

Chaque année, le réseau des Alliances françaises de Chine organise Mars en Folie, son festival de chansons francophones. Pour cette 10ème édition, il nous propose une tournée exceptionnelle de quatre groupes aux univers musicaux variés, célébrant la langue française lors d'un unique concert. Après les villes de Pékin, Wuhan, Chongqing, Jinan, Tianjin, Xi'an et Chengdu, ces groupes seront à Shanghai ce samedi 25 mars pour cette soirée à ne pas rater ! Lepetitjournal a rencontré Aurélien et Julien du groupe français KKC Orchestra, lors de leur tournée, pour mieux les connaître et saisir leurs premières impressions de Chine...
Les copains d'abord
L'histoire du KKC Orchestra commence simplement par la rencontre de trois jeunes d'un petit village du Lot qui, une fois le bac en poche, décident d'emménager ensemble à Toulouse. Entre études universitaires sans grande conviction, période d'oisiveté et petits boulots, ils s'amusent à faire de la musique, d'abord comme ça, en dilettante, puis de manière de plus en plus passionnée. Petit à petit chacun s'équipe de l'instrument avec lequel il se sent le mieux, Mickaël grattouille façon swing la guitare, Aurélien, attiré par la musique électronique, travaille les platines, et Julien, fan de hip-hop depuis toujours, s'essaye au scratch et au micro, écrivant en parallèle quelques textes. Trois directions musicales bien éloignées que les trois amis s'efforcent de rapprocher, accompagnés rapidement par une pianiste, Carole.
De l'apprentissage par la scène au passage en mode "pro"
Pour eux, c'est le KKC Orchestra qui les a construits musicalement ; ils s'assument pleinement autodidactes. Même si Julien a grandi entouré par une famille de mélomanes, c'est par défi qu'il se refuse à la pratique de l'instrument et choisit l'écriture, et le rap surtout, un chant moderne sans réelle mélodie, plus proche de la poésie parlée que du chant. Le groupe débute par des petits concerts sur des scènes locales, en commençant par Toulouse et ses environs, apprenant sur le tas, par l'expérience, la rencontre et le partage de savoirs avec d'autres musiciens. Et de l'amusement initial, vient la prise de conscience de la charge émotionnelle que la musique peut transmettre : joie, tendresse mais aussi peine et révolte.
Et puis au hasard d'un concert, c'est la rencontre avec Ulysse production qui est décisive. Cette maison d'artistes pense la production musicale comme globale entre organisation de tournées, édition de disques, management sur mesure et accompagnement des musiciens dans leurs processus créatifs. Elle décide de prendre le groupe sous son aile et leur offre l'opportunité de se perfectionner aux différentes techniques d'ingénierie du son et d'acquérir des apports théoriques indispensables à leur développement artistique. Le destin du KKC Orchestra est lancé ! Intermittents du spectacle depuis 2009, les quatre compères peuvent enfin se consacrer à 100% à leur musique. Ce statut typiquement français de soutien à la création et au spectacle vivant, qu'ils considèrent comme une chance unique au monde, leur permet véritablement de faire vivre le projet KKC : composer, monter, jouer, tourner mais également développer l'identité du groupe commercialement et sortir enfin leur premier album Géométrie Variable en 2014.
1994, l'hommage à l'âge d'or du hip-hop !
En 2015, le groupe a choisi la commune de Montcuq (dont le chanteur du groupe est originaire) pour y tourner le clip qui illustre le morceau "1994". Dans celui-ci, Julien y raconte son adolescence et sa découverte du hip-hop. Composé de trois plans-séquences, le clip a été entièrement tourné à l'envers puis remis à l'endroit au montage en référence au clip "Drop" du groupe de rap américain The Pharcyde réalisé par Spike Jonze en 1995. Un bel hommage donc au hip hop de cette période ! Mais toujours à leur façon pleine d'humour et de tendresse car nous ne sommes pas à New York, mais bien dans la campagne lotoise !
Un style en renouvellement perpétuel
On les cite souvent comme "inclassables" car leur musique se nourrit de diverses influences. Les piliers forts de leur inspiration sont la musique électronique dansante, Break beat et Drum and bass en tête, et le rap français, digne descendant de la chanson française, populaire, réinventant la poésie par l'utilisation d'un vocabulaire propre et des textes innovants et forts. Julien cite IAM et MC Solaar pour les grands classiques, mais également du hip hop français plus pointus : le "Black Jacques Brel" Oxmo Puccino, l'extraordinaire rapeuse Casey et ses textes puissants, Rocé et sa poésie subtile, mais également le littéraire Lucio Bukowski du collectif l'Animalerie. On retrouve d'ailleurs chez la plupart de ces artistes, l'association du hip-hop et des influences musicales jazz.

L'apport des sonorités swing, blues et jazzy ultra joyeux, très tendance il y a quelques années, les a portés à leurs débuts et leur a permis de se faire connaître. Mais ils évoluent maintenant vers un hip-hop plus brut et des influences musicales nouvelles : reggae avec les débuts de Carole au chant, intérêt pour des sons électroniques plus poétiques, ethniques voire psychédéliques.
La Chine vue de la scène
Après avoir écumé nombre de scènes régionales, nationales, puis européennes, le KKC participe une première fois à l'aventure culturelle des Alliances Françaises lors d'une tournée en Colombie. Une expérience intense qui les bouscule et les oblige à repenser les choses, à s'adapter à un public si différent dont ils ne connaissent pas les codes et dont le niveau de français est incertain pour l'appréciation des textes. L'énergie joyeuse de leur musique doit passer au delà des mots. Cette année, ils retentent donc l'aventure, en Chine, cette fois.

Accompagnés par les Alliances Françaises, toujours aux petits soins, et pour leurs dix ans de carrière, ils vivent une incroyable épopée musicale de 20 jours traversant pas moins de onze villes chinoises ! Malgré un rythme parfois soutenu, ne laissant pas toujours la place à des rencontres plus approfondies, ou à des visites touristiques, les quatre musiciens sont complètement sous le charme de ce public majoritairement chinois si accueillant et enthousiaste, fier de chanter en français et de danser sans retenue, sur des styles musicaux qu'ils connaissent peu. Quelle joie de voir un amphithéâtre universitaire où d'ordinaire tout le monde est sagement assis, contaminé rapidement par l'énergie communicative et entraînante du groupe et finir par danser debout entre les tables ! Il faut dire que le KKC est avant tout un groupe de scène qui donne sans compter, s'amuse énormément avec le public et transmet son plaisir de jouer comme personne. Mais bien sûr, les différences culturelles intriguent beaucoup nos musiciens, comme les inévitables longues séances de selfie avec le groupe à la fin des concert, pouvant dépasser les 30 minutes parfois ! La connaissance de certains standards français les a également agréablement surpris, comme La Vie en Rose d'Édith Piaf (le succès du film La Môme l'explique pour beaucoup !).
Et demain ?
La bande de copains se lance en parallèle à cette tournée sur la construction du deuxième album, un gros challenge dont certains nouveaux morceaux sont joués pour la première fois sur les scènes chinoises. Peut-être y retrouverons-nous des influences musicales de Chine ? Des projets de clips également devraient accompagner la sortie de l'album, qu'on imagine, les connaissant, comme autant d'expériences audiovisuelles ludiques. Mais le goût du voyage et l'envie de continuer à transmettre leur passion au-delà des frontières sont bien présents et ils envisagent clairement une nouvelle tournée internationale pour le futur. Quelle sera leur nouvelle destination ?
Le KKC Orchestra ainsi que Keith Kouna (Folk/Quebec), Les R'tardataires (Hip-Hop/Belgique) et Lia (Rock/Suisse) seront le samedi 25 mars sur la scène On Stage à Shanghai à 19h. Détails sur notre agenda.
Retrouvez également toutes les infos sur le KKC Orchestra sur leur site web.







