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Geneviève Flaven, du management à la création théâtrale

Par Caroline Boudehen | Publié le 07/11/2017 à 21:00 | Mis à jour le 08/11/2017 à 10:24
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Lorsque l’on lui demande ce qu’elle fait, Geneviève Flaven répond simplement « Je fais du conseil en design et j’écris ». Pourtant à la tête d’une agence de conseil depuis 17 ans, metteuse en scène, auteure, comédienne, musicienne, poète, blogueuse… Geneviève Flaven bouillonne d’idées et de projets, et possède une énergie qu’elle sait faire circuler ! Arrivée à Shanghai en 2010, par une sorte de hasard qui n’en n’était pas vraiment, cette Parisienne pure souche s’est depuis fait connaître auprès de la communauté étrangère et plus spécialement francophone, par ses talents d’auteure (HaiKu4You, Shanghai Zen, Lisa et les Chaussettes Rouges) et de metteuse en scène (99 Women, Projet 99). Portrait d’une personnalité (d)étonnante.

 

Parcours

Née en 1969 à Paris dans une famille plutôt "intellectuelle de gauche", Geneviève décide de faire des études de commerce (ESSEC), afin de mieux comprendre et prendre sa place dans un monde qu’elle sait, à l’aube des années 1990, "transformé". La philosophie, les lettres, l’architecture – ses domaines de prédilections – restent à cette époque confinés dans le champ de ses passions. Diplôme en poche, elle débute sa carrière par du conseil en management, qu’elle assimile à une « rentrée dans le monde de Houellebecq, celui de l’Extension du domaine de la lutte …» Elle qui a l’esprit plutôt littéraire, ce monde du conseil lui apparaît comme une véritable violence. Mais qu’elle continue pourtant à endurer car c’est néanmoins « une entrée dans le réel », qui lui permet d’être à un poste d’observation des mœurs actuelles.

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Après des recherches en économie, être allée à Bruxelles donner des cours d’alphabétisation à des femmes, Geneviève se lance et décide de monter sa propre entreprise, en profitant de l’éclosion des start-ups et de la bulle internet du début des années 2000. Ce contexte incarne pour elle une possibilité illimitée d’entreprendre de nouvelles choses, dans un cadre qui non conventionnel. « Ça a été une bouffée d’air frais ! » se souvient-elle. La boîte qu’elle crée alors fait faillite un an plus tard, mais peu importe dit-elle en riant, « ce qui comptait c’était cette idée qu’on pouvait commencer, et recommencer ». Le terreau était là… l’idée pouvait germée.

Il faut être irréaliste, c’est important

C’est ainsi qu’elle crée, avec trois autres femmes, son agence de conseil en design de mode, pour décrypter tendances et prospectives. « Et aussi apporter de l’esthétisme » ajoute-t-elle. Bref, elle se fait une petite place… qu’elle prend pendant presque 10 ans en Europe, avant de s’exporter en Chine. En 2008-2009 la crise financière lui fait dire que « le monde occidental est foutu ». Sentence qui aujourd’hui la fait beaucoup rire. Mais qui a tout de même comme effet de déclencher son départ en Chine. Pourquoi Shanghai ? Parce qu’elle y connaissait quelqu’un, mais également parce que Shanghai représente, et représentait à l’époque, un important centre textile (bien plus que Pékin). Pertinent Fantastic (Wei Shuan), c’est le nom de son entreprise (traduction chinoise de Style Vision), poétique à loisir, et pleine de potentialité, à son image… et à celle de la Chine !

 

Sa vision

Oser, c’est l’adage dont Geneviève ne se départit jamais. Il faut oser, sinon on ne fait rien. « On a besoin de se faire des illusions, c’est comme un moteur. Ça permet de se mettre en chemin ». C’est ce qu’elle appelle « les fictions de mise en route ». Ainsi, ce qui est décisif, ce n’est pas d’atteindre cette grande illusion mais sa quête. « Il faut avoir une vision. Même si elle n’est pas atteinte, elle est porteuse ».

On a besoin de se faire des illusions, c’est comme un moteur. Ça permet de se mettre en chemin.

Ainsi elle passe ses six premiers mois en Chine à écrire. L’écriture prend la forme d’un refuge, au milieu de cette immensité, où tout semble difficile. C’est à cette période que son poème Vie et mort de 99 femmes ordinaires voit le jour… mais qu’elle ne fera jamais lire. « Car c’était pour régler son compte à ma propre personne ! » Deux ans plus tard, en 2014, elle fait un rêve : celui du poème théâtralisé… qui donnera naissance à la pièce 99 Women. Pour monter le projet elle collabore avec La Ruche et après 7 mois de préparation, la pièce est jouée, et avec succès, à Shanghai. Avec ce projet, elle a trouvé son fil conducteur : l’idée d’une pièce collaborative et surtout, de la destruction de l’Auteur. Les récits de vie réels – le sédiment – de la pièce, sont sélectionnés, traduits, réécrits, mis en scènes et nécessitent des centaines d’intervenants. C’est la création d’une machine à faire du théâtre, « avec la résonnance de la parole ». Cette mécanique lui plaît « L’œuvre est dans cette machine » affirme-t-elle.

 

Le Projet 99

A la différence de la pièce 99 Women, qui était plutôt centrée sur elle-même, l’identité et la femme, le Projet 99 explore les relations entre les personnes, ce qu’on en dit, ce que l’on retient des paroles de l’autre, ce qui s’en échappe. C’est un point d’ancrage différent : le Projet 99 est une pièce documentaire (tirée de vies réelles), communautaire (les habitants d’une même ville) et collaborative (l’auteur n’existe pas). Pourquoi "99" ? Parce qu’il ne s’agit jamais de la totalité. En chinois, mais Geneviève l’apprendra plus tard, "9" représente l’amour infini…

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Le Projet 99 a été joué en chinois, en anglais et en français cet automne à Shanghai. Et va peut-être l’être à Pékin… en tous cas le processus est lancé. Le Projet 99 est une dynamique. Il a déjà été repris à Pune en Inde, et à Nice en France. Sa contrainte formelle : qu’il interprète 99 personnages et que les phrases contiennent entre 25 et 150 mots.

 

Les autres projets

Geneviève anime aussi des performances avec le Lycée français de Shanghai autour de son ouvrage Lisa et les Chaussettes Rouges, et a aussi en tête une nouvelle pièce de théâtre… Dernièrement elle a également été conviée à parler pour TED à Shanghai sur La Fabrique de l’expérience. Son grand fantasme : réaliser un dessin animé !

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Son Shanghai

Ce qu’elle préfère à Shanghai, ce sont les happenings spontanés qui ne sont pas « toujours très intéressants, mais qui sont toujours pleins d’énergie ». Et quelquefois, on découvre des pépites. Un de ses endroits favoris, le Temple de Longhua, mais très tôt le matin, lorsque les pèlerins – en général des personnes âgées – s’y rendent pour accomplir toutes sortes de rituels... des moments étonnants et toujours charmants. Car la vieillesse, en Chine, l’émeut… Geneviève est autant fascinée par la marge que la modernité. Quand elle n’est pas en train d’arpenter les friches de Shanghai à vélo, ces déserts de béton, parcs industriels en tout genre, et constructions jamais terminée mais dans lesquelles se nichent toujours ces petits « quelque choses, animés et surprenants », elle flâne sur le Bund. « Surtout la nuit, pour les lumières… ». Côté restaurants, Geneviève est une adepte des "boui-boui", surtout les ouighours… Une inconditionnelle de la streetlife.

Retrouvez le blog de Geneviève Flaven : shanghaiconfidential.wordpress.com

 

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Caroline Boudehen Le Petit Journal Shanghai

Caroline Boudehen

Diplômée en Art Contemporain et Médias, Caroline est rédactrice depuis 2009 pour différents magazines (Le Journal des Arts, La Gazette Drouot, Artension, SKP Magazine) et galeries d'art contemporain. Elle est installée à Shanghai depuis 2015.
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