C’est au croisement des rues Concepcion et Papudo, que se trouve le local du pâtissier français, Thomas Hengen. À l’intérieur de la boutique : une multitude de macarons avec autant de couleurs que celles qui arborent le paysage urbain de Valparaiso. Encore aujourd’hui, Septima Pasteleria mêle le savoir-faire français avec des saveurs chiliennes.


C’est en 2012 que l’aventure americo-latino de Thomas, 25 ans, commence. Après des études en économie du développement, le jeune bordelais d’adoption a pour but de travailler pour des ONG afin de développer des projets locaux à l’étranger. C’est donc tout naturellement qu’il part rejoindre un ami en Amérique du Sud. Il débute son épopée au Brésil et finit par le Pérou, où il travaille pour une ONG dans les Andes. Mais un accident en parapente le contraint à rentrer en France durant deux ans. Comme un goût d’inachevé, remis de ses blessures, il revient découvrir ces terres aux milles paysages. C’est à ce moment-là que Thomas pose ses valises à Valparaiso. Comme une révélation, l’atmosphère accueillante et méditerranéenne de cette petite ville côtière du Chili transmet un sentiment de quiétude au jeune français. C’est dans l’ONG Techo para Chile à Valparaiso , organisme qui contribue au logement de personnes en difficulté et qu’il s’engage. Mais quelque chose lui manque. Rester toute la journée assis derrière un bureau ne lui convient plus. C’est au cours d’un stage de méditation Vipassana, durant une dizaine de jours qu’une idée germe : monter une pâtisserie française au cœur du joyau du Pacifique.
L’art de la table a toujours bercé l’enfance de ce jeune entrepreneur. Il est devenu alors évident, pour celui habitué à goûter de tout, de passer derrière les fourneaux. Pendant deux années, il rentre à Bordeaux. Il décide de se spécialiser dans la production de macarons pour des raisons de diversification et de durée du produit.
« Il y a des couleurs assez jolies avec les macarons et surtout on peut faire tous les goûts. C’est pour ça que tous les trois mois on essaye de changer de saveurs. On a un produit avec différentes saveurs et couleurs sans s’enfermer dans le mono-produit » explique le chef pâtissier français.
C’est à ce moment-là que l’autodidacte essaie et réessaie sans relâche jusqu’à obtenir les dosages parfaits pour produire des macarons équilibrés. Il ajoute à sa patte française les agréments propres au Jaguar de l’Amérique du Sud pour former des mets uniques.
Les saveurs chiliennes mêlées au savoir-faire français
De retour à Valparaiso, tout commence vraiment dans son appartement où les statuts de son entreprise prennent vie juridiquement en 2013. Tel le septième péché de la gourmandise ou encore le summum de la validation académique chilienne, la pâtisserie française est à l’effigie de ses friandises et prend comme nom : Septima Pasteleria. Thomas vend, dans un premier temps, ses créations dans la rue, au cœur du Cerro Concepcion. Petit à petit, les clients se sont fait plus nombreux et l’ouverture d’une boutique pour la vente quotidienne est envisagée. En 2017, Septima Pasteleria obtient une boutique sur la rue Concepcion et deux associés français rejoignent l’aventure culinaire : Mickael Coyez en tant que directeur général et Antoine Vernhes, directeur commercial.
Aujourd’hui, neuf mains locales confectionnent et vendent les douceurs de cette pâtisserie franco-chilienne. La clientèle B2B, la première de la pâtisserie qui compte maintenant près de 70 clients, s’étend, quant à elle, de la Quinta région jusqu’à la capitale, Santiago. La notoriété de ces douceurs françaises a pris de l’ampleur auprès des particuliers grâce notamment à l’épisode 11 de la saison 15 de l’émission chilienne Masterchef Celebrity, présentée durant les deux premières saisons par le chef français Yann Yvin. Durant cet épisode les candidats ont dû réaliser une tour de macarons, mais ce fut un réel fiasco. Malgré le fait que, les macarons ne soient pas réussi au niveau culinaire, ils ont été au moins connus par le public à une plus grande échelle. Une aubaine pour Septima Pasteleria qui trouva ainsi un public local curieux et désireux de nouvelles expériences culinaires.

Avec plus d’une dizaine de saveurs différentes, les macarons français s’associent aux particularités gustatives chiliennes pour former des gourmandises uniques. Entre la lavande provençale et le chocolat, se faufile des inédits chiliens comme le macaron lucuma/manjar ou encore celui au maracuya (fruit de la passion). Les financiers, sous un design plus moderne, offrent eux aussi des associations culinaires singulières. À cela s'ajoutent des cannelés, qui rappellent les origines bordelaises du chef pâtissier. La carte est agrémentée aussi de deux produits français phares : la crème brûlée et l’entremet au beurre, l’Opéra. Les produits sont locaux, à quelques exceptions près, comme la vanille ou encore le chocolat provenant d’importateurs français.
Une nouvelle vie de quartier
Depuis le début de l’année 2026, Septima Pasteleria fait partie de l’association Barrio Alegre Concepcion qui cherche à promouvoir les actions culturelles du quartier et relancer la vie nocturne de ces collines touristiques. Ce sont les commerçants des Cerro Alegre et Concepcion en lien avec la municipalité qui participent à cette initiative. Les premiers événements ont déjà eu lieu avec notamment l’organisation de la « Ruta Sonora », un chemin pour assister à des concerts dans plusieurs commerces. L’objectif est de relancer la vie touristique dans ces quartiers-là. Cette association s’est créée en réaction à la mauvaise presse qui entoure la ville de Valparaiso.
Aujourd’hui, la pâtisserie essuie encore les pots cassés de la crise sanitaire du Covid-19 et du passage de l’Estallido Social en 2019, vague d’émeutes contre les inégalités sociales, dont les grandes villes du Chili ont été témoins. Durant ces périodes, la boutique a dû rester fermée et a engendré moins de ventes donc des pertes financières considérables. Malgré le fait que la pâtisserie paye encore les événements du passé, aujourd'hui, c’est entre 12.000 et 15.000 macarons par mois qui sont vendus. L’enseigne franco-chilienne envisage de s’étendre en ouvrant des succursales dans des centres commerciaux pour toucher une nouvelle clientèle.
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