Lundi 18 novembre 2019
  Ne manquez plus les
dernières nouvelles
S'abonner

BLOG - Quand on arrive en ville

Par Caroline Boudehen | Publié le 22/09/2019 à 21:30 | Mis à jour le 22/09/2019 à 21:30
carnetsdeshanghai-blog-quand-on-arrive-ville-shanghai

Quand on arrive en ville, après avoir chantonné quelques semaines durant « Vacances j’oublie tout, plus rien à faire du tout » (je suis née au XXème siècle)… et que l’on troque, bien malgré soi, les bains de mer et de soleil avec les bains de foule (voir l’image d’entête), son inanité quotidienne et son oisiveté souveraine contre le combat en jungle urbaine… pas de doute, c’est la rentrée.

Si, pendant l’absence de quelque consistance intellectuelle – la caractéristique essentielle du Summer break et sa maxime « il faut déconnecter » – et que l’on s’est donc astreint à ne pas s’embarrasser d’informations déplaisantes (voir l’image d’entête), c’était sans compter sur un membre de sa tribu familiale, qui, lui, ne fait absolument jamais de pause. Oui, nous avons tous un tonton Jean-Claude, accroc au JT de TF1, dont la flamme et la gouaille s’enhardissent autour du rosbif-frites dominical. J-C s’intéresse au Monde, et il est hors de question qu’il ne participe pas à sa bonne marche. « Mais tu as vu quand même ce qui se passe? Ah la la ça va mal finir. » Expert un jour, expert toujours. Un vague coup d’oeil aux parapluies colorés sur l’écran saturé… Hein ? Ah non, je ne suis pas au courant. Et le temps de mâchouiller ma frite, c’était de toute façon déjà l’heure de la météo. Diantre, j’ai décrété que j’étais en vacances. Reset, table rase, je ne veux entendre que les cigales (oui, même en Normandie), que l’on s’adresse à moi exclusivement en alexandrins, plonger dans de longs romans, regarder des vidéos de chats… Bref, m’ébattre au paradis.

 

shanghai-retour-en-ville
Les vacances en Normandie

 

Cependant, il ne faut pas croire, je suis quand même restée en lien avec la planète Chine. Après tout, me suis-je dit, je suis journaliste, il y a tout de même des infos à ne pas rater : une veille minimum s’impose. Je me suis donc ressaisie au milieu de l’été, ai créé quelques alertes sur Google, et j’ai ensuite hiérarchisé ma récolte. Premièrement, lorsqu’il s’agit de liberté, l’info recueillie se hisse automatiquement au sommet du podium. L’injustice, les privations de droit, tout ça… ça me hérisse le poil, et donc ça flingue clairement l’esprit vacances, de base réservé aux seuls frissons de l’amour. Heu-reu-se-ment, à peine ai-je commencé à observer consciencieusement mon flux rss provenant du Far Est, que je fus immédiatement rassurée sur l’état de la liberté de choix et de décision en Chine. « A Shanghai, une boutique propose des glaces de plus de 500 goûts différents » a titré le site French.China.org.cn. « Depuis une vingtaine d’années, Zhao Xuekuan, 47 ans, vend des glaces dans la rue de Guohelu, dans le district de Yangpu, à Shanghai. D’une superficie d’environ 20 m², sa boutique propose des glaces de plus de 500 goûts différents, dont les prix oscillent entre 80 centimes et 40 yuans. En été quand il fait chaud, Zhao vend jusqu’à 300 boîtes de glaces chaque jour. » Si la liberté de choix n’est pas à remettre en cause (ici), le sens de la mesure est, dans tous les cas en Chine, toujours aussi discutable. Quoiqu’il en soit, Shanghai, au creux de la canicule, m’a vaguement manquée…

 

shanghai-retour-en-ville
Zhao Xuekuan, un homme heureux

 

Dans un autre registre, j’ai aussi appris que les propriétaires de chiens dits « méchants » seraient eux aussi punis via le système du crédit social : si un chien venait, donc, à être « méchant », et bien son maître se verrait retirer quelques points du précieux crédit faisant foi de la réputation du citoyen. That’s Mag, d’où est tirée l’info, ne précise pas si les parents et enfants du propriétaire et ceux dudit chien seraient eux aussi, lésés. Ainsi, pas de jaloux, on partage la carte à poinçonner avec toute la maisonnée. Absolument rassurée sur l’égalité et la liberté en Chine, j’ai replongé la tête la première dans mes bulles houblonnées, trinquant avec fraternité, donc, à ces principes fondateurs, avec les potes de France – qui, malgré ces annonces de bonnes nouvelles et de good vibes, sont restés timorés quant à mon prochain retour dans ce monde de bisounours.

… Nous toutc’qu’on veut s’est être heureux…**.  C’est donc reparti pour un tour de manège.

 

shanghai-retour-chine
Ouverture,  le 27 aout à Shanghai, du géant de la distribution Costco (qui a dû fermer ses portes quelques heures après, pour cause d’affluence…) - Source : lapresse.ca © AFP

A l’atterrissage, re-connexion à WeChat – une sorte de résurrection – et, re-hiérarchisation de toutes les infos palpitantes dont ce réseau regorge. Et, comme il s’agit de Shanghai – dont  l’activité n°1 de l’expat, je le rappelle, est de boire et manger – et bien tu cliques sans hésitation sur les titres de premières nécessités : la liste des restos les plus « hot » (comprendre à tester absolument en moins de 4 jours) de la rentrée, proposée (imposée?) par TimeOut. S’ensuit le déroulé exhaustif des plats fétiches de chaque adresse citée, dont l’esthétique se situe, sur l’échelle de la saturation, entre étonnement et vague dégoût. Mais des clichés qui, sans conteste, feront débat pendant de longues heures : tergiversations et joutes verbales insensées avec amis et conjoint… Ah, ça change des discussions politiques arrosées au vin rouge, c’est sûr. « Qu’est ce qu’on mange ce soir ? » reprend sa place de choix, et balaye d’un revers les « On vote pour qui l’année prochaine » ou… Voir l’image d’entête.

Du pain et des jeux, comme dirait l’autre… Et bonne rentrée à tou.s.tes !

 

shanghai-retour-en-ville

 

*Image Entête : France24.com ©Anthony Wallace, AFP
** Pour celles et ceux qui seraient issu.e.s d’un autre siècle que le 20e, ce sont les paroles de la chanson « Quand on arrive en ville », composée par Michel Berger pour Starmania en 1978
 

Nous vous recommandons

Caroline Boudehen Le Petit Journal Shanghai

Caroline Boudehen

Diplômée en Art Contemporain et Médias, Caroline est rédactrice depuis 2009 pour différents magazines (Le Journal des Arts, La Gazette Drouot, Artension, SKP Magazine) et galeries d'art contemporain. Elle est installée à Shanghai depuis 2015.
0 Commentaire (s)Réagir

Vivre à Shanghai

PUBLIREPORTAGE

10 raisons de télécharger ZappTax, l'appli pour tout détaxer en France

Saviez-vous qu’en tant qu’expatrié, vous avez le droit de récupérer la TVA payée sur tous vos achats réalisés en France ? Cependant, la procédure de détaxe classique est souvent trop lente et complexe

Expat Mag

TÉLÉTHON

Jonas : "La maladie m'emprisonne, mais je crois au traitement"

Jonas, jeune étudiant de 22 ans, a été diagnostiqué d’une calpaïnopathie à l’âge de 6 ans. Une maladie qui s’est installée progressivement et qui depuis l’adolescence grignote peu à peu ses muscles