Édition internationale

DISPARITION DE MARC RIBOUD – Un grand photographe amoureux du monde et de la Chine

Écrit par Le Petit Journal Shanghai
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 7 septembre 2016

Par Delphine Gourgues


Le 30 août dernier, la nouvelle est tombée, le talentueux photographe français Marc Riboud est mort, à l'âge de 93 ans. Cette disparition attriste bien sûr tous les amateurs et professionnels de la photographie. Elle a aussi une résonnance toute particulière auprès des Chinois et des habitants de la Chine que nous sommes, puisque Marc Riboud y a tissé des liens forts depuis de longues années.
Revenons donc sur le parcours exceptionnel de cet homme généreux, qui sut partager avec justesse, et en toute beauté, sa vision du monde et de ses mutations, de l'après-guerre au début des années 2000.
Hommage à vous Monsieur Riboud !
 

Passionné de photo depuis toujours

Né le 24 juin 1923, Marc Riboud est issu d'une famille nombreuse de la région lyonnaise. Deux de ses frères furent aussi célèbres, Antoine Riboud, fondateur et PDG de Danone, et Jean Riboud qui présida le groupe Schlumberger pendant vingt ans. Marc Riboud "tombe" dans la photographie dès son enfance, puisqu'il prend sa première photo en 1937, lors de l'Exposition Universelle de Paris, avec l'appareil Kodak Pocket offert par son père. Homme engagé, il participe très jeune au mouvement de la Résistance dans le Vercors pendant la Seconde Guerre Mondiale. Après des études à l'Ecole Centrale de Lyon, il travaille comme ingénieur jusqu'en 1951, tout en continuant à nourrir sa passion pour la photographie pendant ses loisirs. Au début des années 50, il se lance dans une nouvelle vie et déménage à Paris, où il rencontre les fondateurs de l'agence Magnum Photos (Henri Cartier-Bresson, Robert Capa et David Seymour). Il intègre l'agence en 1953 et la quittera en 1979 (après l'avoir dirigée de 1974 à 1976), parce qu'il "n'aime pas la compétition pour la gloire" qui s'y développe, dit-il.

Découvreur et curieux du monde

Il commence dans les années 50 à parcourir le monde, armé de son Leica. Infatigable voyageur, il se plonge notamment dans les cultures de l'Inde, de la Chine, du Japon, du Cambodge, de l'URSS, de la Pologne. De 1956 à 1958, il réalise quatre reportages photo pour WHO (World Health Organisation, partenaire de l'ONU) en Afghanistan, Syrie, Iran et Turquie. Il foule aussi les terres américaines (Etats-Unis, Alaska, Mexique, Cuba) et africaines (Algérie, sub-Sahara, Nigéria, Afrique du Sud?). Il publie de nombreux sujets sur des pays en prise à des bouleversements, tels que  guerres,  combats pour l'indépendance,  mouvements sociaux et politiques.  Sans oublier la France, avec Paris bien sûr, mais aussi les chantiers de Saint Nazaire, les grottes du Vercors, la région lyonnaise, celle du Beaujolais, la Touraine? Il côtoie durant sa vie de nombreuses personnalités, hommes politiques, artistes, écrivains, pour livrer des moments officiels ou des instants volés. Fidel Castro en 1963, Klaus Barbie lors de son procès en 1987, ou Barack Obama lors de sa victoire en 2008. Profondément modeste, il parle de son métier avec ces mots : «Nous les photographes, nous sommes au ras des pâquerettes, on marche, on prend des photos.» (Entretien à Libération, 1998).

Marc Riboud et la Chine

Amoureux de la Chine, il est en 1957 l'un des premiers photographes européens à se rendre dans l'Empire du Milieu. Il révèle en images la vie des Chinois en cette époque agitée. Il y retourne à de nombreuses occasions et livre un précieux témoignage sur les mutations de la société chinoise jusqu'aux début des années 2000.  Une grande exposition au Musée des Beaux-Arts de Shanghai, The Instinctive Moment, rendue possible grâce à Jean Loh, son ami et curateur de cet événement, dévoile en 2010 une rétrospective de nombreux clichés jamais révélés. Une belle consécration auprès du public chinois pour "Ma-Ke-Le-Bu" ! Par la suite, la galerie Beaugeste à Shanghai  expose à deux reprises l'artiste. Celui-ci livre son regard sur la Chine dans plusieurs ouvrages, dont Demain Shanghai, Les Tibétains, Huang Shan-les montagnes célestes, Les trois bannières de la Chine.

Guerres et beauté du quotidien

Témoin de nombreuses guerres et répressions violentes, il sait aussi capter la magie des instants de la vie quotidienne, de scènes de rue, de la fraîcheur des enfants. Maître de la photo en noir et blanc (mais pas uniquement), grand reporter du XXème siècle, il produit des clichés qui peuvent être engagés, insolites, poignants, toujours magnifiques et porteurs de beaucoup de sensibilité et d'émotion. Parmi ses photos les plus connues, on peut citer celle du Peintre de la Tour Eiffel, dansant sur les escaliers de la Grande Dame, prise en 1953. Ses clichés sur la guerre du Vietnam ont aussi fait le tour du monde. S'il immortalise la vie des opposants des deux camps, il cherche aussi à révéler les sentiments sous-jacents, comme avec la Fille à la fleur, cherchant à accrocher le regard des soldats face à elle, lors d'une marche pour la paix à Washington (1967). Ses photos sont dévoilées au grand public à travers de nombreuses parutions (Life, National Geographic, Geo, Paris-Match, Stern?), à travers ses ouvrages et grâce à des expositions dans plusieurs galeries et musées (Paris, New-York, Tokyo, Shanghai?). Il reçoit par ailleurs plusieurs récompenses dont deux prix de l'Overseas Press Club (1967 et 1970), l'ICP Infinity Award (2003) et le prix Nadar (2012) pour son livre Vers l'Orient.

Crédits photo : Marc Riboud / Magnum Photos
Pour voir les photos de Marc Riboud dans les pays du monde entier (droits réservés), consulter le site officiel : http://marcriboud.com/


Le festival de photojournalisme 2016 
Visa pour l'image, qui se déroule actuellement jusqu'au 11 septembre à Perpignan, expose notamment ses photos réalisées à Cuba en 1963 (avec son ami Jean Daniel, grand reporter à L'Express).
Une belle révérence pour un grand homme?

Site web : www.visapourlimage.com


Sources : site officiel Marc Riboud, France24, Le Monde, Libération, Rue89

Delphine Gourgues lepetitjournal.com/shanghai Mercredi 7 septembre 2016

 

Le Petit Journal Shanghai
Publié le 6 septembre 2016, mis à jour le 7 septembre 2016
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