

Elu Meilleur Sommelier de l'année 2002 à Dublin, puis Sommelier de l'Atelier de Joël Robuchon à Paris, Julien-David Le Gentil est arrivé en Chine il y a deux ans pour servir et conseiller la clientèle du Sens&Bund, le restaurant des Frères Pourcel à Shanghai. Il aide aujourd'hui l'importateur chinois Shanghai Jiahong Jiaming Fine Wines à développer son marché. Pour LPJ, il donne son avis sur le Beaujolais nouveau, mais aussi sur l'exercice du métier de Sommelier à Shanghai.
LPJ :Comment êtes-vous devenu sommelier ?
Julien-David Le Gentil : Le plaisir de la table est un héritage familial. Mes ancêtres étaient viticulteurs dans la région de la Loire. Petit, après avoir voulu être chercheur d'or, routier, puis Chef de cuisine sur un paquebot, la sommellerie s'est imposée d'elle-même lorsque, à l'âge de 15 ans, j'ai acheté la bouteille qui allait être la pièce maîtresse de ma première cave.
Etre sommelier à Shanghai, est-ce très différent du métier en France ?
En France, une partie du métier consiste à aller rencontrer les producteurs dans leurs vignes et à y déguster leurs crus. En Chine, on perd ce « côté romantique », car toutes les références viennent d'importateurs, mais on gagne énormément en diversité avec des vins du monde entier. Le métier de sommelier à Shanghai comporte une grande part commerciale et managériale qui n'existe pas lorsqu'on exerce en France et qui correspond en fait à la réalité économique shanghaienne. Il faut savoir négocier avec les fournisseurs, mais aussi s'adapter aux clients, en offrant une carte moins personnelle, avec des références standards.
Avez-vous un vin de prédilection en particulier ?
Je m'attendais à cette question ! Ma réponse est non. Le plaisir de la dégustation est indissociable de celui du partage. Le choix d'un vin dépend donc de l'occasion et des personnes qui nous entourent pour le déguster. J'ai toutefois un penchant pour les vins liquoreux, tant pour l'aspect gustatif qu'esthétique, avec leurs différentes nuances de robe.
Quelle recommandation donneriez-vous à une personne novice qui souhaite commencer son éducation sur le vin ?
Qu'elle prenne ma carte de visite ! Plus sérieusement, je recommanderais tout d'abord de se documenter sur le sujet, avant de commencer toute dégustation. Il est important de connaître un minimum le jargon et la provenance de ce qu'on va déguster. Boire du vin sans aucune connaissance sur le sujet reviendrait à se mettre à la mécanique sans savoir ce qu'est un piston !
Que pensez-vous du Beaujolais nouveau ?
C'est avant tout une grosse opération marketing, qui a le mérite de mettre en valeur la région du Beaujolais, mais au détriment d'excellents crus provenant de cette même région, qui peinent à se faire connaître derrière la notoriété écrasante du Beaujolais nouveau. Le « Beaujo » ne se veut pas un vin complexe. C'est plutôt une valeur sure et connue, un peu comme un nouveau film de Woody Allen qu'on irait voir à sa sortie en sachant un peu à quoi s'attendre, mais tout en prenant beaucoup de plaisir à chaque fois. C'est surtout un moment de convivialité, dont il ne faut pas se priver !
Christine Leang (www.lepetitjournal.com - Shanghai) 17 novembre 2008







