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Alexandrine Brami, une femme engagée et entrepreneuse

Par Vincent Bosson | Publié le 08/03/2022 à 12:48 | Mis à jour le 09/03/2022 à 13:51
Photo : Alexandrine Brami, une femme entrepreneuse au Brésil / Vincent Bosson
Portrait d'Alexandrine Brami, une femme engagée entrepreneuse

Afin de commémorer la journée internationale de la femme, Alexandrine Brami, fondatrice de Lingopass, nous parle de son parcours de femme entrepreneuse au Brésil.

 

Alexandrine Brami, dans le paysage entrepreneurial international, vous représentez un véritable exemple de leadership féminin. Parlez-nous de votre parcours à l’étranger.
 

Rien ne me prédisposait à suivre une carrière d'entrepreneuse au Brésil. Femme, étrangère, intellectuelle, diplômée en sciences humaines, avec un parcours universitaire initié en France et en Russie, dépourvue de capital économique et social.

Cependant, j'ai eu la chance de participer, dès mon arrivée au Brésil en 2002, au Comité des Jeunes Entrepreneurs de la FIESP (équivalent du MEDEF en France). J’ai alors été invitée comme directrice et intégrée comme participante active dans plusieurs comités. C'était plus qu'une école, c'était l'éveil d'une vocation à une époque, en 2007, où l'esprit d'entreprise au Brésil était loin d'être glamour.

Lors d'une réunion mensuelle qui s'est terminée par la fameuse "Pizza com Negócios", l’un des intervenants de la soirée, Benjamin Steinbruch (PDG et président du conseil d'administration de CSN, la deuxième plus grande société de minerai de fer au monde) - a raconté son histoire : la manière dont il a créé CSN, les erreurs qu'il a commises, ses réussites et les leçons qu'il en a tirées. Cette nuit-là, j'ai eu une intuition, comme un appel : moi aussi, je peux, moi aussi, je veux créer quelque chose qui soit ambitieux, pertinent et générateur de changement, quelque chose dont le Brésil (et moi, bien sûr) pourra être fier !

 

Après cette rencontre inspiratrice, comment avez-vous commencé votre carrière de femme entrepreneuse au Brésil ?

Je ne savais pas qu'il faudrait 14 ans pour sortir du mode "survie » et je ne pensais pas aux sacrifices qu'il faudrait faire au Brésil, à la douleur que je ressentirais, à la peur, aux doutes. Si j'avais su, peut-être que je n'aurais pas avancé. Ma vie de normalienne réalisant un doctorat à Sciences Po était très confortable.

 

Aujourd'hui, je pense encore : il faut être vraiment fou pour être entrepreneur ! 

En 2007, j'ai décidé de rester au Brésil et créé ma première entreprise. J'ai recruté et associé plusieurs personnes à l'entreprise, nous avons inventé, testé, fait des erreurs et réussi.

 

Lingopass est né en juillet 2021 en s'appuyant sur les acquis de 14 années d'expérimentation, comptant 25 000 professionnels brésiliens et étrangers formés en ligne à 3 langues (français, anglais, portugais pour les étrangers).

 

Alexandrine Brami

 

Avec votre expertise dans l’éducation à distance, notamment dans l’apprentissage des langues étrangères, pouvez-vous nous expliquer la manière dont fonctionne Lingopass ?

Alors, voilà, Lingopass c’est une machine à révéler des diamants, les talents du Brésil, invisibles dans les réseaux professionnels, isolés dans les villages ou favelas, coincés aux frontières des quartiers chauds des grandes villes. 

La méthode est simple en fait : nous formons en temps record et 100% en ligne à 4 langues étrangères qui sont les plus demandées sur le marché du travail latino-américain: l’anglais, l’espagnol, le français et le portugais. Avec une plateforme unique, plusieurs canaux et une méthodologie adaptative qui engage l’apprenant de bout en bout. Derrière, il y a des années d’expérimentation sur 25.000 élèves qui ont fréquenté nos écoles en ligne autrefois séparées, beaucoup de R&D et un gros travail sur la collecte et l'analyse des données qui nous différencient largement de nos concurrents.

 

Étudie, étudie, étudie, sans relâche, car tes diplômes seront la clé de la liberté, de ta liberté.

Lingopass est le résultat de cette démarche de recherche qui unit le meilleur de la pédagogie, le meilleur des neurosciences et du coaching de performance, avec le meilleur de la technologie. Une plateforme all-in-one où vous trouvez tout ce qui est nécessaire pour passer du niveau zéro (A1- CECR)  au niveau le plus avancé (C2-CECR) en vous préparant au marché du travail : un test de niveau en ligne rapide et très précis, des learning trails organisés en étapes avec des activités interactives auto-correctives, un laboratoire de prononciation, des cours de conversation quotidiens organisés en groupe par niveaux et couvrant la journée, du tutorat par chat et en real time, dictionnaire intégré, etc., tout en faisant le tour des accents et cultures, car chaque niveau pour chaque langue se centre sur une capitale et un univers culturel à déouvrir. 

 

Quelle analyse faites-vous de la situation actuelle au Brésil concernant l’éducation et l’emploi chez les femmes ?

La cause de la femme a bien avancé au Brésil depuis 20 ans. Ceci étant, les écarts de salaire hommes-femmes restent élevés et la proportion des femmes est encore très faible dans certains secteurs en forte croissance (tech, notamment) ou dans les conseils d’administration (moins de 8%). La révolution est lente, mais réelle. 

La difficulté advient lorsque les biais s’accumulent : une femme noire dépourvue de capital économique et vivant en zone défavorisée a peu de chance de sortir de sa condition et de son milieu, car l’école publique ici ne joue pas son rôle d’ascenseur social. 

Chez Lingopass, 50% de nos 3000 élèves sont des femmes, qui ont compris l'importance des langues comme facteur de différenciation et d'ascension sur le marché du travail, pour y entrer comme stagiaire, pour négocier un meilleur salaire comme jeune diplômée ou grimper dans la hiérarchie plus rapidement.
 

Alexandrine Brami à son bureau de São Paulo / Vincent Bosson
Alexandrine Brami à son bureau de São Paulo / Vincent Bosson

 

De l’éducation vers l’emploi, expliquez-nous les stratégies que vous avez mises en place au Brésil.
 

Nous avons mis en place deux stratégies. La première, c’est de faire de Lingopass plus qu’une plateforme de formation : un véritable outil de sélection des meilleurs talents au service de l’employabilité des jeunes.
 

Nous avons ainsi développé à la demande de nos clients un instrument de suivi ou dashboard qui permet de suivre en temps réel le comportement des apprenants (assiduité, progrès, notes), individuellement, en groupes et en cohortes. Les écoles et cabinets d'outsourcing trouvent avec Lingopass le moyen objectif d’observer le comportement des candidats, de comparer leurs performances, et ainsi d’identifier les high performers à recruter, valoriser, voire défier. 

 

La deuxième stratégie c’est d’ouvrir les portes du monde à tous les Brésiliens au moment même où les frontières se ferment : en février nous avons lancé Lingoverse, espace ouvert, gratuit, comme l’est le hall de nos universités françaises où tous peuvent entrer librement, le principe même de l’université d’ailleurs d’être un espace d’accueil démocratique, humaniste et transformateur.

 

Donner du pouvoir à des personnes talentueuses aux rêves extraordinaires

Concrètement Lingoverse est un « live study stream » avec des ateliers en anglais, espagnol et français de 8h à 21h et bientôt 24h/24h. Nous attendons dans les prochaines semaines plus de 2 millions de visiteurs et participants avec une programmation incroyable qui mêle débats autour de l’actualité, ateliers orientés carrière, workshops de musique et même du game streaming en anglais ! Ainsi que la couverture en direct des événements avec des invités prestigieux, comme sur un plateau télé.

Pour passer de l’éducation vers l’emploi, pas besoin de grand-chose en fait : donner des ailes aux jeunes, leur montrer “comment c’est là-bas”, c’est-à-dire chez nous, dans nos pays étrangers qui paraissent si lointains géographiquement et culturellement pour 90% de la population brésilienne…

Apprendre une langue rapidement et avec plaisir donne des ailes et, dans le Brésil d’aujourd’hui, beaucoup de pouvoir. « Empoderamos pessoas talentosas com sonhos extraordinários » - « Donner du pouvoir à des personnes talentueuses aux rêves extraordinaires », en français - a longtemps été notre slogan, faisant référence au talent que nous avons tous à découvrir et nourrir, ainsi qu’à ce pouvoir moteur du rêve que décrit si bien Boris Cyrulnik dans ses travaux.

 

Si nos rêves sont porteurs, qu’ils soient extraordinaires ! Et que nous donnions enfin un peu de pouvoir - et de voix - à ces jeunes qui seront les ambassadeurs de nos valeurs. Ce projet est politique, en fait. Il l’a toujours été. Dans le sens le plus noble… Et il ne vise pas seulement le Brésil, mais toute l’Amérique Latine.
 

Pour finir, que diriez-vous à l’enfant que vous étiez ?

Je lui dirais de continuer de rêver, toujours plus haut, toujours plus loin. Je lui dirais aussi ce que mes parents me disaient : étudie, étudie, étudie, sans relâche, car tes diplômes seront la clé de la liberté, de ta liberté. Je lui dis tous les jours : tu as fait les bons choix, c’est dur, mais ce sont les bons choix.

 

Vincent Bosson

Vincent Bosson

Formé en science de l’éducation et en sociologie, Vincent Bosson est photojournaliste installé à São Paulo, correspondant de lepetitjournal.com pour ses éditions au Brésil (Rio de Janeiro et São Paulo).
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