Elles sont arrivées à Shanghai il y a seulement trois semaines, avec leurs maris, leurs enfants et, chacune, une histoire différente. Angéline, Nadia et Victoria découvrent une ville où l’on peut visiter trente appartements en un week-end, tout faire depuis son téléphone… mais pas forcément trouver quelqu’un qui parle anglais. Nous les avons rencontrées grâce à Shanghai Accueil. Elles racontent leurs premiers pas dans leur nouvelle vie chinoise.


Pour certaines, Shanghai est une première expatriation. Pour d’autres, une nouvelle étape après plusieurs années passées en Asie. Mais toutes trois partagent ce moment particulier où l’on vient de poser ses valises sans encore avoir complètement compris comment fonctionne la ville. Entre choc linguistique, efficacité redoutable, vie ultra-connectée et belles surprises humaines, Angéline, Nadia et Victoria nous racontent leurs premières semaines à Shanghai.
Une aventure familiale
Angéline : J’ai 37 ans, bientôt 38. Je suis arrivée à Shanghai il y a trois semaines dans le cadre de l’expatriation de mon mari. À la base, je suis Global Marketing Manager. J’ai dû quitter mon travail et je suis arrivée avec mes deux enfants.
Nadia : Je suis coach professionnelle et formatrice. Nous sommes arrivés en famille, avec nos deux enfants. J’aime bien parler d’« expatriation familiale » parce que nous avons choisi cette aventure ensemble. Je ne voulais pas simplement suivre mon mari : je veux aussi trouver ma place ici et, à terme, reprendre une activité professionnelle.
Victoria : Nous sommes arrivés à quatre : ma fille de trois ans, mon mari, notre chien et moi. Ce n’est pas ma première expatriation : j’ai vécu dix ans au Vietnam et mon mari y a passé dix-sept ans. Nous nous sommes d’ailleurs rencontrés là-bas. Nous pensions initialement revenir en Europe, mais l’opportunité de Shanghai était trop belle pour passer à côté.
On ne sait pas trop à quoi s’attendre
Pourquoi Shanghai ?
Angéline : Notre arrivée est liée à l’expatriation de mon mari. Pour moi, cela signifie aussi tourner une page professionnelle. C’est un vrai changement puisque j’ai quitté mon travail pour venir ici avec nos enfants.
Nadia : Pour nous, c’est vraiment un projet familial. On est venus une première fois en mai pour un voyage découverte afin de voir si le projet nous correspondait. Ça nous a permis de nous projeter. Aujourd’hui, j’ai envie de construire ma propre vie ici, notamment professionnellement.
Victoria : Après dix ans au Vietnam, on avait envie de connaître une nouvelle expérience. Au départ, on pensait plutôt rentrer en Europe et se rapprocher de nos familles. Puis mon mari a eu cette opportunité à Shanghai et on s’est dit : « OK, go pour quelques années ! »
Shanghai est-elle comme vous l’imaginiez ?
Victoria : Depuis la France, on entend finalement assez peu parler de la Chine sous l’angle culturel. On en parle beaucoup pour le commerce ou la politique, mais on ne sait pas forcément à quoi s’attendre lorsqu’on arrive ici. Et après dix ans au Vietnam, Shanghai est vraiment un autre monde.
Nadia : Moi, j’ai été frappée très rapidement par ce que j’appelle « l’efficacité à la chinoise ». Et aussi par l’accueil. Quelques jours avant notre départ, j’avais pris contact avec une personne de la communauté expatriée. Elle m’a proposé un café, m’a fait découvrir la ville, m’a présentée à des gens… Très vite, je me suis dit : « Génial, je peux vraiment trouver ma place ici. »
Angéline : Moi, le premier vrai choc, c’est la langue. Tout le monde nous disait : « Shanghai est une ville internationale, tu parles anglais, donc tu vas forcément te débrouiller. » En réalité, pas du tout.
Peu de personnes parlent anglais
Quel a été votre premier choc ?
Angéline : Je pense qu’en trois semaines en Chine, le nombre de personnes qui parlent anglais, je les compte sur les doigts d’une main. J’ai beaucoup voyagé avant et, jusqu’ici, quand je parlais anglais, je n’avais pas vraiment de problème de langue. Là, je me suis retrouvée face à une situation que je n’avais jamais connue et que je n’avais pas anticipée.
Heureusement, les applications permettent de se débrouiller… avec quelques limites. Il faut parfois traduire, montrer son téléphone, faire écouter une phrase à son interlocuteur et espérer que la technologie fasse le reste.
Victoria : C’est aussi quelque chose qui m’a surprise. Je pensais que l’anglais serait plus présent, sauf dans les endroits touristiques. Quand tu veux découvrir des endroits locaux, goûter des produits ou simplement discuter avec quelqu’un, tu peux vite te retrouver à sortir ton application de traduction.
Nadia : Pour moi, le choc a plutôt été positif. J’ai été impressionnée par la rapidité avec laquelle les choses peuvent se mettre en place.
Un exemple ? Après avoir rencontré quelques personnes, Nadia s’est retrouvée dès le lendemain en contact avec cinq agents immobiliers. Puis une journée entière consacrée aux visites. « On a visité 20-30 apparts, je ne sais pas. Ça, c’est d’une efficacité, pour moi, redoutable. »
Et la vie 100 % digitale ?
Victoria : C’est probablement l’une des choses qui m’a le plus frappée. En France, on utilise Messenger, WhatsApp, Instagram, Google Maps, Gmail… Ici, une partie de ces outils ne fonctionne plus et il faut comprendre tout un nouvel écosystème. WeChat, Alipay, Didi… Tout devient indispensable. Et il faut accepter de donner beaucoup d’informations pour entrer dans le système.
« Quand ton quotidien est complètement bousculé parce que tout est fermé ici, tu dois te dire : c’est quoi les équivalents ? Comment ça fonctionne ? »
Nadia : Le téléphone devient vraiment la clé du quotidien. Et il y a une conséquence très simple : il faut avoir de la batterie.
« Un des premiers trucs qu’on achète, c’est une batterie. Il faut être sûr que la batterie, elle fait 2,5 fois la charge. »
Une règle qui pourrait presque figurer dans le manuel de survie du nouvel expatrié.
Les Chinois font le maximum pour t’aider
Qu’est-ce qui vous a le plus agréablement surprises ?
Angéline : L’entraide. Même lorsqu’ils ne parlent pas anglais, les gens essaient vraiment de t’aider. Ils prennent leur téléphone, cherchent une solution, essaient de comprendre.
« Quand tu galères, ils vont t’aider, même si malheureusement ils n’y arrivent pas parce qu’ils ne parlent pas anglais. Ils vont faire le maximum pour t’aider. »
Elle remarque également une forme de liberté dans le regard des autres.
« Tu peux venir, genre, la tête rasée, les cheveux oranges, machin. Ils n’ont aucun jugement par rapport à ça. »
Nadia : Pour moi aussi, c’est l’accueil. J’avais un peu peur de tomber dans une communauté expatriée très fermée, un peu guindée. Mais ce n’est pas du tout l’impression que j’ai eue.
« Les gens ont l’air simples, accueillants. Tout de suite, ils m’ont dit : “Tu as WeChat ? On connecte ton WeChat. On t’ajoute sur les groupes.” »
Victoria : J’ai été agréablement surprise par la propreté, la sécurité et la facilité du quotidien. Prendre un vélo, commander un Didi, se faire livrer quelque chose… Beaucoup de choses sont très simples une fois qu’on a compris comment ça fonctionne.
Nous avons été hyper bien accueillis
Y a-t-il malgré tout quelques petits chocs culturels ?
Nadia : Oui, notamment dans les codes de politesse. En France, on a tendance à dire merci très souvent. Ici, ce n’est pas forcément le cas.
« Ils disent merci quand vraiment c’est nécessaire de dire merci. »
Elle estime surtout qu’il faut prendre le temps de comprendre ces différences plutôt que de les interpréter immédiatement comme de l’impolitesse.
Et puis il y a… la chaleur. « Chaque fois que je sortais, j’étais trempée. » Un problème culturel que, pour le coup, aucune application ne semble encore capable de résoudre.
J’ai envie de trouver ma place ici
Quels sont tes projets maintenant ?
Angéline : Pour l’instant, je suis dans cette nouvelle organisation familiale et dans la découverte de Shanghai. J’ai quitté mon travail, donc cette expatriation est aussi l’occasion de réfléchir à la suite.
Nadia : J’aimerais reprendre assez rapidement mon activité dans le coaching et la formation. Je pense qu’il y a toujours besoin d’accompagnement dans les évolutions professionnelles, ici comme en France. Et puis j’ai envie de découvrir Shanghai et la Chine davantage.
Victoria : Pour le moment, je profite de cette nouvelle vie avec ma famille. Après dix ans au Vietnam, il faut aussi prendre le temps de retrouver des repères. Et j’ai envie d’apprendre le chinois.
Je veux apprendre le chinois
Avez-vous des appréhensions ?
Angéline : La langue reste clairement un défi. C’est quelque chose que je n’avais pas anticipé à ce point.
Nadia : Moi, je suis plutôt dans une grande ouverture d’esprit. Je me dis que c’est à nous de nous adapter et de découvrir la culture chinoise. Il y a tellement de choses à apprendre.
Victoria : Après dix ans au Vietnam, je sais que chaque expatriation est différente. Shanghai est très différente de Ho Chi Minh, mais certaines choses me sont aussi familières. Le plus grand défi reste finalement d’apprendre à fonctionner dans un nouvel environnement.
Se laisser le temps de comprendre
Un conseil pour les futurs nouveaux arrivants ?
Angéline : Ne pas croire que parce que Shanghai est une ville internationale, tout sera facile en anglais. Et surtout, apprendre à utiliser les applications le plus rapidement possible !
Nadia : Garder l’esprit ouvert. Il faut accepter que les codes ne soient pas les mêmes qu’en France et apprendre à regarder les choses autrement.
Victoria : Et ne pas avoir peur de commencer petit à petit. On ne peut pas tout comprendre en trois semaines. Il faut du temps pour apprivoiser une nouvelle ville, une nouvelle langue et une nouvelle façon de vivre.
Après seulement trois semaines, aucune des trois ne prétend avoir déjà compris Shanghai. Et c’est peut-être justement ce qui rend leurs premiers pas ici aussi intéressants : elles sont encore dans cette période où tout étonne, où chaque démarche devient une découverte et où même une simple course en taxi peut se transformer en aventure. Pour Angéline, Nadia et Victoria, les valises sont posées. Les habitudes françaises, elles, sont encore dans les cartons.
La nouvelle vie, elle, ne fait que commencer.
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