Lundi 8 mars 2021
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Visas, permis de conduire, vaccins... entretien avec Paula Forteza

Par Naïla Derroisné | Publié le 15/01/2021 à 10:30 | Mis à jour le 15/01/2021 à 14:56
Photo : Paula Forteza, députée des Français d'Amérique Latine
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La députée des Français d’Amérique Latine, Paula Forteza, était présente sur le continent sud-américain au mois de décembre. Bolivie, Argentine et puis Chili, ce sont les trois pays qu'elle a visités. Au Chili la problématique des visas, la réciprocité du permis de conduire ou encore le mouvement féministe chilien, sont des thématiques qui ont retenu son attention. Entretien.

En 2019 des négociations ont été lancées entre la France et le Chili au sujet de la réciprocité du permis de conduire. Où en est-on dans l’avancée de ce dossier ?

Ça avance très bien puisqu’il existe d’ores et déjà un accord politique entre la France et le Chili quant à la réciprocité du permis de conduire. Cet accord est en cours de rédaction par les équipes du Quai d’Orsay. Il sera ensuite envoyé à l’administration chilienne. Il reste quelques détails à régler mais c’est en phase d’être validé. Je ne pense pas m’avancer en disant que courant 2021, c’est un dossier qui devrait être classé. Concrètement cet accord bilatéral c’est une validation du permis de conduire par la France et le Chili. Il ne sera plus nécessaire pour un Français de repasser l’examen du permis de conduire au Chili, et vice-versa.

Au Chili, de nombreux ressortissants Français font face à des lenteurs administratives pour renouveler leurs titres de séjour ou leurs visas. Certains attendent depuis plusieurs mois, voire plus d’une année. Cela entraîne des complications dans la vie de tous les jours : trouver un travail ou encore ouvrir un compte en banque sont quelques exemples. Quelles sont les discussions que vous avez pu avoir pour débloquer la situation ?

Je me suis entretenue avec le président de la chambre des députés, à Valparaíso. J’ai négocié l’accélération des délais de traitement pour les citoyens Français qui ont fait une demande de visa ou qui le renouvellent. La démarche à suivre pour celles et ceux qui se trouvent dans cette situation d’attente prolongée, c’est de contacter l’Ambassade de France pour exposer leur problème. L’Ambassade tient à jour une liste des personnes qui se trouvent dans cette situation. Elle transmet ensuite cette liste à l’administration chilienne où un interlocuteur spécifique a été désigné pour traiter ces dossiers en priorité.  

La campagne de vaccination contre le coronavirus a commencé au Chili avec comme public prioritaire les personnels de santé, les personnes âgées, les malades chroniques... Le gouvernement prévoit de vacciner 15 millions de Chiliens d’ici le premier semestre 2021. Quel est le plan du gouvernement français en ce qui concerne la vaccination des expatriés ?

La vaccination contre le coronavirus pour les Français vivant à l’étranger va se faire au cas par cas, en fonction de la situation de chaque pays. Il pourrait, par exemple, y avoir des transferts de vaccins depuis la France, si cela s’avère nécessaire. Car le souhait du gouvernement c’est que les Français de l’étranger puissent avoir accès au vaccin dans les mêmes conditions que ceux du territoire national. C’est-à-dire qu’ils aient accès à un vaccin qui ait été validé par l’Union Européenne et qui soit accessible gratuitement. Une consultation est en cours avec les conseillers consulaires et les équipes diplomatiques pour déterminer quelle va être la stratégie à mettre en place dans chaque pays.

Lors de votre passage au Chili vous vous êtes notamment réunie avec des associations féministes telles que Abofem, l’association des avocates féministes, ou encore ComunidadMujer. Pourquoi avez-vous souhaité rencontrer ces femmes ?

Je suis très admirative des mouvements féministes en Amérique Latine. On parle bien d’une troisième vague féministe qu’il déferle en ce moment sur ce continent, et nous nous en inspirons en France. Par exemple, la notion de féminicide est née en Amérique Latine et nous l’avons intégrée au droit français. Lorsque j’étais en Bolivie, j’ai rencontré des associations qui militent pour la création d’une loi afin de supprimer les violences faites aux femmes dans la sphère politique. J’ai ramené ce texte avec moi pour en discuter à l’Assemblée nationale et voir s’il serait possible de mettre cela en place en France. Au Chili, je me suis beaucoup intéressée à l’implication des femmes dans la future convention constituante qui rédigera la nouvelle constitution, et notamment le critère de parité qui a été approuvé. Le Chili est le premier pays au monde qui écrira sa constitution de façon totalement paritaire. J’ai également ramené dans ma valise les détails sur les modalités de ce scrutin, que je ne manquerai pas d’ajouter au débat en France.

Très récemment l'Argentine a totalement légalisé l’avortement. Au Chili cela n’est pas encore le cas. Comment la France peut-elle aider à faire avancer le débat sur cette question qui, potentiellement, concerne des femmes Françaises au Chili ?

J’ai déjà participé à des débats en Argentine sur le droit à l’avortement. Les arguments que je donnerais dans le cas chilien sont les mêmes. C’est-à-dire qu’il faut aborder cette question d’un point de vue de santé publique. En France, nous avons constaté que la légalisation de l’avortement n’a pas entraîné une augmentation des avortements. Elle a, en revanche, permis aux femmes qui souhaitent avorter de le faire dans de bonnes conditions, et de ne plus être exposées aux risques que comportent un avortement clandestin. Au Chili, les expertes constitutionnalistes avec qui j’ai discuté, m’ont expliqué qu’il existe dans la constitution actuelle ce qui s’appelle "les droits de l’enfant à naître". Cette phrase bannit, de fait, l’avortement au Chili. C’est donc une très bonne chose que la voix des femmes puisse être entendue pour la rédaction de la nouvelle constitution.

Justement, quel regard portez-vous sur l’année qui vient de s’écouler au Chili, et la victoire du "oui" au référendum du mois d’octobre qui ouvre la porte à une nouvelle constitution ?

Lors de mon séjour au Chili j’ai eu beaucoup de questions sur la démocratie participative, et notamment le grand débat national en France, la convention citoyenne pour le climat, etc. La France pourra apporter ses expériences tant sur la méthode pour la gestion de cette convention constituante, que sur le fond. Mais je trouve que le Chili avec la victoire du "oui" au référendum et le "oui" pour une convention constitutante, est vraiment à l’avant garde. Il y a la parité, la possibilité pour les indépendants de se présenter, les peuples indigènes... C’est quelque chose de très constructif que de donner le choix aux citoyens de décider qui veulent-ils pour la rédaction de leur future constitution. Et de ce point de vue la France peut de nouveau s’inspirer du Chili.  

naïla Derroisné

Naïla Derroisné

Journaliste de formation Naïla mène divers projets d’investigation et audiovisuels au Chili, où elle vit depuis 2019. Correspondante pour des médias francophones elle est aussi la rédactrice en cheffe de Lepetitjournal.com à Santiago.
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