Édition internationale

Christophe Hisquin et Christine Fantin, deux Savoyards engagés à Shanghai

Les Savoyards du Monde est une association qui fédère les associations et les membres de la diaspora savoyarde à travers la planète. À Shanghai, leurs représentants Christophe Hisquin et Christine Fantin multiplient depuis deux ans les initiatives pour faire vivre les liens entre Savoyards et faire découvrir aux Chinois une Savoie qui ne se résume ni au ski ni à la gastronomie. De la langue francoprovençale à la médecine traditionnelle, en passant par la musique et les réseaux sociaux, ils expliquent comment ils font rayonner leur territoire à l'autre bout du monde.

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Écrit par Julie Rose Vilvandre
Publié le 11 septembre 2026, mis à jour le 10 septembre 2026

Dans la musique et la recherche

Quel est votre parcours en Chine ?

Christophe : Mon nom d'artiste est Dantès Dai Liang. J'ai commencé le chinois à 11 ans à Lyon. Je viens de Maurienne, en Savoie, et cela fait plus de 26 ans que je suis en Chine, où je travaille dans la musique et comme présentateur trilingue.

Christine : Je suis arrivée en Chine en 2016, chargée de mission pour le ministère de l'Éducation nationale, à l'époque où le baccalauréat chinois introduisait une option en français.

J'ai découvert la médecine chinoise un peu par hasard et je ne suis finalement jamais repartie. J'ai étudié cinq ans les médecines chinoises et je suis aujourd'hui praticienne en médecine traditionnelle chinoise, tout en continuant à enseigner le français. Je suis également linguiste et je mène des recherches sur le francoprovençal, la langue parlée en Savoie, aussi appelée savoisien ou arpitan.

 

23 chapitres dans le monde

Pour commencer, pouvez-vous nous présenter la Fédération des Savoyards du Monde et son rôle auprès des Savoyards installés à l'étranger ?

Christine : La Fédération des Savoyards du Monde a été fondée en 1933 par Antoine Borrel, qui était sénateur, et Louis Martel, député de la Haute-Savoie. À l'origine, son objectif était de réunir les Savoyards expatriés. Il y avait alors une importante émigration, notamment en France, en Suisse, en Allemagne et ailleurs dans le monde.

Avec l'évolution et la modernité, la Fédération a été recréée en 2011 par Laurent Rigaud, qui en est aujourd'hui le président. L'objectif est désormais de fédérer les Savoyards présents sur tous les continents. Nous avons actuellement 23 associations, avec des communautés notamment au Burkina Faso, aux États-Unis, au Japon et dans de nombreux autres pays.

Notre vocation est de maintenir les liens, de créer un réseau de solidarité et de promouvoir notre culture à l'international. Aujourd'hui, nous avons également développé un réseau d'affaires important, en plus de nos missions de solidarité et de promotion culturelle.

 

Accueillir les Savoyards en Chine

La Fédération s'est installée officiellement en Chine assez récemment. Comment la communauté savoyarde s'est-elle constituée ici ?

Christine : Je suis déléguée de la Fédération en Chine depuis un peu plus de deux ans. C'est donc très récent. Nous sommes en train d'étendre notre réseau et d'installer progressivement nos structures.

Pour l'instant, notre rôle consiste notamment à accueillir les Savoyards qui arrivent en Chine et qui ont besoin de repères. Je pense par exemple aux deux jeunes marcheurs savoyards que j'ai rencontrés. Ils avaient besoin de sponsors, de lieux d'accueil et de soutien pour poursuivre leur voyage. Nous essayons donc de les accompagner et de les mettre en relation avec les bonnes personnes.

Nous organisons aussi des événements, notamment des repas traditionnels. En hiver, la raclette et la fondue sont évidemment des grands classiques qui permettent de nous retrouver.

 

Interview de Benjamin et Loïc, réalisée avec Christine, après leur arrivée à pied à Shanghai depuis Annecy.

 

Une communauté en train de se reconstruire

Christophe : La communauté est encore en train de se reconstruire. Avec le Covid, beaucoup de personnes sont parties de Chine. Aujourd'hui, les Savoyards commencent à revenir, mais la communauté n'est pas encore complètement stabilisée.

De mon côté, comme je suis très présent sur les réseaux sociaux chinois et occidentaux, des Savoyards me contactent directement.J'ai moi-même reçu un prix des Savoyards du Monde en 2021. Christine a également reçu un premier prix cette année. Cela a renforcé les liens entre nous et nous a donné envie de travailler ensemble autour de la promotion de la Savoie en Chine.

 

Concrètement, comment faites-vous découvrir cette Savoie méconnue aux Chinois ?

Christophe : Quand je suis arrivé en Chine, les Chinois connaissaient surtout Paris, la Provence et les grandes marques françaises, associées au luxe.

À partir de 2015, j'ai commencé à parler davantage de ma région dans mes prises de parole et mes contenus : les Alpes, la Savoie, la Maurienne. Les paysages savoyards les surprennent à chaque fois, et ça leur montre que la France ne se résume pas à Paris et au luxe.

J'aime aussi montrer que le luxe peut être un art de vivre : vivre à 1 100 mètres d'altitude, avec un air pur et une forte entraide, c'est aussi une forme de luxe.

Christine : Je fais découvrir le francoprovençal dans mes cours et mes échanges. Ça surprend toujours mes interlocuteurs chinois, pourtant habitués eux-mêmes à la diversité linguistique de leur pays, mais qui imaginent qu'il n'existe qu'une seule langue en France. Ça me permet de leur montrer que la France possède, elle aussi, une diversité culturelle et linguistique importante.

 

Le francoprovencal est proposé au Baccalauréat

Vous travaillez justement beaucoup autour du franco-provençal. Concrètement, qu'est-ce que vous mettez en place pour préserver cette langue ?

Christine : Aujourd'hui, le franco-provençal peut de nouveau être enseigné dans l'Éducation Nationale et il commence à être proposé comme option au baccalauréat. C'est très récent.

J'ai moi-même donné plusieurs cours de francoprovençal dans des écoles chinoises. Une de mes anciennes élèves a ensuite écrit un article en anglais dans une revue internationale sur la défense du francoprovençal et nous a même donné des conseils pour contribuer à sa revitalisation. Elle étudie aujourd'hui à Lausanne.

 

Cours d’initiation au francoprovençal et aux médecines traditionnelles comparées chinoise, pour des lycéens français des Chartreux de Lyon en échange à l’Ecole des langues étrangères de Pudong (SISU) et pour des élèves chinois de l’Ecole.

 

La médecine traditionnelle savoyarde 

Vous travaillez également sur la médecine traditionnelle savoyarde. Comment travaillez-vous à faire de ce patrimoine un pont entre la Savoie et la Chine ?

Christine : Je travaille actuellement avec un professeur d'université spécialisé en médecine traditionnelle chinoise à Shanghai. Nous cherchons à identifier les plantes que nous avons en commun entre la Savoie, plus largement la région alpine, et la Chine.

Pour l'instant, j'ai identifié près de 200 plantes. Lui s'intéresse surtout aux molécules et aux éventuelles applications médicinales. Par exemple, le plantain existe en Chine et en Savoie, mais il n'est pas forcément utilisé de la même manière. Cela peut donc ouvrir des pistes de recherche intéressantes.

Je partage également des proverbes médicaux chinois et des proverbes en franco-provençal avec des étudiants français et chinois. Cela permet de créer des passerelles entre les cultures.

Vous développez aussi des contenus sur les réseaux sociaux chinois. Quel rôle jouent-ils dans la promotion de la culture savoyarde ?

Christophe : Ils sont essentiels. Mon travail consiste notamment à utiliser la vidéo, la musique et la scène pour faire connaître la Savoie.

J'ai réalisé un clip intitulé Savoyards du Monde et j'essaie d'expliquer aux Chinois ce que signifie cette expression. Pour quelqu'un qui ne connaît pas la Savoie, « Savoyards du Monde » n'est pas forcément évident.

Je souhaite donc développer davantage de vidéos et de contenus sur les plateformes chinoises, en montrant qu'il n'y a pas seulement Christine et Christophe à Shanghai : il existe des Savoyards à Suzhou, au Japon et ailleurs en Asie, et nous voulons tous les retrouver."

 

Le Trait d'Union connecte les Savoyards 

Vous publiez également le magazine Le Trait d'Union. Quel est son rôle au sein de la Fédération ?

Christine : Le Trait d'Union permet de tenir les membres informés de tout ce qui se passe dans le monde. On y retrouve les événements, les rencontres, les prix et les parcours de Savoyards vivant à l'étranger. Chaque année, nous nous réunissons également pendant plusieurs jours. Des Savoyards viennent du monde entier.

Le magazine permet aussi de présenter les actions réalisées dans chaque région du monde. Dans le dernier numéro, nous avons notamment parlé de nos actions en Chine, de nos rencontres.

 

Quels sont maintenant vos projets pour la fin de 2026 et 2027 ?

Christine : Tout d'abord, nous savons notamment que la région Auvergne-Rhône-Alpes doit venir en Chine au mois d'octobre. Cela pourra être l'occasion de nouvelles rencontres. Nous souhaitons désormais mettre davantage l'accent sur la dimension culturelle profonde de la Savoie et sur les parcours des Savoyards.

Christophe : Pour moi, l'objectif est aussi de mettre en valeur chaque expérience savoyarde en Chine. J'aimerais, dans la continuité de ce que font les Savoyards du Monde, reconnaître les talents des Savoyards présents en Chine, aller voir ce qu'ils font et partager leurs projets.

 

Pour terminer, quel message aimeriez-vous adresser aux Savoyards qui vivent en Chine mais qui ne connaissent pas encore la Fédération des Savoyards du Monde ?

Christophe : Ils ont tort de rester seuls ! Venez nous voir. Il existe une possibilité de nous rejoindre, non pas pour être entre Savoyards ou pour rester dans une bulle, mais pour partager, échanger et aller plus loin ensemble.

Christine : Nous ne voulons pas être seuls en Chine. Nous voulons retrouver les Savoyards qui sont ici et construire quelque chose ensemble.

 

Pour rejoindre le groupe des Savoyards du Monde en Chine: ajoutez Christine Fantin via son Wechat ID +86 130 23 12 09 47

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