Mardi 28 septembre 2021
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El Museo a cielo abierto, le joyau artistique et culturel de San Miguel

Par Édouard Maury | Publié le 24/06/2021 à 18:50 | Mis à jour le 25/06/2021 à 01:09
Photo : Édouard Maury | Plaza Mexico
museo a cielo abierto san miguel santiago

Depuis la première fresque peinte par la Brigada Ramona Parra en 1971, les peintures murales n’ont cessé de proliférer dans le quartier bordé par l’avenue Departamental. Alors qu’une grande partie du grand Santiago est toujours confiné, la commune de San Miguel passe ce jeudi 24 juin en phase 2 du plan Paso a Paso, et peut se targuer de contenir le seul musée visitable du moment : le Museo a cielo abierto.

Des enfants qui jouent à la balle, des adultes qui discutent dans la rue, des cris de joies suivant un but de l’équipe de foot la Roja… Tout cela au beau milieu d’un musée. Non vous ne rêvez pas, bienvenue au Museo a cielo abierto (le musée à ciel ouvert, en français) !

En sortant du métro Departamental, non loin du centre de Santiago, nous nous attendions à rentrer immédiatement dans le musée à ciel ouvert. Mais la vision de vendeurs à la sauvette et de la simple avenue José Miguel Carrera nous a fait réaliser notre erreur. Nous prenions alors la rue Tristan Mata et avancions à la recherche de ces grands bâtiments aux façades peintes de milles couleurs. Après une dizaine de minutes de marche dans la commune de San Miguel, et des recherches qui s’avéraient infructueuses, nous demandions notre chemin à un habitant. "Comment avez-vous pu le louper ? nous interrogeait ce sanmiguelino, les fresques font plus de 5 mètres de haut !" Après nous avoir indiqué la bonne direction, nous arrivions enfin au niveau du musée.

 

Edouard Maury | Sin Fronteras, Jorge Peña y Lillo
Édouard Maury | Sin Fronteras, Jorge Peña y Lillo

 

À l’entente du mot "musée", nous nous attendions à voir une file pour rentrer dans le quartier, ou tout simplement des panneaux pour nous guider dans cet espace. Pourtant nous nous sommes enfoncés dans ce complexe sans même le réaliser. Du moins, les premières minutes. C’est à la vue d’un grand mural, haut en couleur, représentant un magnifique individu avec un oiseau posé sur l’épaule, que nous étions alors sûrs d’être bel et bien dans le Museo a cielo abierto. La grande fresque Sin Fronteras de Jorge Peña y Lillo, dédiée à dénoncer la xénophobie et favoriser le multiculturalisme, nous ouvrait alors les portes du quartier-musée.

De l’art contre la paupérisation

Si la fresque la plus ancienne date de 1971, ce n’est qu’en 2010 que le lieu fut reconnu comme musée. À l’origine les bâtiments sur lesquels sont peintes les fresques, avait été construits pour loger des ouvriers et leurs familles qui travaillaient dans les usines situées à proximité. Mais cette concentration de population à faible revenu participa à donner une mauvaise image du quartier et il n’était pas rare que des personnes vandalisent ces logements en y donnant des coups de bombes de peinture.

 

Fresque d'un enfant en train de donner à manger à un enfant
Édouard Maury | Gorrión, Olfer Leonrado & Bridguith Valverde

 

Pour redorer cette image, tout en gardant l’essence même du quartier, deux habitants eurent l’idée d’en faire un lieu de visite. Roberto Hernandez et David Villaroe créèrent le Centro cultural Mixart en 2009, et participèrent à faire reconnaître ces rues jonchées de graphs comme le Museo a cielo abierto en 2010. Ces maisons délabrées, devinrent alors une icône touristique de la ville, redonnant vie au quotidien des habitants. L'endroit a conservé ses appartements, toujours habités, ses commerces et ses kiosques qui s’intègrent parfaitement au paysage.

Un lieu d’expression à part entière

Au début, les thèmes abordés par les amateurs de muralisme furent le Bicentenaire chilien, les communautés Mapuche, l’archipel de Chiloé, le peuple latino-américain, les droits humains, ou encore la littérature. Par exemple, le premier graph réalisé après la reconnaissance du quartier comme musée fut celui dédié au célèbre groupe de rock Los Prisioneros, également originaire de la commune de San Miguel. Mais depuis le onzième mural, réalisé en 2011, les habitants des bâtiments du Museo a cielo abierto votent pour les muraux qui seront peints, participant à ce sentiment d’art communautaire. À ce jour, ce sont 64 peintures murales réalisées par des artistes du monde entier qui sont présentes dans le quartier.

 

Duckduckgoimage.com | Integracion, Seth y Alejandro Gonzalez (2011)
Integración, Seth y Alejandro Gonzalez (2011) - Source : duckduckgoimage.com

 

Et parmi eux, cocorico, un Français. Seth, graffeur parisien et figure importante de l’art de rue en France, a participé à la création de l’œuvre Integración (photo ci-dessus). Au côté de l’artiste chilien Alejandro "Mono" Gonzalez, son "père spirituel artistique" comme il le nomme, il réalisa ce graph en 2011. Selon le site officiel du Museo a cielo abierto : "Seth, dépeint un de ses personnages caractéristiques : une très jolie fille, regardant de côté d'une manière suspecte, craignant d’être surprise en train de peindre, en train de s’exprimer". L’artiste parisien disait de son expérience : "Quand Mono m'a demandé de peindre avec lui au Museo a cielo abierto, j'ai évidemment accepté ! Pendant une semaine, dans la commune de San Miguel, j'ai découvert cette belle âme chilienne en vivant au côté des habitants de ce quartier populaire. C'était pour moi, une vraie leçon de vie, qu'avec des idées et du courage on pouvait déplacer des montagnes. Peindre à San Miguel restera l'une des plus belles expériences de peinture de ma vie." 

Alors que ce soit pour regarder un match de l’équipe de football chilienne la Roja, discuter dans la rue, jouer au ballon, ou tout simplement admirer l’art de ce quartier pas comme les autres, n’hésitez pas à passer par le Museo a cielo abierto de la commune de San Miguel.

Édouard Maury

Étudiant à Sciences Po Aix, j'effectue un stage au sein de la rédaction de lepetitjournal.com Santiago. Passionné de sport, et de nature, je découvre le Chili pour la première fois.
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