Édition internationale

AGRICULTURE EN CHINE - Quelles sont les évolutions à venir ?

Écrit par Le Petit Journal Shanghai
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 13 février 2016

Par Pascale Brites

Face à une demande alimentaire en constante augmentation et une production locale qui ne progresse pas assez vite, le gouvernement chinois continue de faire de l'agriculture un sujet prépondérant du 13e plan quinquennal 2016-2020. Un sujet d'importance pour les sociétés françaises, tant le marché chinois est conséquent, qui a fait l'objet d'une conférence le 2 février à la Chambre de Commerce et d'Industrie France Chine à Shanghai.

Un paysan travaillant dans son jardin dans le Guangxi. (Photo : Pascale Brites)

Bien qu'étant un très grand pays agricole ? premier producteur mondial de blé, de riz, de pommes et de porc et deuxième sur la production de maïs ? la Chine ne se trouve pas en situation d'autosuffisance et la demande croissante rend la balance de plus en plus déficitaire. Les Chinois mangent plus et de manière plus diversifiée, ce qui fait notamment exploser la consommation de produits carnés et laitiers avec des répercussions sur la demande en céréales et en soja pour l'alimentation des bêtes. Aujourd'hui, la Chine est un des plus gros acheteurs de produits agricoles sur le marché international, en particulier en soja et en céréales. Et si des changements ont déjà été opérés lors du précédent plan quinquennal, les évolutions ne sont pas suffisamment rapides. C'est pourquoi le gouvernement souhaite accélérer le déploiement d'une agriculture à grande échelle, moderne et professionnelle en améliorant les infrastructures rurales.

 

Rizières de Longji. (Photo : Pascale Brites)

Un contexte contrasté
Ce qu'il est important de comprendre dans la situation actuelle chinoise, c'est que la répartition des installations et la situation géographique du pays engendrent de grandes disparités : les zones cultivées sont concentrées dans certaines régions avec notamment le maïs au nord-est, le blé au centre-est et le riz au sud. Les ressources en eau sont concentrées au sud et l'urbanisation galopante grignote de plus en plus sur les terres arables. Si certaines zones ont déjà évoluées, le rythme est bien différent en fonction des régions et des filières. Le Sud reste composé de petites exploitations, les « jardins ». C'est la forme la plus courante en Chine. Au nord, de très grandes structures existent : la plus importante exploitation de maïs du monde, des fermes laitières de 10 000 à 40 000 vaches et des fermes porcines de plusieurs milliers de truies. D'un point de vue économique, la politique menée par la Chine sur les céréales est celle visant à offrir aux agriculteurs un environnement sécurisé avec un prix garanti, la constitution de stocks d'état et des quotas à l'importation. Cette politique, si elle a permis d'augmenter la production, a également conduit à l'établissement de stocks de céréales très importants dont les prix sont bien supérieurs aux prix mondiaux. Par ailleurs, les subventions de l'état sont attribuées en majorité aux distributeurs de semences, d'engrais ou de matériel agricole. Ce qui n'est pas sans conséquences sur l'environnement, en abaissant le prix des intrants.

Vers plus de professionnalisation
Pour augmenter sa productivité, la Chine entend mener dans les années à venir une politique de restructuration des exploitations en réunissant les petites parcelles. Pour cela, elle pratique le système de coopérative pour les petites exploitations, met en place des programmes favorisant les entreprises à « tête de dragon » agissant verticalement sur l'approvisionnement et la production, et renforce les facilités de transfert de terres d'un paysan à un autre pour agrandir les surfaces. À terme, elle entend procéder à une professionnalisation de l'agriculture, ce qui devrait conduire à une diminution du nombre d'agriculteurs au profit d'exploitations ou de groupes agricoles de plus grande taille. Dans le domaine sanitaire, les scandales à répétition des années passées ont déjà permis de mettre en place des lois ? la première date de 2009, un siècle après la première loi sanitaire française ! ? de renforcer les contrôles et de mener des réformes administratives permettant une meilleure efficacité. Cette politique devrait s'intensifier. Des lois environnementales sont également en train de se mettre en place. De premières dispositions sur les élevages ont été établies il y a un an et demi et les initiatives se multiplient en la matière.

Un paysan de la région de Yangshuo (Photo : Pascale Brites)

Côté économie, la Chine va également modifier son système de prix garantis, en particulier sur le maïs, en passant à un système de prix « cible » avec des compensations versées directement aux producteurs. Le prix du maïs devrait ainsi diminuer, ce qui pourrait avoir des conséquences environnementales vertueuses : la culture du maïs qui appauvrit les sols si elle n'est pas pratiquée en rotation pourrait se faire en alternance avec d'autres cultures, comme le soja par exemple. De plus, le plan à venir devrait également rapprocher culture et élevage sur les mêmes exploitations pour une efficacité et une rentabilité plus importantes. Le gouvernement devrait aussi poursuivre la restructuration d'ensemble des filières afin de faire émerger moins d'acteurs mais plus importants, à l'image des semenciers dont le nombre devrait passer de 8 000 à 50 environ. Le gouvernement s'est également prononcé en faveur d'une réforme des entreprises d'état et une accélération du « Go global » qui permettra l'internationalisation des entreprises chinoises.

Conséquences sur les entreprises françaises
La France est le premier exportateur européen de denrées agricoles. En 2015, ses exportations vers la Chine étaient constituées en valeur à 33 % de vins et spiritueux, 33 % d'orge, 12 % de produits laitiers et 9 % de viande. Environ 75 entreprises françaises du secteur sont implantées ici. En Chine, la France est vue comme un exemple d'agriculture moderne et productive et ses produits jouissent d'une bonne image. Il est donc intéressant pour les sociétés françaises de saisir les opportunités apportées par ces réformes, tout en adaptant leur savoir-faire à l'échelle des exploitations chinoises : diversification de la demande pour les produits importés, développement des services en Chine voire investissement de groupes chinois en France. Par ailleurs, la Chine doit faire face à un manque de compétences dans l'agriculture et éprouve des difficultés dans le recrutement et la formation des techniciens agricoles. C'est dans cette direction que les intervenants de la conférence ont incité les entreprises françaises à se diriger.

Pascale Brites pour lepetitjournal.com/shanghai Lundi 15 février 2016

Le Petit Journal Shanghai
Publié le 14 février 2016, mis à jour le 13 février 2016
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