Amazonie: Qui est responsable de l’assassinat de Bruno Araújo et Dom Phillips?

Par Vincent Bosson | Publié le 21/06/2022 à 17:45 | Mis à jour le 22/06/2022 à 11:50
Photo : Dom Araújo et Bruno Phillips
Dom et Bruno

L’indigéniste brésilien Bruno Araújo Pereira et le journaliste anglais Dom Phillips ont été assassinés en Amazonie, ce 5 juin, alors qu’ils se dirigeaient en bateau dans la Vallée de Javari. L’enquête a permis de découvrir le reste des corps qui ont été brûlés et enterrés dans une zone humide de la forêt, près d’Atalaia do Norte, dans l'État d'Amazonas. Parmi les 8 suspects du crime, lié à la pêche illégale et aux narcotrafiquants, 3 ont été emprisonnés par la Police Fédérale.

 

La Vallée du Javari

La terre indigène de Vale do Javari, qui abrite le plus grand nombre de groupes ethniques en situation d'isolement volontaire au Brésil, connaît depuis plusieurs années des conflits entre explorations illégales et populations indigènes. Entre novembre 2018 et septembre 2019, le poste de la Funai (Fondation des Indiens) permettant de contrôler l'accès au territoire a été la cible de huit attaques armées.

"Les pêcheurs n'ont jamais accepté la démarcation du territoire, qui a été ratifiée en 2001", affirme Armando Soares, chef de l'unité décentralisée de la Funai à Vale do Javari entre 2003 et 2005, et ami de Bruno Pereira.

À cette époque déjà, la bifurcation des rivières Ituí et Itaquaí, où Pereira et le journaliste Dom Phillips ont disparu, était considérée comme un "entrepôt" pour les pêcheurs et les chasseurs illégaux. Exploitées de manière intensive, les ressources naturelles ont commencé à faire défaut aux populations autochtones.

"Et c'est là qu'a commencé le climat d'agressivité entre les deux camps. Ces riverains, financés par des Colombiens et des Péruviens, pêchaient, chassaient et prenaient du bois sur les terres indigènes et apportaient ces produits aux acheteurs des villes de la région".

 

Carte vallée du Javari
Carte de la région

 

La route des narcotrafiquants

Selon un article du journal Piauí, la situation s'est aggravée au cours des cinq dernières années, en raison de l'arrivée de factions liées au trafic de drogue.

Les organisations criminelles transportent la cocaïne vers le Brésil en utilisant les mêmes routes que les pêcheurs et les chasseurs illégaux.

La route du fleuve Javari, où le journaliste et l'indigène ont été assassinés, est l'une des plus complexes en raison de la présence des Crias - un groupe criminel qui a émergé en 2021 d'une dissidence de membres de la FDN (Família do Norte). Les Crias se sont établis sur la triple frontière (Brésil-Pérou-Colombie) et contrôlent la route la plus importante utilisée par les trafiquants de drogue péruviens. En outre, la vallée du Javari connaît une série de problèmes de sécurité publique qui affectent les communautés indigènes et les riverains de la région, qui sont constamment la cible d'attaques de mineurs et de contrebandiers de bois.

 

Bruno Araújo
Bruno Araújo / Divulgation FUNAI

 

La responsabilité du gouvernement fédéral de la montée de la violence dans la Vallée du Javari

Selon le géographe et professeur Aiala Couto, de l'Universidade do Estado do Pará (UEPA), entendu par le journal Brasil de Fato, le facteur le plus influent, a été l'affaiblissement des politiques environnementales, principalement sous l'administration du Président Jair Bolsonaro.

 

L'incitation à l’orpaillage et à l'exploitation forestière légale a renforcé non seulement le pillage des ressources naturelles, mais aussi la criminalité organisée liée au trafic de drogue. Les factions ont commencé à créer des liens avec les crimes environnementaux déjà excitants.

De nombreuses institutions publiques liées à la protection de l’environnement et à la cause indigène sont la cible des partisans au gouvernement Bolsonaro, telle que la FUNAI (Fondation des Indiens), où Bruno Araújo Pereira travaillait depuis 2010 comme coordinateur dans la Vallée du Javari.

 

En 2019, l'indigéniste a participé à la plus grande opération contre l’orpaillage illégal réalisée cette année-là, qui a détruit 60 radeaux et expulsé des centaines de « garimpeiros » du Javari. C’est ainsi que les ruralistes infiltrés dans la FUNAI ont exigé son remplacement.

La pression est venue principalement de membres du parlement liés à l'agrobusiness dans le Mato Grosso. L'indigéniste était considéré comme un obstacle à l'exploitation forestière illégale sur la terre indigène (MT) de Piripkura, dont l'utilisation était restreinte. En octobre 2019, le ministre de la Justice de l'époque, Sérgio Moro, a signé l'exonération de Bruno Pereira de la tête du secteur des peuples isolés.

 

Ce juin 5 juin 2022, Bruno, qui pilotait le bateau, transportait Dom pour un entretien avec des membres de l'Union des peuples indigènes de Vale do Javari (Univaja) qui se trouvait au lac Jaburu. Bruno Pereira était consultant de projet pour Univaja et travaillait en première ligne dans la lutte contre les délits environnementaux sur le territoire, où se trouvent des peuples récemment contactés et isolés.

Vincent Bosson

Vincent Bosson

Formé en science de l’éducation et en sociologie, Vincent Bosson est photojournaliste installé à São Paulo, correspondant de lepetitjournal.com pour ses éditions au Brésil (Rio de Janeiro et São Paulo).
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