

Depuis la politique d'ouverture sur l'extérieur de 1978, la Chine s'est occidentalisée, dans le bon comme dans le mauvais sens : films d'actions et fast-food font le décor des grandes villes modernes. Mais les Chinois en ont-ils pour autant oublié leur culture ? Quels sont les risques pour cette civilisation plurimillénaire ?
Vers un retour à la « morale » traditionnelle.
Commençons par une toute nouvelle tendance : l'éducation « old school ». Au Chengxian Guoxue Institute, école fondée à Hefei, province de l'Anhui, les jeunes Chinois récitent le ?? Lunyu (analectes de Confucius). Cette école qui accueille les élèves pendant les vacances d'été, existe depuis plusieurs années et toutes les places sont prises d'assaut. Autant dire que ce sont les parents qui y poussent, car rares sont les enfants chinois qui s'intéressent d'eux-mêmes aux textes classiques (et peut-on les blâmer ?). Les étudiants anônent les préceptes du ??? Dizigui, livre de plus de trois cent ans, qui énumère les standards pour être un bon élève et un bon enfant. Un changement souhaitable quand on constate que les jeunes adultes sont désormais beaucoup plus délurés que leurs aînés (taux de grossesse et de contamination du HIV en hausse dans les universités). C'est le retour au bon vieux confucianisme, accompagné de l'étude de la calligraphie, supposée entraîner la patience (et quiconque s'est essayé à la calligraphie peut comprendre).
Il y a donc un intérêt des parents pour la culture traditionnelle, et ce après que le pays ait enjoint les jeunes à étudier l'anglais, et à adopter la culture occidentale. On assiste désormais à un retour aux origines : à Pékin, dans le district de Tongzhou, 50 écoles élémentaires ont des leçons de culture traditionnelle une fois par semaine, par exemple en chantant des textes classiques tout en exécutant la sempiternelle gymnastique matinale. Il s'agit aussi de les laisser développer un sens esthétique des textes chinois anciens, et l'esprit de la culture chinoise. Ces deux aspects leur seront bien utiles lors des examens, puisque la culture traditionnelle chinoise devrait être inclue dans l'examen d'entrée à l'Université, ou ?? gaokao. Un retour au système mandarinal ?
Il y quelques temps Xi Jinping, en visite à l'université Normale de Pékin avait exprimé son mécontentement en constatant que les poèmes classiques chinois avaient été enlevés des manuels scolaires. Il est maintenant décidé que la proportion de textes classiques devrait passer de 30 à 50% en moyenne. Parce que la langue maternelle est importante, les classiques doivent être intégrés au sein de l ?apprentissage du chinois, sinon c'est toute la culture linguistique qui va disparaître. De ce fait, il y a une hausse de la demande de professeurs spécialisés dans ce domaine. Aussi les universités créent-elles de nouvelles formations spécialisées en culture traditionnelle chinoise au niveau du doctorat.
Perte d'identité ?
Si le gouvernement craint que les jeunes chinois perdent leur identité face à la globalisation, les Chinois n'en restent pas moins attachés à leur culture. Ils écoutent du rock et s'intéressent à la NBA, mais les fêtes traditionnelles sont toujours célébrées. La mondialisation se fait à la chinoise, c'est-à-dire en adaptant. Les Chinois aiment les films d'actions à l'américaine ? Les super productions chinoises sont là !
De plus, on a l'impression que la génération actuelle s'est perdue dans une occidentalisation à outrance, mais les valeurs restent les mêmes. Les étudiants chinois sont souvent chez eux à étudier le weekend quand leurs collègues étrangers sortent et boivent. Les Chinois ont toujours démontré une capacité à assimiler et à siniser les codes étrangers. Ils font le plus souvent une combinaison entre la culture occidentale et la civilisation traditionnelle chinoise, dans le but d'améliorer leurs conditions de vie. Travailler dur comme leurs parents, oui, mais profiter un peu en s'octroyant des loisirs comme les Occidentaux ! Un peu comme la jeune Zhenni, shanghaienne de 27 ans qui pratique l'art ancestral du taichi? et la dance hip-hop ! Un mélange détonnant.
Ce qui en fait des jeunes plutôt critiques dans le bon sens du terme, envers la société occidentale comme leur propre pays, plus à même à aller chercher ailleurs des solutions aux problèmes auxquels ils font face.
Plus d'intérêt pour la culture

Selon Feng, qui organise des activités culturelles, il y a ce pendant un grand nombre de jeunes chinois qui souhaitent découvrir leur propre culture. Dans ces ateliers, il y a pour moitié des étrangers, et pour autre moitié des Chinois, qui pour la plupart ignorent beaucoup d'aspects de la calligraphie ou du taichi. Une condition idéale pour créer des échanges autour d'un même centre d'intérêt.
Enfin, certains, comme Jingjing, vivent à contre-courant de la société moderne : après avoir quitté un travail en entreprise, Jingjing s'est installée dans le quartier touristique de Taikanglu où elle vend du thé. Férue de bouddhisme, elle pratique régulièrement la méditation. Une dégustation de thé dans son échoppe vous emmène dans une autre Chine, où la sérénité bâillonne les bruits de l'agitation urbaine, où la grâce des objets disposés sur des étagères de bois brut, tranchent avec les barres d'immeubles qui se dressent alentours.
La boutique de Xixi est à l'image de la Chine, l'extérieur est moderne, certes, mais elle reste empreinte de sa culture traditionnelle. La civilisation occidentale n'a pas annihilé cette culture, qui reste forte et attire toujours de nombreuses personnes, Chinois comme étrangers.
Plus d'infos:
http://www.chinadailyasia.com/lifeandart/2015-10/07/content_15325810.html
http://globaladvocacy.com/chine_jeunes_chinois_face_au_defi_de_la_culture_occidentale.html
Gaëlle Déchelette lepetitjournal.com/shanghai Jeudi 20 octobre 2016







