Édition internationale

SECURITE EN ROUTIERE EN CHINE – Analyse en chiffres

Écrit par Le Petit Journal Shanghai
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 24 septembre 2016

 De Gaëlle Déchelette

 

Quiconque a déjà pris un taxi en Chine a pu se rendre compte que la conduite y était pour le moins différente de la France. Et d'après les statistiques (qui varient entre les chiffres nationaux et ceux estimés par l'OMS), les routes chinoises sont 3,5 à 16 fois plus dangereuses qu'en France. Notre enquête pour voir les origines de ces différences et les moyens concrets mis en place pour améliorer la sécurité sur les routes.

 

Les challenges liés à la modernisation

Le bureau national des statistiques chinoises dénombrait 58,538 morts sur les routes en 2015, alors qu'une estimation de l'OMS (Organisation Mondiale de la Santé) annonçait un chiffre quatre fois plus important : 261,367 personnes auraient trouvé la mort dans un accident de voiture en 2015. La différence tiendrait à une difficulté d'obtenir des chiffres précis entre les morts constatées sur place et celles survenant à l'hôpital. Mais quels que soient les chiffres réels, les routes chinoises seraient donc en moyenne 3,5 à 16 fois plus dangereuses qu'en France.

Même si ces chiffres sont élevés, il est à noter que la Chine ne possède pas de système d'urgence au niveau national comme c'est le cas en France, et que l'absence de formation aux premiers secours de la population (seule 5% de la population est formée contre 30% en France), font que les personnes blessées sont plus susceptibles de décéder des suites de l'accident, surtout dans les zones reculées. Les véhicules parfois bondés ou hors d'âge n'aident évidemment pas à améliorer la situation.

On note qu'en Chine, ce sont les conducteurs de deux-roues (35% des décès pour les scooters, 10% pour

 les vélos) et les piétons (25% des morts) qui sont les plus vulnérables. La passion grandissante pour les scooters, vélos à moteurs et autre ebikes a rapidement créé des challenges importants pour le gouvernement et la police. En effet, comment s'assurer que les usagers de la route respectent les lois quand ils ne sont pas formés ?

Le scooter, qui ne nécessite pas de permis, va plus vite et est potentiellement plus dangereux, surtout quand la majorité des usagers ne porte pas de casque alors qu'ils sont plus vulnérables que dans une voiture. D'autre part la plupart des usagers de ces scooters et vélos électriques sont des migrants venant de zones rurales qui ne sont pas familiarisés avec la conduite et les règles de conduites. 

Outre les usagers, les infrastructures ont également du mal à suivre. Bien souvent les routes sont peu appropriées aux transports mixtes : il y a peu ou pas de zones pour les vélos et scooters, les voitures les encombrant de toute manière régulièrement pour stationner, les deux-roues zigzaguent donc entre voitures et  piétons, ajoutant encore à la dangerosité de la situation.

Une plus grande inconscience face aux dangers de la route

La Chine est passée rapidement d'un peuple évoluant à vélo au tout-auto. Elle comptait  déjà en 2015 plus de 250 millions de véhicules et ce chiffre augmente de jour en jour, avec l'arrivée de modèles chinois moins chers que les importations. Et la deuxième cause de mortalité sur les routes, c'est que malgré l'obligation de passer le permis de conduire pour les voitures, on note une plus grande inconscience face au danger. Les comportements dangereux ou illégaux sont en effet communs et apparaissent comme la norme, tels que l'utilisation du téléphone au volant, la conduite sous emprise de l'alcool ou les excès de vitesse. Et ce alors que les excès de vitesse sont la cause rapportée de la majorité des accidents en Chine. Ainsi risquer sa vie reste moins important que l'idée de perdre du temps, d'autant plus que chaque conducteur se considère comme meilleur chauffeur que les autres.

Aussi, lorsqu'on se fait conduire en Chine, il n'est pas rare, lorsque l'on pointe des accidents sur la route, d'entendre le chauffeur dire : « oui mais moi je conduis bien ! » ou bien « ce n'est pas grave, nous sommes trop nombreux », ou encore « si je meurs ma famille touchera une compensation ! ». Un cynisme à faire froid dans le dos mais qui est reflète une réalité en Chine.

Les moyens mis en ?uvre pour faire baisser la mortalité sur les routes

Alors comment changer les mentalités et assurer la sécurité sur les routes ?

D'abord par l'éducation : on voit souvent à la sortie des péages autoroutiers des carcasses de voitures accidentées ou des photos très parlantes d'accidents, afin d'impressionner les conducteurs blasés. Les campagnes de pub sont également souvent très choquantes pour notre regard occidental.

Ensuite, il s'agit de légiférer sur les comportements à risques. Puisque les Chinois pensaient que boire avant de conduire ne représentait pas de risque, le gouvernement a baissé la limite à moins de 0.02g/dl et y a ajouté des peines sévères pouvant aller jusqu'à 15 jours d'emprisonnement sans procès. Les seegways et autres ebikes, qui font fureur depuis peu, sont également très dangereux, et ontété interdits ce mois-ci à Pékin et à Shanghai. On parle également d'interdire les scooters électriques, même si d'aucuns préfèreraient rendre obligatoire un permis scooter.

Enfin il faut mettre en application toutes ses lois, par des campagnes chocs, avec contrôles systématiques comme c'est le cas à Shanghai depuis le mois de mars, comme nous l'avions évoqué ici.  Mais ce qu'il faut également c'est travailler sur le long terme, la fonction policière n'étant globalement pas respectée, et l'habitude de se fier à ses relations, les fameuses ?? guanxi' pour échapper  à  une amende, ne poussant pas les usagers à respecter le code de la route.

Voilà pour les mesures gouvernementales, mais que pouvons-nous faire en tant que piéton, cycliste, passager ou même conducteur ? Des règles de bases ont été évoquées dans notre précédent article, à savoir, respecter les règles de la route et vous protéger en portant casque et en bouclant votre ceinture de sécurité, sont déjà un grand pas. Ensuite, soyez sûr d'être couverts par une assurance, afin d'éviter la dégradation de votre état faute de soin.

Enfin, vous pouvez vous former (et votre chauffeur, le cas échéant) aux premiers secours. Et si vous êtes témoins d'un accident, sachez que cet été la notion de « bon samaritain » a été introduite dans le droit chinois, aussi les personnes venant en aide aux accidentés ne seront plus passibles de poursuites comme c'était le cas auparavant (ce qui expliquait une grande aphasie dans le cas d'accidents sur la voie publique).

Plus d'infos: Le point, Road Safety, Marketing Chine

Gaëlle Déchelette lepetitjournal.com/shanghai Mardi 27 septembre 2016

Le Petit Journal Shanghai
Publié le 26 septembre 2016, mis à jour le 24 septembre 2016
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