Édition internationale

Louis-Antoine Luyt, un Français pionnier du vin « nature » au Chili

Alors que les vendanges viennent de débuter dans la région du Maule, Louis-Antoine Luyt commence la récolte de ses cépages. Le raisin est chilien mais son savoir-faire est bien français. Cette alliance imparable garantit son succès à l’international et même au Chili, où le vin rentre progressivement dans les mœurs.

Vignes de païs vieilles de plus de 200 ans, la matière première du vin de Louis-Antoine Luyt.Vignes de païs vieilles de plus de 200 ans, la matière première du vin de Louis-Antoine Luyt.
Vignes de païs vieilles de plus de 200 ans, la matière première du vin de Louis-Antoine Luyt. © 2021 Louis-Antoine Luyt
Écrit par Justine Bosco
Publié le 9 mars 2026

 

De Saint-Malo à Santiago

Au cœur des terres viticoles du sud de Santiago, la saison des vendanges a commencé. Elles vont durer près de deux mois, jusqu’à mi-avril. Pour Louis-Antoine Luyt, la cinquantaine, c’est la période la plus chargée de l’année. Cette année encore, il devra répondre à la demande pour produire 20 000 bouteilles. C’est à 7 h 30, à l’aurore, que les premiers rayons de soleil apparaissent. C’est à ce moment-là que le viticulteur français retrouve son équipe de vendangeurs. Sur une table en bois, il partage une soupe aux saveurs d’un Chili traditionnel. S’ensuivent ensuite plusieurs heures de travail intensif avant que la chaleur ne soit trop insupportable. Le Breton a construit un petit empire du vin au Chili. 

Pourtant rien ne le prédestinait à vivre à 11 000 km de son Saint-Malo natal. Enfant, il a plutôt été bercé au rythme des marées et des crêpes au beurre salé. Cet esprit vif et curieux a vite besoin d’explorer le monde. Après un long voyage en Australie, sa soif de découverte n’est qu’en partie satisfaite. De retour à Saint-Malo, il va faire la rencontre qui va changer sa vie. Dans un bar de sa ville, un soir de match, il croise le chemin d’un groupe de Chiliens. La connexion est immédiate et le jeune homme de 22 ans trouve un nouvel Eldorado. Le cap Horn, le désert d’Atacama et la Patagonie le font rêver. Sa prochaine destination sera le Chili. Il pense n’y rester qu’un temps et décide de travailler dans un restaurant français au cœur de la capitale chilienne. Alors que les vins du nouveau monde font de plus en plus de bruit sur la scène internationale, Louis-Antoine Luyt est missionné pour créer la carte des vins dans le restaurant où il travaille. Il se met en quête de déguster les meilleurs vins chiliens et ceux qui s'accordent au mieux à la saveur culinaire. 

 

Un Français à la conquête du vin chilien

Cette tournée des cavistes est l’occasion pour lui de découvrir un trésor local : les vignes de païs vieilles de plus de 200 ans. Pour lui c’est une révélation. Il se met en tête de produire son vin chilien et se forme auprès d’Hector Vergara, un sommelier très connu au pays du jaguar. Il lui transmet sa passion mais le petit français veut aller plus loin et concilier ses racines à son pays d’adoption. C’est ainsi qu’il rentre en France pour apprendre un autre savoir-faire : il passe 1 an à Beaune en Bourgogne afin d’y découvrir les secrets de la viticulture et de l'œnologie.

De retour au Chili, il décide de redonner ces lettres de noblesse à cette vieille vigne de païs mal appréciée et souvent dévalorisée. Louis-Antoine Luyt se spécialise et devient un pionnier en vin biologique dans son domaine à Cauquenes. En omettant volontairement l’utilisation de levure ou encore de soufre, il produit un vin « nature ». Il se démarque donc des entreprises internationales - comme Miguel Torres, Domecq, Château Margaux et Lafite Rothschild -  qui produisent du vin à grande échelle de manière industrielle. 

 

C’est au petit matin que les vendangeurs commencent les récoltes.
C’est au petit matin que les vendangeurs commencent les récoltes. © 2021 Louis-Antoine Luyt

 

Le développement du marché du vin au Chili 

Le Chili est le 4e exportateur mondial de vin derrière la France, l’Italie et l’Espagne, mais contre toutes attentes, on en boit peu au sein même du pays : 13 litres en moyenne par personne et par an, c’est deux fois moins que chez le voisin argentin. La piscola, cocktail populaire mélangeant pisco, eau-de-vie de vin, avec du coca-cola, tient la vedette chez les Chiliens. Louis-Antoine Luyt envisage de bousculer les traditions. Lui qui exporte 98 % de sa production, en Amérique du Nord et en Europe principalement, aimerait faire découvrir davantage son vin aux Chiliens. Début mars, il va mettre ses bouteilles en vente dans le pays. Si sa réussite est sans appel, aujourd’hui il lui reste un défi de taille. 

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