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MUSIQUE- Les Quilapyun, jamais dégagés, toujours engagés

Par Lepetitjournal Santiago | Publié le 26/06/2013 à 01:22 | Mis à jour le 27/06/2013 à 16:54

Le groupe Quilapayún, emblème de la chanson chilienne engagée,  revient sur scène pour deux concerts les 26 et 30 juin au Teatro Nescafé de las Artes à Santiago. L'occasion pour lepetitjournal.com de s'intéresser à l'identité franco-chilienne du groupe, avec l'un de ses cofondateurs et actuel directeur artistique, Eduardo Carrasco

Images du concert de mercredi à guichet fermé, autre concert, dimanche 30 juin (Image M.M)

Les onze membres des Quilapayún seront spécialement réunis les 26 et 30 juin pour deux concerts au Teatro Nescafé de las Artes à Santiago. Le directeur artistique du groupe, Eduardo Carrasco revient avec émotion et sincérité, sur la construction des Quilapayún depuis 1965, et notamment sur ses liens intimes avec la France.
Au moment même où la Moneda est bombardée à Santiago en septembre 1973, Les Quilapayún, superstar de l'Unité Populaire au Chili, se trouvaient en France, pour jouer à la Fête de l'Humanité et à l'Olympia. Revenir au Chili leur est tout à coup devenu  impossible. Proches du président socialiste Salvador Allende, qui les avait nommé "Ambassadeur culturel du Chili", le groupe était  sur la liste noire de Pinochet. Leur ex-directeur artistique, le musicien  Victor Jara, resté au Chili, a d'ailleurs payé par la torture et la mort ses affinités politiques. Se remémorant cette époque,  Eduardo Carrasco se souvient, avec émotion, de l'immense foule présente devant l'Ambassade du Chili à Paris pour soutenir le peuple chilien. Après avoir obtenu l'asile politique, le groupe a rencontré le maire PC de la ville de Colombes (proche banlieue parisienne), Dominique Frelaut, qui leur a proposé un toit.

Eduardo Carrasco, co-fondateur des Quilapyún,

L'authenticité des Quilapayún , avec leur musique aux accents andins a séduit la France. mais il y a bien plus; selon Eduardo Carrasco, le succès des Quilapayún dans l'hexagone tient à la fois à  « un mouvement de solidarité fort réfutant la dictature chilienne, mais également à une aspiration du peuple français à aller vers un socialisme démocratique ».

"Jamais on ne revient totalement à son pays d'origine après 15 ans d'exil"

Au retour de la démocratie au Chili en 1988, trois membres du groupe, dont lui même, reviennent à Santiago. Néanmoins, il nous confie que « jamais on ne revient totalement à son pays d'origine après 15 ans d'exil ». "La culture, la langue, la diversité des médias, les bons vins, l'ouverture des citoyens français les ont , dit-il, marqués à jamais". Le retour au Chili fut donc pour lui comme un 2ème exil : "je me sentais comme un touriste dans un pays qui avait profondément changé après la dictature d'Augusto Pinochet "; et même 25 ans après son retour, il confie ne se sentir toujours pas tout à fait en phase avec la société chilienne, conservatrice et peu attachée à la culture. Ainsi, selon lui, même leur musique est perçue différemment par le public français, très ouvert aux différentes cultures, et le public chilien, moins pensant et plus affectif ; mais il reconnait que  les deux sont complémentaires et nécessaires à l'équilibre du groupe. Leur travail artistique connait depuis une double-racine, mélangeant les chants andins aux codes de la chanson française inspirés par les textes de Brassens, de Brel et de Renaud.
 Le groupe se renouvelle en accueillant les fils de certains membres (voir notre article), et en élargissant son public de fidèles  des années 1970-1990 à des jeunes, aspirant au même idéal révolutionnaire. Il prépare un nouveau disque avec des musiciens chiliens de la nouvelle génération comme Manuel Garcia ou  Camilia Moreno.
S'il maintient de la distance avec la politique actuelle, Eduardo Carrasco explique que : « la lutte ne s'est pas arrêtée au moment de la chute de Pinochet. Le machisme, les discriminations et le manque de solidarité dans l'éducation et la santé sont des exemples de combats à mener parmi tant d'autres au Chili".
Carole Sauvage (lepetitjournal.com Santiago) Mercredi 26 juin 2013


Pour les concerts, voir notre section "agenda"

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