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CAROLE GABAY, SOPRANO A SHANGHAI – La passion du chant lyrique au-delà des frontières

Écrit par Le Petit Journal Shanghai
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 2 avril 2017

 

Par Delphine Gourgues

Expatriée à Shanghai depuis 2013, Carole Gabay a plusieurs vies. Spécialisée dans les études marketing, elle poursuit sa carrière professionnelle dans le secteur pharmaceutique depuis des années, au gré des déménagements et des opportunités qui se présentent. Mais, Carole a une passion artistique, le chant et plus particulièrement le chant lyrique. Et là encore, elle profite au maximum des chances et hasards du destin offerts par les expatriations familiales, pour provoquer des rencontres, se faire connaître sur la scène musicale, et surtout pour pouvoir chanter. Un éternel recommencement dont elle ressort, à chaque fois, plus motivée et passionnée. Après le succès de ses derniers concerts, Carole Gabay se produit  pour la deuxième fois avec Pascal Gallet, grand pianiste concertiste, de passage à Shanghai. Rendez-vous le 30 octobre prochain !

 

Une rencontre inattendue avec le chant lyrique

Carole n'est pas issue d'une famille musicienne, mais elle a toujours chanté et enfant, elle s'amuse volontiers les dimanches, sur le piano d'une tante. A l'âge de huit ans, elle se fait offrir un piano, à sa grande surprise, par un ami de son grand-père, qui avait pressenti son potentiel artistique. Elle démarre donc les cours à l'École Normale de Musique à Paris. Mais entre piano et solfège, aucun doute, elle préfère le piano ! Et encore plus le chant, discipline dans laquelle elle se fait remarquer dès que se présente un concours ou une épreuve. Mais à 13 ans, elle arrête tout, le solfège n'est décidément pas pour elle ! Au grand dam de son frère Marc, qui savait qu'elle était musicienne dans l'âme. "Marc est décédé à 24 ans, je pense que c'était aussi un musicien non révélé, sa foi en moi me porte toujours, 25 ans après sa disparition". Quelques années plus tard, le mariage de son oncle va changer la vie de Carole. En effet, celui-ci épouse Évelyne, chanteuse lyrique, qui après avoir tout lâché pour mener un début de carrière, s'est reconvertie en professeur de chant. Évelyne encourage Carole, lui conseille une amie professeure?qui déclara dès le premier cours d'évaluation "On en fera une Reine de la Nuit !" (Rôle de Coloratur le plus connu de Mozart, La Flûte Enchantée).

La voix, cet organe si vivant

Dans la famille de Carole, la musique, "ce n'était pas assez sérieux pour en vivre"? Bonne élève, motivée par les études, elle réussit avec succès une grande école de commerce (ESSEC) et se lance dans la vie professionnelle, tout en laissant au chant la place favorite de ses loisirs. De plus, sa "tessiture" de voix si particulière avait besoin de temps pour mûrir, pour gagner en profondeur, son souffle devait aussi s'étoffer pour qu'elle puisse s'attaquer aux grands airs d'opéra, faits pour ce "diamant" si aigu qu'est sa voix. "Je suis moins à l'aise dans les graves, même si j'ai beaucoup progressé, ma voix est restée longtemps un peu trop métallique". Et avec le temps, les maternités aussi, la confiance en soi qui progresse, la voix de Carole se module peu à peu pour pouvoir aborder "des airs de bravoure" ! Après quelques années de cours privés, Carole retente sa chance au Conservatoire (qu'elle intègre à l'âge de 27 ans, à Cergy), et puis en 2006, elle obtient le Premier Prix du Conservatoire de Courbevoie, une belle récompense !

"Je ne vis pas de la musique mais pour la musique"

Carole ne s'est donc jamais lancée dans une carrière de chanteuse, mais c'est sans regrets. "Je ne vis pas de la musique mais pour la musique, aux côtés de ma famille, ma carrière professionnelle et tout le reste", confie-t-elle. Un an après ce beau prix, c'est le départ en expatriation, au Japon tout d'abord. Il lui faut donc tout réinventer, personnellement, professionnellement et aussi pour le chant ! Sans aucune connexion dans le milieu musical,  Carole se fait peu à peu connaître à Tokyo, fait jouer à fond le networking, trouve des partenaires pour l'accompagner au piano, pour organiser des concerts? tout en travaillant à plein temps ! Puis la famille se dirige vers Bâle en Suisse, et enfin en 2013 à Shanghai. Et à chaque fois, ce petit bout de femme rousse, pétillante, à la volonté de fer et la générosité sans limite, ne baisse pas les bras, reprend son bâton de pèlerin avec conviction et pousse les portes du chant, là où elle se trouve ! Pas évident pour cette chanteuse ni professionnelle, ni amatrice? "Grâce à l'expatriation, j ?ai réalisé des choses beaucoup plus ambitieuses que si j'étais restée à Paris ! Et j'ai rencontré des gens extraordinaires. Si les opportunités semblent rares les jours de découragement, elles sont d'une qualité exceptionnelle. Chanter la Marseillaise au 14 juillet à l'ambassade de Tokyo, se produire en tant que soliste en concert avec ch?ur et orchestre, quand on n'est pas professionnelle, c'est unique !". L'évolution de sa voix avec le temps lui permet aussi de se lancer dans la musique pop, même si cela n'est pas sa spécialité. N'est pas Céline Dion qui veut !

Shanghai et la scène lyrique, un parcours du combattant

Etre chanteuse à Shanghai n'est pas un long fleuve tranquille? Carole débarque sans parler chinois, n'est pas disponible au pied levé puisqu'elle travaille, et n'est pas connue. Après quelques démarches personnelles, elle rencontre Li Weijie, grand pianiste de Shanghai, qui, admiratif de son talent, accepte de l'accompagner. Pendant un an, les deux artistes travaillent ensemble, préparent un concert et surtout la Fête de la Musique 2014.  Aidée du Consulat et d'Elsa Levy (professeur de chant francophone vivant à Shanghai à l'époque), Carole doit tout gérer : trouver les lieux, s'occuper de la logistique etc. Une sacrée expérience, avec à la clé, trois concerts en trois jours, un pop et deux lyriques, et un joli succès auprès du public ! Carole collabore aussi avec le renommé baryton Shi Heng et participe à Osons l'Opéra, organisé par Christophe Gizycki (professeur de musique du Lycée Français de Shanghai). Il y a aussi de belles rencontres au sein de l'UFE (Union des Français de l'Etranger), Carole chante d'ailleurs souvent lors de leurs galas. Et un jour, grâce à l'UFE, elle  est mise en relation avec Pascal Gallet, pianiste concertiste français renommé, qui vient régulièrement en Chine pour des récitals et masterclasses. Même si Pascal Gallet n'a pas pour habitude d'accompagner des chanteurs, il décide de lui donner sa chance et les deux artistes se produisent ensemble lors d'un premier concert le 15 mai 2016. Un vrai challenge car chacun se prépare de son côté, et la mise en commun doit se faire très vite juste avant le concert. Un moment de musique et de chant magique, qui leur donne envie de renouveler l'expérience? "Car l'offre lyrique est très limitée à Shanghai, l'opéra occidental est peu connu en Chine et les chanteurs chinois ont peu de débouchés en Europe", déplore Carole. Les frontières musicales sont parfois bien opaques?

Le chant est un sport d'endurance?

Clin d'?il à son mari qui pratique la course à pied, Carole entraîne sa voix comme un sportif le fait avec son corps. Elle fuit les lieux enfumés et se couche tôt, "car chanter demande beaucoup d'énergie !". Quand elle sent un rhume se pointer, elle boit du lait chaud au miel et parle le moins possible pour préserver sa voix. Malheureusement victime d'allergies respiratoires, et ne supportant pas bien l'air climatisé, Carole doit aussi régulièrement avoir recours à un traitement médicamenteux précis. Elle s'entraîne une fois par semaine avec un pianiste, le soir en sortant du bureau. "En trois ans, j'en suis à mon troisième pianiste, pas facile de trouver la bonne personne, qui connaisse le répertoire lyrique européen et qui ait du temps à me consacrer?". Et le week-end, Carole se met à son piano (malheureusement pas son quart-queue, qui n'a pas eu le droit de passer la frontière), et elle chante. "J'écoute beaucoup de morceaux, je recherche des partitions, et je les travaille, et ensuite, j'essaie de monter des concerts". Et donner des cours ? Carole s'est souvent posé la question mais l'occasion ne s'est pas vraiment présentée, surtout par manque de temps, mais à l'avenir pourquoi pas?...

Si on lui demande de faire un bilan de son expérience shanghaienne (même si le départ n'est pas au programme pour l'instant !), Carole aime avant tout cette collaboration transcontinentale, elle apprécie le soutien de l'UFE, et doit à cette ville d'avoir élargi son répertoire en se lançant dans le style pop. "J'aime chanter et donner du plaisir aux gens qui m'écoutent, voilà le plus important !".

Récital Paris-Shanghai :

Carole Gabay et Pascal Gallet, pianiste concertiste diplômé du CNSM de Paris et lauréat de nombreux prix internationaux, se produisent le dimanche 30 octobre prochain à 16h à la T-House Art Gallery. Ils proposeront un programme Piano Solo (Moussorgsky), un duo de cordes Piano Violoncelle (Piazzola, Rachmaninoff), un ensemble cordes / voix (Caccini), des duos d'Opéra des Pêcheurs de Perles (G. Bizet), et des airs d'Opéra de Rossini, Meyerbeer,  Saint Saëns. Avec la participation exceptionnelle de Shi Heng (baryton - Shanghai) et Pascal Nowlin (violoncelle - USA, Japon, Chine). Réservez-vite vos places !


(Crédits photo personnels)

Delphine Gourgues lepetitjournal.com/shanghai Jeudi 13 octobre 2016

Le Petit Journal Shanghai
Publié le 12 octobre 2016, mis à jour le 2 avril 2017
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