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TREK HUMANITAIRE - Alpinisme et solidarité au Népal

Écrit par Le Petit Journal Shanghai
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 12 avril 2016

Par Anne Deslandes

Un an après les séismes qui ont secoué le Népal, trois Français vivant à Shanghai, et un au Pays Basque, viennent de partir pour une expédition d'un mois dans les montagnes népalaises. Ce pays, l'un des plus pauvres du monde, compte près de 28 millions d'habitants pour une superficie de 147 000 km2. Patrick, Mikael et François nous ont expliqué le but de cette mission humanitaire.

Montagnes népalaises

Ce projet est porté par Patrick Artola, alpiniste averti qui s'est rendu plusieurs fois au Népal depuis 2003 ; il a déjà gravi l'Everest? C'est au cours d'une expédition dans l'Himalaya que la force des rencontres a égalé la majestueuse nature. Avant de s'installer à Shanghai, il avait créé Gaurishankar, une association née au pays basque avec laquelle il ?uvre toujours même s'il n'en est plus le président.

Carte du Népal (MAE)

Passionné par cette région et touché par les gens rencontrés, dont il parle avec retenue et pudeur, Patrick a embarqué des comparses dans cette aventure. Cette année, il part avec deux amis, Mikael Bottero et François Pietri, ainsi que son fils Eneko, lycéen âgé de 15 ans. A son retour, Eneko présentera cette expérience hors du commun dans son lycée, espérant faire découvrir cette partie du monde. Pour Patrick, c'est aussi un merveilleux passage de relais qui débute. "On veut que cela s'inscrive dans la durée car on est dans une société très éphémère."

Pourquoi agir maintenant ?
Patrick est allé sur place pendant un mois, dès avril 2015, après le tremblement de terre ; il ne s'est pas posé de questions. Il s'est trouvé face à une situation d'extrême urgence nécessitant de préparer une piste d'hélicoptère, par exemple, et d'apprendre les gestes pour assister l'atterrissage. "Nous avons convoyé 10 tonnes de matériel par hélicoptère pour apporter le matériel au plus près de la zone." Un mois après les deux gros séismes, la mousson débutait et rendait impossible toute activité de reconstruction, en raison des glissements de terrain. Ensuite, les frontières ont été fermées, il y a eu un changement de constitution gouvernementale? Maintenant que les routes sont de nouveau praticables à pieds, une phase plus durable de reconstruction, de consolidation peut émerger ?Plus qu'avant, c'est en ce moment qu'une association humanitaire comme la nôtre peut aider. Au moment des premiers secours, on est souvent très impuissants, il y a des tas de gravats, il faut de gros engins pour déblayer, nettoyer? rappelle Patrick. L'aide apportée complète d'autres actions : "Nous allons là où les grosses associations humanitaires ne vont pas." François et Mikael ont été très impressionnés par les photos et le récit de leur ami. Alors quand cette année Patrick a parlé de sa future expédition avec son fils, ils ont tout de suite voulu se joindre à eux.

L'aide apportée à la population
L'association ne distribue pas directement de l'argent ou des biens, mais participe au financement de différentes actions permettant aux villageois de continuer à vivre dans leur village. "Savoir faire le bien est plus compliqué qu'il n'y paraît. Les conseils de village, sous l'autorité du Chef, sont très importants" insiste Patrick. A chaque fois, c'est le chef qui parle, explique le plan établi. Il participe à la discussion sur la validité du projet et exprime les besoins. "S'ils ont besoin de ciment, on débloque l'argent pour acheter le nécessaire. Ce sont eux qui vont chercher les matériaux. Le but n'est pas de payer les transports, il y a des porteurs." Ce respect de l'organisation en place est capital "cela évite l'individualisme. Il faut de la solidarité et le chef sait ce qu'il faut faire, qui a besoin de quoi. La coordination est capitale." L'aide doit s'insérer dans l'environnement culturel en place, ils doivent s'en imbiber. En allant sur place, Patrick va donc pouvoir libérer des fonds au nom de l'association pour permettre le lancement d'un projet de construction déjà validé. Ce peut être pour construire des latrines, réaménager une route ou réhabiliter un lieu d'offrande. Actuellement, l'association travaille par exemple avec Pompiers sans frontières.

François Pietri, Mikael Bottero et Patrick ArtolaEneko Artola

Ils sont tous fascinés par l'Himalaya même si le seul alpiniste est Patrick, qui connaît bien la montagne et la rudesse de la vie de ses habitants. Son association ne cherche pas à révolutionner leur quotidien, il a toujours en tête qu'il faut maintenir l'équilibre qui existe, que l'on est de passage et que les principes ethnocentristes doivent être évités. Tout doit être dans la mesure. "L'humanitaire, c'est vraiment très délicat" souligne-t-il. Après l'aide d'urgence, il ne faut pas que l'aide apportée modifie l'équilibre du village, que ce soit sur un plan financier, médical ou vestimentaire. Le danger est de créer une dépendance ou un déséquilibre entre les villageois. "Là où l'on ne se trompe pas, c'est dans les structures : école, pont, lieu d'offrande?et encore, il faut être attentif au moyen d'aider."

Village des montagnes népalaises

Même si cela peut sembler dérisoire vu de notre porte, Patrick explique aussi que le seul fait de se rendre sur place aide la population : "la plus grande ?uvre, c'est d'apporter de la devise." Il se souvient des habitants si heureux de voir que des gens revenaient, de ces villageois redescendus pour porter le message que leur secteur était de nouveau praticable, que les treks pouvaient reprendre. A titre individuel, ils vont contribuer aux tâches quotidiennes, pour les corvées ou aider à porter, construire. Mikael, coiffeur, part avec ses ciseaux pour pouvoir faire une coupe à ceux qui le souhaiteront. Chacun d'eux verra sur place en quoi il peut être utile sur le moment. "Ils ont déjà leur vie ; je vais essayer de me fondre dans la masse" résume Mikael. De son côté, François explique qu'ils apportent dans leurs bagages de nombreuses choses qui sont rares là-bas : des petits jeux ou des crayons, par exemple, qui devraient ravir les enfants. Lui aussi part avec l'idée de "me rendre disponible là où on aura besoin de moi".
En 2005, l'association a permis de construire un pont suspendu, à 3 800 m d'altitude, pour relier deux vallées, afin de désenclaver les villages. Elle s'est appuyée sur les compétences techniques d'une organisation suisse pour la partie conception, puis ce sont les locaux qui construisaient, qui bâtissaient. C'est leur travail, leur ouvrage. Les volontaires de l'association viennent pour 1 mois. Ils s'assument financièrement (ils paient leur voyage, subviennent à leurs besoins) et apportent un savoir-faire technique (topographie, enseignement?). C'est un vrai investissement, une réelle aventure humaine.

Pont construit avec l'aide de l'association Gaurishankar

Une forte volonté d'aider
Ce qui les pousse dans ce projet c'est la solidarité, le fait de pouvoir apporter une aide concrète. Mais aussi l'envie de reprendre contact avec l'essentiel, la nature. "J'ai besoin de sortir de ma bulle de confort." nous confie Mikael. Il espère apporter du bonheur, de la chaleur. "Je me suis toujours dit qu'un jour je redonnerai comme on a pu m'aider. Aujourd'hui, j'ai l'opportunité de participer à cette aide." La volonté d'apporter leur soutien est suffisamment forte pour qu'ils mettent leur vie professionnelle entre parenthèses pendant ces semaines.
Cette équipée ne cache pas qu'ils partent autant pour donner que recevoir. Rien de commun des deux côtés de la balance, mais des valeurs partagées : la solidarité et le respect de l'autre. Ils le savent, ce ne sera pas évident : il faut avoir une bonne condition physique et une bonne hygiène de vie pour faire le trek. Mais quand l'enthousiasme est là, le plus gros est fait !
Patrick peut donner le tempo du voyage : "On ne sait pas où on va dormir, mais ce n'est pas grave. On sait que nous serons accueillis, qu'il y aura une cérémonie, avec le moine. Ce sont des moments extrêmement forts." Ses compagnons de route lui font confiance, ils savent que cette expédition est préparée et sérieuse, qu'elle s'appuie sur une bonne connaissance des lieux et conditions de vie.

Ces quatre amoureux de la montagne se connaissent bien, ils partent avec humilité et une forte volonté d'aider. Gaurishankar est le nom d'un sommet népalais et signifie en sanskrit "la déesse et ses époux". Si la déesse est la montagne, ses époux pourraient bien être, le temps d'un mois, Patrick, François, Mikael et Eneko, partis pour cette expédition humanitaire au Népal.

Crédits photos : Patrick Artola

Anne Deslandes, lepetitjournal.com/shanghai, Mardi 12 avril 2016

Le Petit Journal Shanghai
Publié le 11 avril 2016, mis à jour le 12 avril 2016
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