

Si vous êtes comme moi en manque de nature à Shanghai, vous avez certainement organisé des escapades dans les sites recommandés par les guides de voyage. Mais quelle déception lorsqu'à l'arrivée on se rend compte qu'il faut rester dans des sentiers bien balisés et souvent bétonnés, que des centaines de personnes ont eu la même idée que nous et qu'en plus ils viennent en groupe et avec des mégaphones pour ne pas perdre une miette du commentaire du guide. Difficile d'apprécier la nature dans ces conditions. Mais bonne nouvelle, Pékin veut préserver les richesses naturelles et la biodiversité de la Chine et les choses devraient s'améliorer à l'avenir. Le Petit Journal fait un point sur l'avancement des différents projets.
Un concept nouveau en Chine
Le dernier plan quinquennal du gouvernement chinois prévoit en effet la création de 20 parcs nationaux répondant aux critères internationaux. En effet, il existe en Chine des milliers de réserves naturelles mais elles ne partagent pas de règlementation commune. Le système actuel souffre d'inefficacité et de mauvaise gestion. Il n'a pas résisté aux intérêts commerciaux et ne s'avère pas satisfaisant pour la préservation de la nature. Le parc de Huangshan avec ses téléphériques, ses milliers de marches et sentiers bétonnés et ses hordes de touristes bruyants semant leurs déchets derrière eux est un bon exemple de la situation actuelle, bien loin de notre définition d'un parc naturel.
Un parc pour préserver les pandas
Début mars 2017, le gouvernement central approuvait le projet d'un parc de 27 134 km2 majoritairement situé dans la province du Sichuan mais s'étendant aussi dans le Gansu et le Shaanxi voisins. L'objectif principal est la protection des pandas dont le nombre était estimé à 1 864 sujets à l'état sauvage fin 2013. En 2000, il n'y avait que 1 100 pandas en liberté. Les efforts récents et les sommes colossales investies dans la recherche ont eu pour effet d'éviter leur extinction et même de les retirer de la liste des espèces en danger en 2016. Le panda est à présent classé comme vulnérable mais reste une espèce fragile. Se nourrissant principalement de bambous dont il peut consommer de 12 à 38 kg par jour, la préservation des forêts est indispensable à sa survie.
Ce projet de parc gigantesque représente 3 fois la taille du Yellowstone aux États-Unis où 35% de plus que le Kruger en Afrique du Sud. Le plan de développement est actuellement en cours d'élaboration et n'a pas encore été communiqué. Mais le Sichuan a d'ores et déjà annoncé la relocalisation de 172 200 personnes habitant la zone du futur parc, ainsi que la suppression de 32? 300 emplois dans l'exploitation des mines et des forêts. Des chiffres à la mesure de la Chine qui montrent la priorité accordée à la préservation des pandas.
Un autre pour les tigres et les léopards

Mais cette augmentation du nombre de félins n'est pas sans conséquences sur la population locale, les animaux se rapprochant des villes et attaquant les chiens ou le bétail. La création du parc national devrait alléger ces tensions, notamment en délocalisant certaines communautés et activités existantes vers l'extérieur du parc afin d'éviter les conflits entre l'activité humaine et l'animal. Enfin, cette initiative s'accompagnera de la création d'un centre d'études et de recherche sur les tigres et les léopards sauvages.
Et un autre pour les rivières
Les travaux sont également lancés pour le parc national de Sanjiangyuan (??? - "les trois sources") dans les haut-plateaux de la province du Qinghai pour protéger les sources du Changjiang ("Yangtsé"), du Huanghe ("Fleuve Jaune") et du Lancang ("Mékong"). 1 milliard de yuans ont été affectés à la construction des infrastructures du parc et à l'installation d'un système de surveillance, à la fois des écosystèmes et du respect des règles du parc. D'une superficie de 120 000 km2, le parc ouvrira en 2020 et emploiera plus de 10 000 rangers. Cette zone est cruciale pour l'alimentation en eau douce en Chine et en Asie du Sud-Est, le Mékong arrosant ensuite le Laos, le Myanmar, la Thaïlande, le Cambodge et le Vietnam. Elle abrite également une riche biodiversité dont deux espèces menacées : l'antilope du Tibet et le léopard des neiges.
C'est aussi une région très vulnérable au changement climatique, notamment la fonte des glaciers, et menacée par l'activité humaine. L'impact est déjà visible sur les éleveurs nomades qui doivent étendre les territoires de pâturages pour laisser la végétation se renouveler, voire abandonner leur activité. En aval, l'exploitation minière et la construction de nombreux barrages hydro-électriques ont également un fort impact sur l'environnement.
L'objectif du parc naturel sera de réduire le développement industriel et de mettre l'accent sur le tourisme et le développement durable. Des emplois seront créés pour protéger l'environnement, et les éleveurs nomades seront encouragés à se reconvertir dans le tourisme pour bénéficier d'un revenu stable.
La Chine, vers une civilisation écologique ?
D'autres mesures prises récemment visent à protéger la biodiversité. Par exemple le commerce de l'ivoire a été interdit en Chine d'ici fin 2017, tout comme la consommation d'ailerons de requins dont les Chinois sont très friands. En parallèle, la Chine est devenue le plus grand investisseur en technologies vertes et prévoit également d'introduire cette année le plus grand système de bourse carbone.
Mais le chantier est énorme et il reste de nombreux obstacles pour voir ces initiatives couronnées de succès. La volonté du gouvernent central doit s'imposer dans les provinces et les gouvernements locaux. Concernant les parcs nationaux, la première étape est de définir des règles de fonctionnement permettant la conservation de l'environnement tout en impliquant les communautés locales et en leur assurant un revenu suffisant. Mais le plus grand défi sera peut-être d'éduquer les visiteurs à respecter la règlementation et à laisser intacts les endroits visités.
Sources : huffingtonpost.com, news.xinhuanet.com, sciencemag.org, shanghaiist.com, chinadialogue.net
Martine Caron pour lepetitjournal.com/shanghai Lundi 10 avril 2017








