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ENVIRONNEMENT - Comme une fleur à Yanqing

Par Le Vent de la Chine | Publié le 13/05/2019 à 21:30 | Mis à jour le 13/05/2019 à 21:53
Photo : Crédit Xihuanet
yanqing-horticulture-exhibition-beijing-2019

A peine le Forum BRI clôturé (25-27 avril), l’Exposition internationale de l’horticulture(中国北京世界园艺博览会) braque à nouveau les projecteurs sur la capitale chinoise, jusqu’au 7 octobre.

Pour faire sortir de la terre aride de Yanqing (à 75 km au nord-ouest de Pékin) une « ville  verte » étendue sur 502 hectares (trois fois la taille du Central Park newyorkais), le gouvernement a investi 2,9 milliards de $, somme impressionnante comparée aux 3,9 milliards de $ alloués aux JO d’hiver de 2022. 10.000 manoeuvres se sont activés jusqu’à la dernière minute pour l’inauguration le 28 avril, par le Président Xi Jinping en personne.

Plus de 110 pays et organisations internationales ont installé leur pavillon – 16 millions de visiteurs sont attendus d’ici cinq mois. A tout seigneur, tout honneur : la file d’attente sur des centaines de mètres devant le majestueux Pavillon de la Chine de 23.000 m² augure du fait que cet objectif sera atteint, notamment grâce aux écoles, tour-operators et touristes des quatre coins du pays.

Dans la tentative d’équité et de gommer les écarts de développement, chacune des 34 provinces s’est vue mettre à disposition la même surface pour son pavillon.

Inspiré par les danses de ses minorités ethniques, le jardin du Guizhou est parmi les des plus beaux, tout en courbes et terrasses fleuries de tulipiers  et différentes variétés de rhododendrons. Des arbres aux mouchoirs et hévéas donnent un peu d’ombre… Surtout, une reproduction de l’imposante cascade de Danxia apporte de la fraîcheur, tandis que deux durians géants trônent sur une roche.

En esprit bucolique, le Hunan, province reine du bambou, pourrait lui voler la vedette, avec son pavillon inspiré de la réserve de Wulingshan. Des massifs de fleurs digitales ornent les terrasses, tandis qu’un étang aux fleurs de lotus agrémenté d’une barque inspire la quiétude.

Au jardin du Tibet, une maison locale de torchis blanc et polychrome met en valeur un yak surdimensionné, sous le regard débonnaire des cinq derniers présidents chinois.

Côté Hainan, le chemin entre les palmiers est pavé d’une mosaïque de coquillages, discret clin d’œil à sa condition insulaire.

Une constante parmi tous ces pavillons est l’accent mis sur les produits régionaux : thé de Pu’er du Yunnan, fruits secs du Xinjiang, thé naturellement sucré du Guangxi, huile de camélia et thé de montagne du Hunan que de jeunes bénévoles offrent à la dégustation avec le sourire. Et pour le visiteur anxieux de parfaire ses connaissances en botanique,  chaque parterre de fleurs est agrémenté d’un code QR à scanner, direction Baidu qui lui ouvre dans l’instant les arcanes de la plante concernée.

On constate donc une très forte recherche au niveau des façades de ces pavillons provinciaux, bâties pour refléter les identités diverses des provinces, et leur attachement, qui à la tradition (comme les provinces de l’Ouest), qui à la modernité – comme au Heilongjiang ou au Liaoning. A l’intérieur par contre, parterres et gazons, bouquets d’arbres et plans d’eau apparaissent un peu redondants, et sans réflexion approfondie autour du thème de l’expo, “Vivre Vert, Vivre Mieux”.

Le pavillon allemand propose tout l’inverse, et une synthèse de nombreuses techniques de fusion entre nature et vie, monde végétal, aquatique et urbain. Le pavillon de bois est structuré en une feuille d’arbre à cinq lobes, chacun bordé d’un jardin vertical à thèmes variables, herbes aromatiques, plantes mellifères d’accueil aux papillons et abeilles, bacs rotatifs ou hôtel à insectes. à l’intérieur, un atrium aux parois vertes permet d’estomper les bavardages des passants, relayés par le friselis de la brise, la chute de la pluie, le chant des oiseaux et bourdonnement des abeilles… Le pavillon entier est entouré par un « Rhin » miniature qui descend son cours des Alpes bavaroises à la mer du nord, permettant d’observer la transformation de la végétation comme des roches et sédiments. On peut encore admirer un documentaire sur la nouvelle vie ces dernières années de Essen, l’ex-complexe sidérurgique et minier de la Ruhr, découvrir des ruches redessinées pour trouver leur place sur un balcon, des étuis à lunettes en écorce d’orange, des bottes à base d’amidon de maïs…  ! Et pour clore la visite, le fameux « Biergarten » bavarois propose au visiteur assoiffé une carte de qualité.

Le pavillon français met en avant l’art de vivre : cet espace, fruit d’une initiative citoyenne et privée, voit s’agglutiner les groupes autour de ses trois boulangers produisant du matin au soir leurs croissants et leurs baguettes, qui n’ont jamais le temps de refroidir, vendus à peine sortis du four !

La Belgique elle, a les yeux au ciel avec son « nuage » signé NG-Lab, de tubes métalliques immaculés  assemblés selon le système d’ingénierie dernier cri tenségrité. Il protège du soleil une table ronde symbole de Bruxelles, cœur de l’Europe, et une statuette du Manneken Pis. Tout autour, se dressent les alcôves des dix provinces belges, telle celle de Liège, décorée de ses fameuses marionnettes.

Quoique tardivement ouvert pour cause de Brexit, le Pavillon britannique ne s’en révèle pas moins ludique avec ses jeux d’eau extérieurs et une façade végétalisée en forme d’Union Jack – le tout au son des cloches de Big Ben of course !

Réputé pour ses jardins zen conçus comme des tableaux, le Japon fait un sans-faute, mêlant des éléments traditionnels comme des rochers et un large bassin où nagent des dizaines de carpes Koï joyeusement multicolores. A l’intérieur du pavillon, un bonzaï de la taille d’un homme en impose, tandis que des compositions florales selon l’art nippon de l’ikebana impressionnent de raffinement.

Un des attraits de ce salon, est d’offrir plusieurs pavillons dédiés à une plante. La pivoine (牡丹, mǔdan) a droit à une halle géante, en tant que reine des fleurs de Chine, et s’expose en un arc-en-ciel floral. Deux autres espaces détaillent les 1001 usages du bambou, et les vertus de la nourrissante pomme de terre, pas encore tout à fait acceptée du consommateur, mais promise à un immense avenir du fait de sa sobriété en eau, de son rendement à l’hectare et de ses applications multiples qui en font une alternative séduisante au riz !

Deux remarques pour conclure : chaque province de Chine, et les pays étrangers, par leurs approches si différentes du thème de l’expo, débutent un fécond dialogue, qui sera très nécessaire à ce nord chinois sevré d’eau face à la menace de réchauffement climatique. Justement, les étangs et cascades à foison, présentaient une eau souvent manquant de limpidité, et pas seulement dans les pavillons locaux – signe d’une conscience encore insuffisante de l’urgence du problème, et du besoin d’un tel dialogue.

Par Jeanne Gloanec

 

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