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Etre noire en Corée : l'expérience de Djouba

Par Firdaws Moustafy | Publié le 30/06/2018 à 15:00 | Mis à jour le 01/07/2018 à 20:47
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Djouba Sidibé, 22 ans, habite à Séoul depuis un mois. Elle partage son expérience en Corée en tant que française d'origine malienne.

 

lepetitjournal.com/seoul - Parlez-nous un peu de vous. Pourquoi êtes-vous venue en Corée ?

Je m’appelle Djouba Sidibé, j’ai 22 ans et je viens de Paris. Je suis actuellement en échange à l’université internationale de Séoul depuis août 2017. J’y étudie la communication depuis maintenant 11 mois et je compte rester jusqu’à la fin de cet été.

 

Quelles ont été vos premières impressions en arrivant ici ?

C’était la première fois que je visitais un pays asiatique donc j’avais beaucoup d’appréhensions. Avant de venir je m’étais déjà fait une idée, car j’ai des amis en France qui viennent de Corée et je leur avais posé pas mal de questions. Et je me suis beaucoup renseignée sur internet également. Mes premières impressions étaient plutôt bonnes car j’ai été bien accueillie par mes amis ici. J’ai tout de suite senti que Séoul était une ville très vivante, de jour comme de nuit, et même en semaine, ce qui m’a beaucoup surprise. En France, on est un peu plus monotones. Et ça m’a tout de suite plu.

 

 

Quel est votre niveau en coréen, et depuis combien de temps parlez-vous la langue ?

Avant de venir, j’apprenais déjà le coréen depuis 3 ans, et ça fait donc maintenant 4 ans, avec une grande pause d’un an car j’ai été très prise par les cours, les examens, le permis, le travail. Mon niveau est intermédiaire, j’arrive à tenir une conversation, je peux faire mes démarches seule, que ce soit à la banque ou à la poste. J’ai des cours en coréen, puisque mon département universitaire, à ma grande surprise ne proposait pas de cours en anglais.

 

 

Quelles sont les questions que l’on vous pose le plus souvent en Corée ?

La première question c’est évidemment d’où est ce que je viens. On me demande depuis combien de temps je suis en Corée, surtout lorsque les personnes en question réalisent que je parle coréen. On me demande comment j’ai appris la langue, si j’ai un copain, mes origines également…Et la plupart des personnes sont surpris lorsqu’ils demandent mon âge, car je leur parais plus âgée que je ne suis.

 

 

Avez-vous déjà été victime de discrimination par rapport à votre couleur de peau ici ?

C’est dur à dire, car ce n’est pas quelque chose d’aussi identifiable qu’en France. La Corée est un pays très homogène, avec peu d’étrangers, et lorsqu’il y en a, ils ne me ressemblent pas forcément. Il y a de la discrimination certes, mais je ne pense pas qu’elle ait forcément le racisme comme source. Je me fais forcément remarquer, je suis susceptible d’avoir un traitement différent par rapport à cela, mais je pense que ça peut aller dans les deux sens. On pourrait appeler ça de la discrimination positive, cela me donne parfois des privilèges. En tant qu’étrangère, on va me faire gouter plus de choses dans les restaurants, on fait plus attention à moi si je suis perdue. Mais à côté de cela, je pense que les coréens ont du mal à dissocier la nationalité et l’origine d’une personne. On est d’abord un étranger, et ensuite une personne, ce que j’ai vu dans plusieurs cas. Et j’avoue que cela me gêne un peu, car il y a des instances où il est inutile à mes yeux de faire cette distinction. Par exemple, dans beaucoup de guichets, lors de démarches, on va souvent me désigner comme « l’étudiante étrangère » ou « la cliente étrangère », et j’ai un peu de mal avec cela car je ne vois pas en quoi c’est nécessaire dans certaines situations.  Il y a beaucoup de regards. Au début, cela me dérangeait. Mais on s’y fait au fur et à mesure du temps. Ce sont des regards assez insistants certes, mais plus curieux et non des regards haineux. Donc ce n’est pas un vrai problème.

 

 

Comment définiriez-vous votre expérience en Corée en tant que française d’origine malienne ? Pensez-vous qu’en étant un homme ce serait différent ? Pourquoi ?

En tant que française, les gens sont assez ravis de savoir que je viens de France, car ils ont plus l’habitude de voir des Américains. Beaucoup ont déjà visité Bordeaux, Paris, Nantes…La France est assez populaire ici, notamment les films français. Certains Coréens connaissent plus de films français que moi ! Mais également la cuisine : il n’y qu’à voir les chaînes de boulangerie comme Paris Baguette, Tous Les Jours etc. Il y a un village français à Gangnam, où ils ont essayé de recréer l’ambiance parisienne, et je trouve cela intéressant. En tant que malienne, quand on me questionne sur mes origines, souvent les gens ne connaissent pas le Mali. Il y a quelques célébrités africaines en Corée mais elles viennent souvent du Ghana ou du Nigéria, donc majoritairement de l’Afrique anglophone. Mais mon identité n’a pas souffert ici. Je suis venue en étant française malienne musulmane. Et oui, il y a des difficultés : ne pas pouvoir trouver ma teinte de peau dans le maquillage coréen, ou bien les produits capillaires, c’est plus rare de trouver de la viande halal…Mais ce sont toujours des choses assez périphériques, qui se surmontent. Et cela n’a jamais été quelque chose qui m’a rendue triste ou a gâché ma vie ici. En étant un homme, je pense que ça serait différent, notamment dans les relations amoureuses. Mais comme partout, à mon avis ce n’est pas forcément en Corée.

 

 

Que peut-on vous souhaiter par la suite ?

On peut me souhaiter de valider ma L3 en communication, de trouver un stage en presse à Séoul pour quelques semaines, ce qui serait une belle façon de clôturer ma licence, en améliorant mon coréen, en rencontrant de nouvelles personnes et en élargissant mes horizons.

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