Mercredi 28 octobre 2020

TOURISME EN CHINE - Yangshuo, un paradis perdu ?

Par Le Vent de la Chine | Publié le 31/08/2020 à 21:30 | Mis à jour le 31/08/2020 à 21:30
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« La rivière ondule tel un ruban de soie vert tandis que les montagnes se dressent telles des épingles à cheveux en jade » (江作青罗带, 山如碧玉簪) : c’est ainsi que le célèbre poète Hán Yù (韩愈) de la dynastie Tang aurait décrit le paysage enchanteur de Yangshuo. 1 200 ans plus tard, ce décor unique a toujours autant de succès : en 1999, il était choisi pour figurer au dos du billet de 20 yuans, aux côtés du lac de l’Ouest à Hangzhou (billet de 1 yuan), du mont Taishan dans le Shandong (5 yuans), des Trois Gorges (10 yuans), du Potala à Lhassa (50 yuans) et du Grand Palais du Peuple à Pékin sur le billet rose (100 yuans). Si ces milliers de pics de karst (formation de calcaire, dolomie, et de gypse) formés il y a 500 millions d’années sont immuables, cette région de la province du Guangxi a énormément évolué ces dernières décennies sous l’impulsion du tourisme.

Dans les années 80, les groupes de visiteurs chinois se bornaient à la ville de Guilin, ignorant le fameux dicton : « les paysages de Guilin sont les plus beaux du monde, et ceux de Yangshuo sont les plus beaux de Guilin » (桂林山水甲天下,陽朔山水甲桂林). Peu à peu, Yangshuo suscita l’intérêt de quelques “backpackers” étrangers en tant qu’étape du circuit sud-asiatique « banana pancake ». C’est ainsi que le village devint un petit paradis sur terre pour les voyageurs à la recherche de dépaysement, mais aussi pour les mordus d’escalade en quête de voies inexplorées. Dans la deuxième édition du guide « Lonely Planet » publiée en 1988 figuraient déjà quelques auberges et cafés aux menus traduits en anglais. Après le SRAS en 2003, quelques bars servant de la Liquan – la bière locale depuis 1987  – ouvraient leurs portes rue de l’Ouest. Durant la décennie qui suivit, Yangshuo s’évertua à développer un tourisme, domestique cette fois.

 

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Depuis lors, des groupes de touristes venus du pays entier y descendent en masse grâce à un accès facilité par une autoroute (G65) et une gare, inaugurée en 2016, accueillant des trains à grande vitesse en provenance de Canton (2h19), Nanning (3h20), la capitale du Guangxi, ou Guiyang (3h25), capitale du Guizhou voisin. En 2019, ils étaient 19 millions de Chinois (+15,2% par rapport à l’année précédente) à choisir Yangshuo pour leurs vacances, rapportant pour 29 milliards de yuans de revenus. Et il y a foule dans la rue de l’Ouest (cf photo et vidéo en bas de l’article) ! Les chaînes de restaurants proposant la spécialité de Yangshuo (la carpe à la bière) rivalisent avec les franchises McDonald’s, KFC ou Starbucks, les boîtes de nuit montent le son pour couvrir la musique des clubs voisins, tandis que les néons des boutiques de souvenirs en mettent plein les yeux. En haute saison, le spectacle « son et lumière » créé en 2003 par le fameux cinéaste Zhang Yimou affiche complet chaque soir.

Les petites auberges de jeunesse ont fait place à des hôtels plus standardisés. Toutefois des établissements de charme, éco-lodges et « boutique hôtels » ont ouvert dans les villages environnants comme le Yangshuo Mountain Retreat (dès 2001), le Giggling Tree (2007) ou encore The Secret Garden (2012) constitués de vieux bâtiments datant de la dynastie Qing. Des établissements haut de gamme se sont ajoutés à l’offre : le Club Med (plus proche de Guilin) a été inauguré en 2013, suivi par le Banyan Tree l’année suivante, puis par le Yangshuo Sugar House (cf photo) en 2017, installé dans une ancienne raffinerie de canne à sucre datant des années 60.

 

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Aux alentours de la ville, les développeurs immobiliers ont également flairé la bonne affaire et bâtissent chacun leur complexe. Au bord des routes, les paysans tentent eux aussi de tirer profit de cet afflux touristique en ouvrant des restaurants en plein air dans un esprit guinguette. Le bambou des radeaux qui descendent la rivière Li est peu à peu remplacé par du PVC, tandis que la pêche aux cormorans n’est plus qu’un folklore bon à distraire les touristes – il ne reste d’ailleurs plus qu’une poignée de pêcheurs, tous octogénaires

 

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D’autres activités ont fait leur apparition : outre les traditionnelles randonnées à pied et balades en VTT, se sont ajoutés scooters, side-cars ou jeep vintage. Il est également possible de faire de la Tyrolienne, de la montgolfière, du parapente, du rafting et canyoning, de la via ferrata, ou du tai-chi dans l’une des nombreuses écoles… Pour les amateurs de sensations fortes, un téléphérique de 2,3 km de long (cf photo), du spécialiste français POMA, a été inauguré en début d’année et emmène les touristes à 242 mètres de haut, jusqu’au sommet du mont Ruyi où les collines karstiques s’étendent à perte de vue… Là-haut, une passerelle en verre de 138 mètres de long en flanc de montagne défie les plus courageux.

 

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Évidemment, ce début d’année 2020 a été un peu particulier : d’abord, la région a été victime de fortes inondations (cf photo), récurrentes durant l’été. Puis comme toute destination vivant essentiellement du tourisme, elle a connu un passage à vide durant l’épidémie de Covid-19. Aujourd’hui, les rues de Yangshuo sont à nouveau fréquentées, et le coronavirus ne semble plus être qu’un lointain souvenir, la province de 49 millions d’habitants n’ayant officiellement recensé que 255 cas de la maladie. D’ailleurs, mis à part le code de santé du Guangxi à paramétrer sur son smartphone à la sortie de la gare ou de l’aéroport, chacun est libre de se promener sans porter de masque ni laisser ses coordonnées sur son passage…

Alors, Yangshuo est-il vraiment un paradis perdu ? Il est évident que l’ancien village de pêcheurs a été victime de sa popularité : les voyageurs étrangers, qui se lamentent de ne plus retrouver le Yangshuo de leurs souvenirs, ne sont qu’une goutte d’eau face aux torrents de touristes chinois qui se déversent sur la ville. Pourtant, l’authenticité n’a pas complètement disparu dans la région : quelques villages voisins conservent encore leur charme d’antan, comme celui de Fuli (8 km à l’est, célèbre pour son marché et ses éventails), de Jiuxian (10 km à l’ouest, encore préservé), de Xingping (26km au nord, surnommé le « nouveau Yangshuo ») ou le pittoresque Huangyao (150 km plus au sud, où a été tourné le film américain « Le Voile des Illusions« ). Autant d’options pour les nostalgiques !

 

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