'est pas tout... il ne faut pas parler d'un air condescendant, être trop capricieuse, faire des gestes brutaux, tester les sentiments de votre copain sans raisons, être "hystérique" etc...  A la place, il vous faut être polie, courtoise, gentille, élégante, parler d'une voix douce, être empathique, sourire et non rire à gorge déployée. Un vrai programme rétrograde !

Voilà les règles à suivre pour que les femmes chinoises puissent sortir du célibat et se marier. Oui, peut être que le féminisme n'a pas vraiment trouvé sa place en Chine. Et bonne fête des célibataires ! :)

Je sais que c'est un sujet polémique, ici je n'émets pas mon point de vue mais je vous présente seulement ce courant de pensée présent en Chine. n'hésitez pas à laisser un message en commentaire pour exprimer votre avis sur la question !

Pour plus d'informations : l'article de New York Times sur Ayawawa : China,Where the Pressure to Marry Is Strong, and the Advice Flows Online

 

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Alice

Traductrice autodidacte en langue anglaise et française, et chinoise à 100%, Alice s'est donné pour mission de démystifier la Chine. Vous pouvez découvrir davantage de ses textes sur sa page Wechat.
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