Mardi 28 septembre 2021
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La chanteuse chilienne Annie Murath continue de faire vivre Edith Piaf

Par Édouard Maury | Publié le 09/07/2021 à 22:31 | Mis à jour le 12/07/2021 à 09:10
Photo : ad : photo Annie Murath - ag : Edith Piaf / photographe : Eric Koch / 1962 / Creative Commons (CC0 1.0)
Annie Murath et Edith Piaf

À l’occasion des 153 ans de la Peluqueria Francesa, le 21 juin dernier, Annie Murath avait repris des chansons d’Edith Piaf, au cours d’un live Instagram d’une grande qualité. Nous avons pu rencontrer la chanteuse chilienne à la suite de cette performance pour mieux comprendre comment en est-elle venue à chanter en français.

L’accent est différent, les mots sont légèrement déformés, mais l’émotion est là. La performance d’Annie Murath lors de la célébration des 153 ans de la Peluqueria Francesa n’a pas laissé insensible la centaine d’abonnés venus soutenir à distance le salon de coiffure, également restaurant, lors de son live Instagram. Pour mieux connaître l’actrice-chanteuse, qui a notamment tenu des rôles dans les comédies musicales chiliennes Billy Eliott ou Mama Mia, nous l’avons contactée pour échanger avec elle sur sa passion pour Edith Piaf.

 

Annie, quels sont vos liens avec la France ?

Je suis allée pour la première fois en France en 2004 pour travailler ma voix au Pantheatre. Depuis j’y vais deux à trois fois par an. En 2012, j’ai eu la possibilité d’apprendre à interpréter Piaf. J’ai alors pu découvrir le personnage, sa voix, la musique française, ainsi que la musique romantique. J’ai commencé à travailler sur la langue. Je n’ai pas d’ancêtres français, ce fut difficile d’apprendre le français d’autant plus que la phonétique de Piaf est très particulière. Mais c’est une langue qui me plaît beaucoup, même si je ne la parle pas parfaitement. Je trouve que c’est une langue élégante, intéressante et avec une culture propre. Le français m’attire plus que l’anglais. Quand j’ai dû travailler la phonétique pour apprendre Piaf, j’ai davantage aimé le français. Quand je vais en France et que je m’assois à la terrasse d’un café, j’aime écouter les gens parler, leur manière de prononcer les mots. Pour moi, ce sont des sons magnifiques et artistiques.

 

Quand et comment avez-vous découvert la variété française ? Quels ont été les premières musiques qui vous ont marqué ?

Quand j’étais petite, les premières chansons françaises que j’ai entendues étaient de Piaf. La vie en Rose et Rien de rien en particulier. La première chanson que j’ai apprise était Mon Dieu. L’hymne à l’amour aussi est une chanson emblématique. Pour moi, apprendre à chanter Piaf a été une incroyable opportunité. Pas seulement pour la phonétique ou le personnage, mais aussi pour apprendre l’interprétation. Ce n’était pas seulement bien chanter, c’était aussi une question d’émotion, de gestes, donner ce plus avec ma langue et apporter de la créativité à une œuvre qui a déjà traversé les époques et marqué les gens. L’utilisation du français m’a permis de penser les choses d’une manière différente et de vivre différemment la musique, en se concentrant sur d’autres aspects.

 

 

Que représente Edith Piaf à vos yeux ?

Il y a deux phrases de Piaf qui me touchent beaucoup : "Chanter est un autre monde" et "le plus important dans la vie est de savoir aimer". Il est important de savoir chanter l’amour, transmettre toutes ces émotions. Il n’y a rien de plus important que savoir chanter l’amour. Et elle, en guerre contre l’amour, a montré que savoir le chanter était une arme puissante pour survivre à l’amour. Chanter l’amour en temps de guerre. C’est ce qu’a dû subir Piaf. Et on le sent dans l’interprétation qu’elle donne. Elle a réussi à faire de ses chansons des hymnes qui dépassent les frontières, qui dépassent les générations. Piaf est l’interprétation. Elle va vivre indéfiniment. Et c’est d’autant plus fort émotionnellement de l’interpréter lorsque l’on connaît le personnage.

 

Quel est la différence entre la variété chilienne et la variété française ?

Pour moi la différence entre chanter en espagnol et en français, c’est l’expression. L’espagnol, est une langue plus frontale. Le français a quelque chose de plus vocal, avec des voyelles plus prononcées. Le fait de chanter plus lentement et de pouvoir insister davantage sur certains mots amplifient les émotions comme la mélancolie. Les rythmes des musiques espagnoles sont toujours heureux, parfois avec des paroles tristes, mais l’émotion qui s’en dégage est différente des chansons de la variété française où, parfois, un morceau entier, de sa mélodie à son texte, peut être douloureux. Piaf chante avec un rythme merveilleux, d’hymne céleste.

 

Quelle est la portée de la musique française au Chili ?

Quand j’ai appris à chanter Piaf, je me suis rendue compte que c’est un public très particulier qui l’écoute. Celui du troisième âge, ceux qui ont un lien avec la France. Les personnes âgées chiliennes sont très marquées par la musique française, je le vois par l’attention qu’ils manifestent quand je chante devant eux. Mais il y a aussi un nouveau public qui l’écoute notamment via leur découverte de la chanteuse française ZAZ.

 

 

Quels sont vos projets à venir ?

J’ai l’opportunité de faire partie du cours Roy Hart, un centre culturel d’école de chant. Je fais également partie du Panthéatre. En temps normal, je vais en France une à deux fois par an pour travailler ma voix, et surtout pour chanter. J’ai une carrière universitaire ici au Chili, et je fais partie d’une école de théâtre. Je chante avec quelques groupes en ce moment. Et j’ai l’opportunité d’être coach vocal de grands artistes. J’ai eu la chance pendant la pandémie d’avoir pu continuer à travailler contrairement à bon nombre d’autres personnes. À l’avenir, je pense qu’on doit être bien plus solidaires envers nos artistes. Ce qui n’a pas été le cas pendant la pandémie. Bon nombre d’entre eux ont souffert et n’ont pas reçu l’aide qu’ils méritent. L’art et la musique en général, vont être le second vaccin pour sauver l’âme de ce pays et redonner envie aux gens se réunir de nouveau.

Je voulais aussi parler de la Peluqueria Francesa qui est un lieu artistique très important au Chili. Ils ont ouvert leurs portes à beaucoup d’artistes. J’ai eu l’opportunité de performer là-bas dans un lieu si privilégié, si prestigieux. Ce lien et ces petits concerts donnent l’opportunité au public chilien de vivre la culture française.

Édouard Maury

Étudiant à Sciences Po Aix, j'effectue un stage au sein de la rédaction de lepetitjournal.com Santiago. Passionné de sport, et de nature, je découvre le Chili pour la première fois.
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